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Xperthis: la choc des générations sur fond de refonte du paysage hospitalier

Portrait
Par · 21/03/2019
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Xperthis, la filiale de NRB, dit avoir franchi un cap, avoir désormais mis derrière elle la période de consolidation et d’aplanissement des contradictions internes. Les premiers établissements hospitaliers se lancent dans le déploiement de sa solution DPI de nouvelle génération Xpertthis Care. Dans le même temps, l’apparition (forcée) des réseaux hospitaliers

A l’heure où le paysage hospitalier belge s’apprête à une profonde refonte qui verra se constituer des réseaux de soins organisés par zones géographiques (mais avec des recompositions d’alliances et de services qui vont provoquer pas mal de chamboulements), l’une des questions qui se pose est de savoir quels “outils” IT pour la gestion et le suivi des soins, du parcours clinique, du dossier et des données des patients vont assurer un socle solide et cohérent, au sein des hôpitaux et des nouveaux réseaux hospitaliers.

Depuis déjà quelques années, les hôpitaux déploient une nouvelle génération de solutions – médicales, logistiques, administratives. Dans quelle mesure l’avènement de ces réseaux de soins va-t-il bousculer, remettre en cause les choix de DPI (dossier patient informatisé) par exemple? Les fournisseurs, ces dernières années, se sont poussés du coude pour décrocher un maximum de contrats. Hasard ou non, l’un des principaux, sinon le principal fournisseur de DPI sur le marché belge francophone – Xperthis – a “choisi” ce moment pour chambarder son offre. L’acquisition des sociétés Ciges (solution bDoc) et MIMS (DPI OmniPro) a placé Xperthis dans l’obligation de rationaliser son portefeuille, de choisir technologies et plate-forme, d’éliminer des redondances, de repenser les fonctionnalités, d’aplanir les réactions de chapelles en son sein…

Depuis quelques mois, on semble y voir plus clair dans le positionnement et l’offre de la société.

L’occasion de faire le point avec son CEO, Melchior Wathelet, en poste depuis déjà près de quatre ans.

Le DPI, mode couteau suisse

Comment Xperthis décrit-elle son “coeur de métier”? Cinq éléments-clé forment le socle – et le périmètre (en tout cas initial) – de son offre de DPI intégré: le volet médical, le volet infirmier, la gestion de l’“agenda”, la gestion des prescriptions (médicaments, labo) et les serveurs de résultats.

Intimement liés – et de plus en plus -, la dimension et le concept de “trajet” ou “itinéraire de soins”. Ce potentiel fonctionnel est considéré comme devant faire partie intégrante de la solution Xperthis Care mais ne sera pas forcément le résultat d’un développement par Xperthis elle-même (la piste du partenariat est évoquée).

“Viennent ensuite la synergie avec les éléments administratifs [tant avec le volet ERP et l’offre-maison Oazis qu’avec des solutions tierces – tarification/facturation ou autres] et la dimension Pharma. Cette dernière est pour l’instant intégrée à l’ERP et non au DPI. Or, elle est cruciale pour l’hôpital. Il faut repenser l’approche, ne pas se centrer sur la pharmacie en tant que telle mais l’ouvrir aux autres acteurs de l’hôpital dans la mesure où la pharmacie est au coeur de trois éléments: médical, logistique et ERP”, déclare Melchior Wathelet

L’intégration et l’interaction entre volet médical (DPI) et volet administratif sont d’autant plus nécessaires – et nécessairement fluides et transparentes – que les modifications imposées par la réforme du paysage hospitalier s’accompagnent de changements non négligeables du côté financement des hôpitaux. Melchior Wathelet prend l’exemple des patients “basse variabilité”. Petit tour du côté de l’INAMI pour une explication. “Pour les séjours hospitaliers impliquant des soins “standardisables”, peu complexes et qui varient peu d’un patient à l’autre et d’un hôpital à l’autre, le montant des honoraires que rembourse l’assurance soins de santé devient global, fixe et indépendant du processus de soins individuel. Ces “montants globaux prospectifs” varient en fonction des raisons de l’admission (pathologie) et de la nature du traitement, mais sont identiques dans tous les hôpitaux.”

Voilà qui implique et justifie une liaison et interaction étroite entre DPI et tarification. “Par exemple en faisant s’afficher spontanément une alerte ou une pop-up qui avertirait le médecin du “profil” patient…”

Chez Xperthis, on préfère le terme “synergie” à celui d’“intégration” entre solution de gestion médicale et logiciels de gestion administrative [ceux de sa propre société ou d’autres]. Pourquoi? “Il faut croiser les données médicales et administratives pour avoir une vision plus exhaustive. Nous sommes actuellement en pleine réflexion à ce sujet. Le but est de proposer de nouveaux outils qui favorisent l’optimisation des soins. L’optique n’est pas celle d’une intégration mais d’une optimisation de la synergie entre outils.”

