Attention : Nous mettons à jour notre gestion des abonnements. Si vous rencontrez un bug, n'hésitez pas à nous contacter à bugs@regional-it.be

Pour rester informé(e) des dernières actualités de l'IT en Belgique francophone, lisez ceci • Comment / Pourquoi s'abonner ?

Un nouvel incubateur carolo dédié à la créativité numérique

Article
Par Delphine Jenart · 19/11/2020
Partager

Le Quai 10, en bord de Sambre, où le Hub-C déploiera son nouveau programme d’incubation ICC. Crédit: Jmh2o (CC BY-SA)4.0

Le Hub créatif de Charleroi Métropole lance un programme d’accompagnement des talents culturels et créatifs carolo: l’incubateur du Hub-C prendra ses quartiers dès janvier au Quai 10, au cœur du “croissant digital” le long des quais de Sambre.

On y cultive le storytelling comme un art de vivre. Terre des Editions Dupuis, berceau de figures aussi connues que le Marsupilami ou Spirou, Charleroi travaille à sa reconversion industrielle en s’appuyant notamment sur le ressort culturel et artistique.

On y trouve des noms comme Dreamwall, Keywall ou Dirty Monitor qui ont positionné Charleroi sur la carte mondiale dans les domaines du motion design et du video mapping. Il faut dire que, de l’industrie du charbon aux industries culturelles et créatives (ICC), quelques générations s’y sont succédées. C’est désormais dans le contexte de la transformation numérique et de l’économie de la connaissance que s’opère ce re-positionnement stratégique. “On parle beaucoup de start-ups dans la tech mais quand on regarde les indicateurs macro-économiques pour les ICC, c’est un secteur qui pèse lourd sur tous les indicateurs-clés. De plus en plus de territoires européens l’ont réalisé et ont mis en place des politiques adaptées. Dans ce secteur, la mécanique de l’incubation est l’un des moyens les plus pertinents à actionner”, observe Arthur Legall, directeur du cabinet de conseils KEA European affairs. 

Vous avez dit “ICC”?

Que place-t-on précisément sous le vocable “ICC”, acronyme d’“industries culturelles et créatives”? La notion est apparue en Grande-Bretagne dans les années 2000. L’Unesco y regroupe “les secteurs d’activité ayant comme objet principal la création, le développement, la production, la reproduction, la promotion, la diffusion ou la commercialisation de biens, de services et activités qui ont un contenu culturel, artistique et/ou patrimonial.”
5 % du PIB européen. Les ICC pèsent dans la balance économique car elles représentent le troisième secteur employeur européen, avant l’industrie automobile et des télécommunications. Les ICC, ce sont 12 domaines d’activités répertoriés dans un rapport commandité en 2014 par l’Institut wallon de l’étude, de la prospective et de la statistique (Iweps) sur le poids des ICC en Wallonie et à Bruxelles: de l’audiovisuel au patrimoine en passant par la publicité ou la mode, des secteurs qui appellent tous le digital dans leur développement. Ce même rapport chiffre à 250.000 le nombre évalué de travailleurs sur le territoire Wallonie-Bruxelles.
Les chiffres récents se font rares pour quantifier l’impact de la culture sur nos économies. En tout cas, avant 2020, dans une ère pré-Covid. Car depuis la déferlante, les Etats-membres de l’UE n’en finissent pas de compter leurs victimes – métiers des arts vivants en tête et font la comptabilité de l’impact de la crise sur leur produit intérieur brut. 

Recycler des friches en laboratoires, jouer la carte des écosystèmes

Pour “contribuer au développement d’un territoire performant et résilient” (sic), le Hub créatif de Charleroi Métropole “Hub-C” prendra sous son aile, dès janvier 2021, dix porteurs et porteuses de projets issus des ICC. Autrement dit: dix talents culturels et créatifs dans des domaines aussi variés que les médias, la musique, la webculture ou encore la gastronomie ou le cinéma. Échelonnée sur 6 mois, l’incubation se fera au Quai 10, connu pour mixer les univers cinéma et jeu vidéo. 

Trois missions principales: sensibiliser, accompagner, mettre en réseau. “Il existe beaucoup de talents culturels et créatifs sur le territoire carolo”, commente Stéphanie Toussaint, la coordinatrice du Hub-C. “D’où la pertinence d’y lancer un incubateur ICC. Notre offre s’adresse aux porteurs de projets mais aussi aux entrepreneurs et aux entreprises. La logique d’écosystème développée ces dernières années sur Charleroi nous permet de travailler en réseau et d’orienter les porteurs de projets vers l’opérateur qui pourra au mieux répondre à sa problématique.”

Une offre qui vient compléter l’accompagnement au développement économique proposé par Charleroi Entreprendre et les acteurs du pôle “Créatif et Digital”, l’un des 4 écosystèmes établis dans feu le Plan Catch pour le redéploiement économique de Charleroi suite au départ de Caterpillar.

Vidéo mapping, l’une des spécialités de la “petite carolo” Dirty Monitor qui s’est forgé une stature internationale…

Les porteurs de projets créatif et/ou digital évolueront désormais au coeur d’un “croissant digital” à la ville basse où ils trouveront à la fois de l’accompagnement et de la formation auprès d’acteurs comme Co.Station (coworking orienté startups/smart cities), A6K E6K (industrie 4.0) ou encore la Mediafaktory (média et innovation) dont on vous parlait récemment avec l’arrivée à Charleroi de Molengeek sous le label “Charlewood”.

