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Letsgocity veut décliner le modèle “agrégateur” pour diverses finalités

Portrait
Par · 22/02/2021
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En octobre 2020, Pierre Labalue cédait la direction de Letsgocity, société qu’il a co-fondée en 2012, à Julien Gilon. Comme il nous l’expliquait dans l’article publié fin de semaine dernière, il désirait ainsi retrouver du temps et de l’énergie pour d’autres projets, qu’il en soit à l’origine ou qu’il intervienne en appui d’autres acteurs. Mais toujours dans une double voire triple optique: le numérique, le développement territorial, et les implications des enjeux climatiques.

Qu’est-ce que son départ de Letsgocity implique pour la société? Quelles sont les intentions de la start-up et de son nouveau pilote?

L’occasion était belle de faire le point…

Pierre Labalue passe le relais sans avoir l’impression d’un abandon. “En transmettant la direction à Julien, j’offre aussi à Letsgocity une nouvelle énergie et une nouvelle vision qui, je n’en doute pas, permettra à l’entreprise de se développer mieux encore dans les prochaines années”, écrivait-il par exemple dans un message posté sur LinkedIn.

“Il y a encore beaucoup de choses à faire et je n’aurais pas abandonné un bateau en détresse”, nous déclare-t-il d’emblée. “Letsgocity est sur de bons rails. Les projets que j’avais en tête, je les ai transmis à mon successeur” qui, pour sa part, confirme vouloir s’inscrire dans la continuité.

Pour la start-up, l’heure est donc plutôt au renforcement de son positionnement – l’offre de plates-formes agrégatives de services et de données orientés citoyens – et à la diversification des prestations et des bénéficiaires, via la quête de nouveaux partenariats. 

“Nous voulons demeurer et étendre notre rôle qui est en quelque sorte celui d’un YouTube du service public.” Jusqu’ici, les clients de la société furent des communes, voire des provinces, sans oublier la Région elle-même qui, en étroite collaboration avec la start-up, s’est appuyée sur le principe initié en 2012 par Letsgocity pour lancer la plate-forme Wallonie en Poche.

Tout en continuant de creuser ce sillon des pouvoirs locaux et des territoires, Letsgocity ambitionne de reproduire le modèle pour d’autres entités, collectivités, acteurs publics. Et parmi les cibles potentielles (certaines déjà activement démarchées), on trouve les hôpitaux, les éco-quartiers, les intercommunales…

 

Pierre Labalue (ex-LetsGoCity): “Letsgocity est en quelque sorte le YouTube des services publics. Il n’est pas celui qui produit les vidéos. La société propose la plate-forme qui agrège et diffuse les services. Elle ne concurrencera jamais un BetterStreet ou un CitizenLab. Elle se positionne comme agrégateur de services et micro-services locaux pour faciliter la vie du citoyen.”

Le défi des contenus

Cela peut résonner comme une lapalissade mais une plate-forme, un agrégateur, n’a guère d’intérêt s’il ou elle ne peut proposer des contenus intéressants, variés, pertinents, actualisés, répondant à un besoin concret.

Le concept d’agrégation de (micro-)services géo-locaux qui est celui de Letsgocity a pour ambition de mettre dans la main – ou dans la poche – du citoyen une information exploitable via une galerie d’informations, notifications, liens directs vers des services communaux (ou territoriaux)… “L’un des défis reste de faire en sorte que les communautés génèrent elles-mêmes plus d’applications et de services, que l’on puisse agréger et présenter intelligemment au citoyen”, souligne Pierre Labalue. “C’est là un élément qui peut s’avérer bloquant pour le succès de notre démarche. Raison pour laquelle il faut ajouter un volet prescription à celui de la prestation.”

Consolider la société

Au fil du temps, la start-up a étendu le périmètre de son offre, commençant par développer des applis pour des pouvoirs locaux, avant de passer à l’étape du développement d’applis Web et, désormais, de sites Internet (notamment pour Herve ou Neupré).

Qui est Julien Gilon?

Avant de prendre la direction générale de Letsgocity, Julien Gilon a travaillé pendant cinq ans pour une autre start-up belge, au joli parcours: Collibra, basée à Bruxelles, s’est spécialisée dans la gouvernance et la valorisation des données et est même devenue, très officiellement, la première “licorne” du pays, dès 2019, suite à une entrée au capital par… le fonds d’investissement d’Alphabet (Google).
Julien Gilon y était entré comme développeur iOS avant d’être nommé directeur des produits.
Tout comme Pierre Labalue, il dit avoir ressenti l’envie de se lancer dans un nouveau projet, voire défi, tout en espérant se rapprocher de sa terre natale. L’appel du pied de Letsgocity tombait donc à pic. Et son profil convenait pour diverses raisons. Notamment parce qu’il avait déjà fait un passage au sein de la start-up liégeoise, entre 2013 et 2015. Non pas comme employé, mais comme développeur extérieur (iOS) à l’époque où il était encore étudiant en sciences informatiques à l’Liège, où Pierre Labalue l’avait “repéré”, lui et deux compères, parce qu’ils avaient développé une appli pour les étudiants liégeois, leur permettant de ne pas perdre dans les dédales du campus de l’université, dispersé en divers endroits (Sart-Tilman, centre-ville…).