Ouverture intra et extra muros

Revenons sur la notion de “trajet de soins”. Elle implique désormais d’ouvrir la perspective au-delà du séjour en hôpital, tant en amont qu’en aval. Là aussi, la solution que proposera Xperthis viendra de et avec un partenaire (dont le nom ne peut pas encore être révélé à ce stade). Une certitude toutefois: le DPI demeurera le socle, “il servira de fil conducteur pour orienter le trajet de soins.”

Autre élément essentiel de la solution Xperthis Care: l’EAI, l’“étage” du partage de données. Dans ce registre, Xperthis a opté pour la solution d’Intersystems (Caché et HealthShare). “Nous avons revu notre infrastructure afin d’inclure nativement ce potentiel dans notre solution. C’est essentiel pour pouvoir partager aisément les infos patient – antécédents, allergies… – avec tous les logiciels utilisés par tous les départements.”

Plusieurs raisons sont invoquées pour justifier le choix Intersystems: “c’est un acteur dominant dans le secteur de la santé. Il nous permettait de rentrer dans une démarche produit plus que projet, avec un cadre mieux défini pour les développements, de la rigueur et des perspectives d’évolution. Leurs produits sont en outre alignés sur les normes (HL7, FHIR…).

Intégrer les solutions Intersystems dans l’architecture de base de Xperthis Care garantit son ouverture.” Sans oublier la dimension de sécurisation des échanges de messages et de données.

Ecosystème

Pour le reste des fonctionnalités couvertes ou greffées à la solution Xperthis Care, la société confirme sa volonté [relire “Xperthis: d’éditeur à consolidateur de solutions e-santé”] de s’appuyer sur un “écosystème”.

“Des logiciels dédiés au bloc opératoire, à la chirurgie, à l’oncologie… ne sont pas notre coeur de métier”, souligne Frédéric Robinet, business lead manager chez Xperthis. Ce qui était “périphérique” a été abandonné. Exemple, un logiciel de dosimétrie. “A l’avenir, nous jouerons plutôt la carte de l’intégration en la matière.”  

Melchior Wathelet renchérit: “Nous avons pris conscience de notre taille et de notre coeur de métier. Aucun autre acteur ne couvre autant et ne connaît aussi bien les spécificités du marché hospitalier belge francophone mais nous sommes aussi conscients que nous ne pouvons pas tout faire. D’où la nécessité d’un écosystème de partenaires et de tenir compte des investissements en solutions déjà consentis par les hôpitaux.”

Melchior Wathelet (Xperthis): “Dans un hôpital, l’IT est sans doute l’élément le plus facile. L’investissement en IT n’est rien comparé aux investissements nécessaires en change management, en compétences et formation des utilisateurs. Le tout est donc de rendre tout cela plus simple grâce à l’efficacité de nos produits IT.” 

Quels domaines sont considérés comme prioritaires pour élargir les fonctionnalités de Xperthis Car via partenariats? Notamment l’analytique (partenaire: Early Tracks), la mobilité (notamment via Afelio, membre du groupe NRB). Mais aussi la sécurité. Et le trajet de soins, comme indiqué ci-dessus.

Des partenaires, Xperthis s’en cherchera également pour l’implémentation du DPI. “Il y a beaucoup de demandes et de projets en cours. Nous ne pouvons pas les assurer tous, surtout si l’on tient compte de l’importance de la dimension change management et adoption des outils.” Quelques partenaires implémenteurs ont déjà été identifiés. D’autres sont encore recherchés…

Intégré mais non (trop) directif

De l’ordre dans la maison

Pas évident de faire s’assembler les pièces du puzzle. Il y avait déjà eu l’étape d’intégration entre Polymedis, Partezis et Xtenso) Venait en plus s’ajouter, avec des enjeux à plusieurs étages, MIMS et Ciges. Des chapelles et pré-carrés se sont formés. Des résistances et antagonismes ont surgi. De la méfiance. Parfois plus.

Aujourd’hui, après des départs, forcés ou non, et un remaniement des équipes, Xperthis estime avoir dépassé ce stade. “On a dû consolider, éliminer la méfiance, faire adhérer au projet [et aux choix]. Cette phase de consolidation, de détermination de la stratégie et d’assainissement est terminée”, déclare Melchior Wathelet. Qui évite toutefois le piège de l’autosatisfaction. “Ce serait dommage de ne pas avoir conscience de ce qui a été accompli mais ce serait fou de croire que nous sommes arrivés. Le défi est devant nous…”

La société dit vouloir engager 40 personnes cette année. Principaux profils recherchés: des analystes fonctionnels, des experts métier – “aussi bien du côté métiers infirmiers, pharma, administratifs…”.

L’avènement et l’offre de Xperthis Care sont l’occasion, pour la société, de s’essayer à un exercice un rien périlleux, consistant à combiner volonté de solution intégrée et flexibilité. C’est là un équilibre, un “juste milieu” difficile à trouver, d’une part, parce qu’une partie de son héritage produits avait été construit de la sorte (fonctionnalités à la carte) – un “sur-mesure” qui n’est pas ou n’est plus tenable. D’autre part, parce que l’héritage du passé et les habitudes sur le terrain ne peuvent être balayés d’un revers de main.