Un écosystème intégrant des acteurs plus traditionnels de la formation professionnelle comme le centre de compétences Technofutur TIC.

Le Fonds d’investissement Sambrinvest porte quant à lui depuis quelques années une attention particulière aux entreprises actives dans le numérique (lire notre analyse), contribuant par là à l’émergence d’une communauté locale d’entrepreneurs qui peut apporter son expérience dans l’apprentissage des startups.

Créateur de (nouveaux) services

L’incubateur est soutenu par Charleroi Entreprendre, financé par des fonds Feder et par la Wallonie et mis en œuvre par le Hub-C qui a choisi de s’adjoindre les services de Creatis, une agence  spécialisée dans l’accompagnement de l’entrepreunariat culturel, basée à Bruxelles et à Paris. “En termes d’entrepreunariat, c’est une période difficile”, observe le fondateur de Creatis Belgique Edouard Meier. “Le secteur est durement touché et il est important de lancer l’incubateur maintenant car il va accompagner des entreprises en crise qui ont besoin de digitaliser leur service mais il va aussi favoriser la création de nouveaux services.

La crise oblige le secteur à se digitaliser plus vite, on pense au streaming vidéo par exemple. L’incubateur va donc accompagner la création d’une série de nouveaux services qui n’existent pas encore et qui vont générer de la valeur ajoutée.”

 

Edouard Meier (Creatis): “Accompagner la création d’une série de nouveaux services qui n’existent pas encore et qui vont créer de la valeur ajoutée” 

 

C’est justement l’une des caractéristiques de ce secteur, que l’on nomme les effets “spill-over” ou “externalités positives”: une innovation conçue dans un secteur peut s’avérer pertinente et apporter de la valeur ajoutée dans un autre secteur, non envisagé au départ. On pense notamment à la gamification de l’environnement automobile et du monde de la formation à la vente par exemple, ou au traitement de l’image en réalité augmentée, virtuelle ou étendue qui augmente les processus dans le domaine industriel. Ça tombe bien puisque se retrouveront prochainement à un jet de caillou, par-dessus la Sambre, l’incubateur du Hub-C au Quai 10 et la plate-forme A6K E6K spécialisée en sciences de l’ingénieur, inauguréeen janvier 2020 à l’occasion du 35ème anniversaire de Sambrinvest. 

Autre singularité des industries culturelles et créatives: “Le modèle économique des ICC est complexe, on parle notamment d’économie de prototype, d’économie de subsides. La valeur ajoutée n’est pas facilement “scalable”, elle est difficilement reproduisible à l’infini”, commente Edouard Meier (Creatis). “Il est donc nécessaire de fournir un accompagnement spécifique: le programme d’incubation n’est pas celui d’investisseurs qui viennent avec de l’argent mais bien d’experts qui viennent avec du service et de l’accompagnement.” 

Vecteur de développement et de rayonnement

La Wallonie mise quant à elle aussi sur les ICC pour développer son rayonnement: 3 millions d’euros ont été débloqués au début novembre avec un triple volet distribué en soutien aux talents, aux événements et à la structuration des filières professionnelles. Partant du constat que “les ICC contribuent au rayonnement d’un territoire en le mettant en valeur à travers ses artistes, son patrimoine, son savoir-faire”, cette mesure vient en complément d’autres dispositifs de soutien (comme le chômage corona par exemple).

St’art (Fonds d’impact pour la culture et la créativité) a été désigné chef d’orchestre de la mise en oeuvre de l’appel à projets par le Ministre-Président wallon. Délai pour remettre une candidature: début du mois de décembre. Plus d’informations via le site de St’Art.

Un timing qui semble donc parfait pour lancer une vraie dynamique ICC en Hainaut à l’amorce de 2021 et de la nouvelle programmation de fonds européens (Feder, FSE, Interreg), le Hainaut demeurant encore parmi les régions d’Europe éligibles à ces mécanismes d’aide structurelle.

Objectif donc: doter la métropole carolo de projets innovants et attractifs dont la matière première est culturelle. Une manière d’identifier et de mobiliser à l’échelle locale la capacité d’innovation et la rapidité d’opérationnalisation observées plus singulièrement dans ce secteur. Mais aussi la créativité, une compétence-clé pour générer des idées innovantes, faire face à de nouveaux challenges, faire preuve de résilience. Ce que d’autres appelleront “soft skills” ou “compétences entrepreneuriales » fondues dans le cadre européen “EntreComp”.

“L’incubateur démarrera ses activités en janvier 2021 après l’inauguration du nouveau QG du Hub-C au Quai 10”, explique Gwenaëlle Gruselle, chef de projet au Hub-C qui animera l’incubateur. “Un programme à la carte composé de temps collectifs pour profiter de l’effet réseau et transdisciplinaire, et de temps de coaching individuels. Une première cohorte de projets sous incubation dès janvier pour faire place à une seconde à l’automne 2021, soit un total de 20 porteurs de projets “incubés”. L’appel à candidatures pour constituer la première cohorte est ouvert jusqu’au 8 janvier minuit”.

Partager

Envie d’apporter votre voix dans le débat ?

Les commentaires sont réservés à nos abonnés.

Déjà inscrit(e) ?