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Dermatoo poursuit le développement d’un dispositif dédié pour télé-suivi des plaies

Pratique
Par · 01/07/2022
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Dermatoo, le projet qui a pris naissance, voici déjà près de cinq ans, au sein du start-up studio liégeois IoT-D, se positionne sur un créneau santé bien spécifique, plus particulièrement sur le terrain de la télé-médecine. A savoir, la gestion et le suivi collaboratif, entre professionnels de soins, des lésions cutanées et blessures complexes qui nécessitent une prise en charge et un suivi non seulement longs mais qui impliquent également plusieurs profils (infirmière, chirurgien, dermatologue, diabétologue…).

La solution imaginée allie dispositif connecté, appli mobile et plate-forme d’échange d’informations, d’avis et d’expertise entre professionnels de soins.

A ses débuts, l’“outil” de collecte d’informations pour la prise de photo – qui constitue la première phase du processus de suivi et d’échange d’informations entre professionnels – était et continue d’être, comme on le verra plus loin, le “simple” smartphone. Tout en sachant que la qualité d’image serait insuffisante: “une photo de plaie prise avec un smartphone est loin de fournir toutes les informations nécessaires au professionnel de soin. La photo n’est pas calibrée, les couleurs sont parfois subjectives. Il manque la notion de profondeur ou de température de plaie et bien d’autres paramètres utiles”, souligne Julien Delarbre, co-fondateur et directeur de la start-up. 

Un dispositif médical dédié

Raison pour laquelle, dès 2018, Dermatoo s’est lancée dans le développement d’un dispositif spécifique, plus performant, qui combine différents capteurs pouvant assurer une capture d’image et de paramètres significatifs. Le dispositif, dont le développement se poursuit, inclut notamment trois caméras (une caméra classique, une thermique et une 3D), sera muni d’un écran et sera doté d’un potentiel embarqué de recalibration de l’image ou encore de filtrage polarisant permettant de visualiser les exsudats.

Des recherches sont en outre en cours, notamment avec des professionnels hospitaliers, afin de déterminer les modalités et finalités objectives pour l’inclusion d’un potentiel d’Intelligence Artificielle.

Une partie de l’analyse à des fins de différenciation et d’aide au diagnostic pourrait donc se faire à terme à même le dispositif. Le degré d’analyse en embarqué par rapport à ce qui sera effectué dans le cloud (l’appli mobile relayant les informations, via Wi-Fi ou liaison 4G) doit encore être spécifié. Là aussi, analyses et développements sont en cours. “Pour ce qui est de l’intelligence et de l’analyse, nous opérerons sans doute selon un modèle hybride. Une analyse sur le device lui-même présente l’avantage de réduire le volume d’échange vers le serveur distant [qu’il soit situé dans un établissement ou dans le cloud]. Par contre, cela implique d’optimiser la performance de l’algorithme et l’autonomie”, commente Julien Delarbre.

Le choix et le juste équilibre à trouver entre pré-traitement et exploitation dans le cloud sont importants à un autre égard: “Envoyer des données brutes présente l’intérêt de pouvoir les retravailler plus tard. Mais une analyse, partielle, sur le dispositif permet d’aider l’utilisateur à prendre la meilleure image possible, au moment-même…”

Etape intermédiaire

En attendant que le dispositif dédié soit finalisé (sans doute encore quelques mois de travail pour la start-up), Dermatoo se contente de loger son appli sur smartphone. Sans encore disposer du plein potentiel visé – potentiels 3D, thermique, analyse poussée de l’image.

Par rapport à la situation qui prévaut sur le terrain – des praticiens et infirmières qui prennent une photo et la relaient via des canaux non sécurisés (réseau social, Whatsapp…) -, l’amélioration est déjà notoire puisque le canal instauré se fait directement entre professionnels, en mode sécurisé.

Mais l’utilisation demeure essentiellement limitée au suivi de l’évolution de plaies “par exemple, après une première visite médicale”.