“La volonté, de plus en plus, est de proposer un produit commun, pour faciliter au maximum les communications entre hôpitaux mais en garantissant toujours un maximum d’adaptation par rapport à l’historique et pour valoriser l’expertise du passé”, déclare Melchior Wathelet. “Nous pratiquons une démarche de transition qui tient compte des capacités et de la taille des hôpitaux, avec les spécificités qui sont celles du marché local. Nous ne voulons pas imposer de modèle tout-fait comme nos concurrents.”

Au vu de sa part de marché du côté francophone et germanophone, Xperthis ambitionne de devenir, via Xperthis Care, le “liant au coeur des réseaux de soins [en cours de constitution]. Le but est de proposer un système qui soit commun aux hôpitaux, qui facilite et optimise le fonctionnement des différents membres des réseaux hospitaliers en création.

On ne comprendrait pas en effet qu’alors que l’on évolue vers ce concept de réseau, les réseaux continuent d’utiliser des solutions spécifiques qui ne se parlent pas. L’objectif est de rationaliser les endroits de soins afin que ceux-ci demeurent payables. A nous de démontrer que nous avons les capacités nécessaires pour que cette transition réussisse.”

A noter que si Xperthis est en effet présent avec sa solution DPI dans de nombreux hôpitaux francophones et germanophones de Belgique, la concurrence, évidemment, n’a pas dit son dernier mot. Par ailleurs, la transition vers Xperthis Care, en ce compris à partir de solutions Xperthis pré-existantes (MIMS, H++…) doit encore se faire. Seuls quelques premiers hôpitaux se sont lancés (voir plus loin) et les réseaux en formation doivent décider de leur stratégie DPI – choix unique ou intégration entre différents DPI et selon quels critères de décision?

Xperthis Care

Le premier hôpital à se lancer dans le déploiement de la solution de nouvelle génération Xperthis Care (DPI, dossier infirmier, gestion paramédicale) est le Grand Hôpital de Charleroi. Un déploiement progressif qui a commence dans le département Gériatrie.

Dans la perspective d’un regroupement sur un nouveau site, le GHdC (Grand Hôpital de Charleroi) évolue dans le sens d’une harmonisation DPI…

Un “premier de cordée” qui tombe bien pour Xperthis dans la mesure où l’hôpital utilisait deux des solutions de son catalogue (OmniPro et H++) et qu’il s’agit d’une institution multi-sites, demandeuse dès lors de cohérence mais qui présente malgré tout le grand avantage d’avoir déjà bien progressé dans le processus de maturation et de stabilisation des solutions.

La société aurait-elle préféré tester en grandeur réelle une opération de basculement vers sa nouvelle solution auprès d’un autre hôpital qui n’aurait pas déjà été utilisateur d’une ou de plusieurs de ses solutions, histoire de “corser” l’exercice? Pas forcément, répond Melchior Wathelet.

“Le projet au GHdC nous a permis de récolter des informations importantes en termes de stratégie de migration afin de mieux amener tous nos clients vers Xperthis Care.”

Le prochain hôpital à jouer les avant-gardistes Xperthis Care sera la Clinique André Renard de Herstal qui avait implémenté OmniPro. “Leur approche était plutôt celle de la boîte à outils. La migration se déroulera donc dans un autre contexte” – tout aussi instructif, indique Frédéric Robinet. Autres projets à venir: du côté de l’hôpital psychiatrique du Beau Vallon et du réseau hospitalier réunissant désormais Jolimont et le CHR de Mons.

Repli stratégique

Xperthis a décidé, en tout cas pour l’offre DPI, de se retirer du marché flamand, se reconcentrant sur les marchés belges francophone et germanophone. Par contre, la société demeure bel et bien active, côté flamand, pour l’offre de solutions de gestion administrative (tarification/facturation…). “Si nous sommes le fournisseur dominant, dans le registre DPI, au sud du pays, nous n’étions qu’un challenger en Flandre. En matière d’ERP et de logiciels administratifs, c’est exactement le contraire”, explique Melchior Wathelet.

La société en a tiré la conclusion qu’elle ne faisait pas le poids, au nord du pays, pour opérer comme “liant” au sein des réseaux de soins, comme élément d’intégration en termes d’usage IT entre hôpitaux. “C’était futile de vouloir tenter d’intégrer une offre au sein de chacun des réseaux hospitaliers flamands. Le marché est en outre plus morcelé que côté francophone et germanophone.”

Aux yeux du patron d’Xperthis, s’entêter aurait en outre eu potentiellement pour résultat de s’aliéner des hôpitaux auxquels la société vend des solutions administratives. Risque, en quelque sorte, de perdre sur tous les tableaux…

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