Autre axe de renforcement de l’assise et de viabilité économique: la diversification de la clientèle. La société veut aujourd’hui dupliquer sa démarche pour aller au-delà de la seule clientèle municipale ou provinciale. Le principe du portail, dans une approche communautaire et territoriale, s’applique aussi potentiellement à des hôpitaux, à des quartiers…

“Un hôpital est aussi, en soi, un territoire qu’il s’agit de gérer intelligemment”, explique Julien Gilon. “En plus de la patientèle, il accueille de très nombreuses personnes chaque jour – employés, professionnels de soins, visiteurs… Il vit au quotidien.

Et il y a autour de lui tout un univers, un territoire – des centres commerciaux, des dessertes de transport en commun, les communes des alentours… C’est un territoire parmi d’autres qui doit être connecté et interconnecté.”

L’un des premiers clients de la société, dans ce registre, est le CHR de la Citadelle à Liège, qui est en train de développer un portail, où l’on retrouvera une foule d’infos agrégées: balisage d’accès au parking et aux différents services de l’hôpital, prise de rendez-vous, offre d’hébergement pour les parents d’enfants hospitalisés à long terme, services de petite restauration à l’extérieur, informations sur les traitements, accès au dossier santé (lien avec le DPI Xperthis)… “La démarche est la même que pour les communes”, insiste Pierre Labalue. “Letsgocity uniformise l’accès à l’information à la manière d’un guichet unique.”

A un autre niveau d’agrégation (communal, provincial), le micro-service “mon hôpital en poche” devient lui-même une brique d’un autre portail. “L’hôpital devient ainsi un des services à proposer au citoyen, tout comme les infos hyper-locales de sa commune ou territoriales de sa province”.

Même raisonnement pour les quartiers résidentiels et les éco-quartiers. Les informations et (micro-)services agrégés peuvent par exemple concerner des informations voire une orchestration des potagers partagés, la gestion de ses relevés de gaz ou d’eau, les infos d’une communauté d’énergie, des infos sur des travaux sur la voie publique ou une rupture de canalisation, les horaires des écoles à proximité, des réservations pour une bibliothèque ou club local, des infos de la commune, un espace virtuel de dialogue pour relayer sollicitations ou idées vers le syndic, etc. etc. 

Une autre “cible” potentielle de la démarche de Letsgocity sera les intercommunales. Elles pourraient devenir des partenaires pour concevoir et déployer des portails de services agrégés au niveau des parcs d’activités qu’elles gèrent – autres exemples de “territoires” de vie.

“Nous croyons dans l’intérêt qu’il y a à développer ce genre de portails et les liens entre portails, quel que soit le niveau où ils prennent naissance et l’endroit d’où viennent les informations”, déclare Julien Gilon.

Relocaliser, contre le gigantisme

Dans la tête de Pierre Labalue, ce que Letsgocity a mis en oeuvre quand il était à la barre et ce que la société veut continuer à faire est aussi “la preuve que le made in Wallonia est possible et source de fierté locale. Il n’est pas besoin de recourir, comme on le fait trop facilement, à des solutions venues d’ailleurs. On peut et on doit aussi se différencier par des initiatives culturellement fortes.”

Ce qui le ramène au défi qui consiste à inciter les fournisseurs de services locaux (communes ou autres) à multiplier ce type de services au citoyen, par le biais du numérique. C’est aux prestataires de services de créer la “matière” qu’agrègent les portails créés par Letsgocity. Il faut donc, pour ce faire, que “l’écosystème soit agile et centré sur le citoyen. Les différents building blocks doivent se rencontrer et se compléter. On ne peut, chacun, travailler dans son coin…”

Sans oublier qu’il est également nécessaire de militer pour l’interopérabilité des normes, formats, systèmes…

 

Julien Gilon (Letsgocity): “Nous continuerons à promouvoir un projet tel que Wallonie en Poche ou Jules Lesmart parce qu’ils sont bons pour l’écosystème dans son ensemble, pour favoriser, en Wallonie, un écosystème numérique qui tienne la route, en évitant de se tirer dans les pattes…”

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