Ou encore pour faciliter le suivi d’un traitement à distance, ce qui peut s’avérer utile pour éviter les déplacements difficiles de patients (tels que des résidents en maison de repos) ou pour pallier à l’absence de visite sur site de spécialistes (dermatologues ou autres).

Autre cas d’usage: du transfert d’informations entre différents sites d’un même établissement hospitalier, quand le spécialiste ne consulte ou n’opère que sur un site spécifique. On évite alors de faire déplacer le patient. Autre exemple encore: le transfert d’informations, pour avis ou validation de traitement, en cas d’hospitalisation à domicile.

Par contre, pour du véritable diagnostic, il faudra attendre que le dispositif spécifique soit finalisé.

Combiner intelligence humaine et IA

Au stade actuel, le développement d’un potentiel IA, pour l’interprétation des images et l’aide au diagnostic, en est encore au stade préliminaire. Outre l’analyse et l’optimisation des prises de photo, l’intelligence artificielle pourrait intervenir dans l’aide au diagnostic. Mais pour en arriver à ce stade, la start-up aura nécessairement besoin de données de référence, validées, afin de développer son algorithme.

Besoin de données mais aussi, évidemment, de compétences spécifiques. D’où l’importance des contacts noués avec des hôpitaux: “Il faut aller chercher l’intelligence là où elle est, auprès d’acteurs qui savent comment soigner des plaies…”.

Pour l’heure, seule l’intelligence, la connaissance humaine des professionnels est à la manoeuvre pour l’interprétation des images et les décisions de traitement.

 

Julien Delarbre (Dermatoo): “Notre règle de conduite en matière d’IA est de savoir précisément quel problème on désire résoudre. Si l’on veut aboutir à un assistant automatique, il est important de collaborer avec des spécialistes et des hôpitaux afin de ne pas inventer un problème de toute pièce…”

 

A terme, l’équipe de Dermatoo voit plutôt s’installer une alliance objective entre intelligence humaine et IA, sa solution venant “renforcer l’équipe de professionnels”. “Le but n’est pas de remplacer des personnes mais de faciliter leur collaboration pour le suivi et de leur faire économiser du temps.”

Des collaborations avec plusieurs hôpitaux sont en cours ou en négociation en vue de développer une solution IA hybride – ou différenciée. “Il y aura différents modèles selon les cas. Avec une dose variable de données et de potentiel d’analyse embarqués. Dans certains cas, on peut imaginer un fonctionnement sur base d’un nombre limité d’images mais aptitude à reconnaître certaines choses…”

Outre les contacts avec divers hôpitaux (à commencer par Ambroise Paré à Mons qui a coaché Dermatoo lors du programme d’accélération MoveUp – à lire dans cet autre article), la start-up a également engagé des échanges avec plusieurs universités, tant wallonnes qu’internationales, afin de l’aider dans ses développements IA.

Des contacts ont également été noués avec une start-up française, elle aussi active dans le domaine du traitement des plaies. Sa solution vise le soin actif des plaies, “ce qui viendrait compléter notre solution qui vise la collaboration entre professionnels et le diagnostic à distance.” Le développement d’un produit conjoint est dès lors envisagé.

Autres partenaires potentiels: les organismes de soins à domicile. “Mais les hôpitaux sont notre priorité actuelle”, souligne Julien Delarbre. “Nous voulons tout d’abord finaliser les développements et asseoir notre modèle commercial. Ensuite, nous envisagerons de diversifier les modèles, ce qui pourrait varier selon les pays. Notamment en raison de leurs politiques de remboursement.”

Dermatoo procédera à une nouvelle levée de fonds l’année prochaine. Un premier tour de table, auquel ont participé NoShaq et des investisseurs privés (dont des praticiens), avait permis à la start-up de lever un million d’euros fin 2020. Sa participation au programme MoveUp lui a en outre procuré une nouvelle rallonge sous forme d’avance récupérable.

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