Odoo restructure son actionnariat, préservant l’ancrage local

Article
Par · 19/12/2019

Le chiffre est impressionnant et a fait tourner quelques têtes cette semaine: 82 millions d’euros. Telle est la hauteur de la valorisation en exit partielle qu’ont engrangés deux des fonds d’investissement qui participaient à l’actionnariat d’Odoo, éditeur de solutions de gestion d’entreprise open source basé à Grand Rosières, près de Perwez. La scale-up ERP locale qui affiche depuis quelques années une jolie croissance.

Exit partielle donc du fonds de Xavier Niel, de XAnge, un groupe franco-allemand d’investisseurs en capital-risque, et du fonds français Sofinnova Partners, qui n’en demeurent pas moins dans l’actionnariat. Les deux derniers fonds préservent d’ailleurs une place au sein du conseil d’administration, Sofinnova comme administrateur, XAnge comme observateur.

Leurs parts sont rachetées essentiellement par un fonds de capital à risque américain Summit Partners, qui injecte 50 millions d’euros.

Mais ils ne sont pas les seuls à participer à cette restructuration de l’actionnariat. En effet, la SRIW qui était déjà actionnaire d’Odoo à hauteur de 6% prend également part l’opération. A cela s’ajoute l’arrivée de NoShaq (anciennement MeusInvest).

Les deux acteurs wallons du financement reprennent ainsi une part des actions détenues par Sofinnova, XAnge et le fonds de Xavier Niel. De concert avec les dirigeants de la société, c’est un total de 32 millions d’euros qui, en ce mois de décembre 2019, “préservent l’ancrage local” d’Odoo. La SRIW et NoShaq injectent chacun 10 millions d’euros. L’équipe de direction de la société (y compris Fabien Pinckaers) prend pour sa part 12 millions d’euros à son compte.

Et Fabien Pinckaers, fondateur et PDG de la société, demeure majoritaire. Il renforce même quelque peu sa position. Avant l’opération, il contrôlait 52,6% du capital. “J’ai maintenant un peu plus que cela mais je ne peux pas dire combien car Summit Partners a souhaité que l’on ne communique pas sur la valorisation.”

Question: les fonds XAnge et Sofinnova qui se désengagent partiellement comptent-ils le faire totalement à l’avenir? “Je ne connais pas leur vision sur le long terme”, indique Fabien Pinckaers, “mais nous allons probablement faire une nouvelle opération dans les trois ans à venir car nous, les managers, devront rembourser notre emprunt bancaire. Il est fort probable qu’ils en profitent également à ce moment-là.

Pour information, Cyril Bertrand, l’un des associés principaux de XAnge, a déclaré au quotidien français Les Echos que leur investissement dans Odoo était l’“un des plus gros succès du portefeuille de tous les temps”.

Ajoutant que l’arrivée de Summit Partners “constitue un relais entre nos investissements et l’étape de la licorne.”

Dans le même quotidien, Fabien Pinckaers déclarait pour sa part: “Nous [l’équipe de direction] nous sommes fortement endettés pour investir plusieurs dizaines de millions. Nous sommes partis pour réaliser quelque chose de colossal!”

Pas d’augmentation de capital, pas maintenant

L’opération se traduit donc par une revalorisation à la hausse d’Odoo dont bénéficient les “exiteurs” (sans que la société puisse en dévoiler le chiffre exact – certains chiffres cités dans la presse sont des extrapolations). Il n’y a pas à proprement parler d’augmentation de capital. “Techniquement, il n’y a pas de nouveaux moyens pour l’entreprise. 100% de l’opération est du secondaire.”

Fabien Pinckaers insiste d’ailleurs lourdement sur le fait que la société n’a pas besoin d’argent. “Summit avait proposé de compléter la transaction en secondaire par une augmentation de capital en plus, mais nous n’en avons pas besoin. Notre profitabilité et notre croissance organique nous permettent de financer notre croissance nous-mêmes. Les moyens financiers ne freinent pas notre croissance. Notre problème est plus de recruter de nouveaux développeurs.”

Fabien Pinckaers (Odoo): “Summit avait proposé de compléter la transaction en secondaire par une augmentation de capital en plus, mais nous n’en avons pas besoin.”

A quoi va servir l’argent frais? A “soutenir le développement du produit et de continuer l’expansion de la solution”.

C’est-à-dire? Maintenir un taux de croissance de 50 à 70 % “quelques années encore”,

progresser territorialement et continuer à engager du personnel.

Côté expansion géographique, la société est déjà physiquement implantée hors de nos frontières, possédant des bureaux à Luxembourg, San Francisco, Hong Kong, Dubaï et en Inde.

D’autres implantations sont aujourd’hui en ligne de mire. “Nous allons ouvrir un bureau au Mexique en janvier (2020), un bureau en Flandres dans trois mois, et un bureau en Allemagne avant la fin de l’année.”

Côté recrutements, l’accélérateur est toujours au plancher. Récemment Fabien Pinckaers nous déclarait que sa société engage environ 140 développeurs par an. Avec d’évidentes difficultés pour trouver les nouvelles recrues en nombre suffisant. Pour tenter de résoudre le problème, la société se tourne de plus en plus vers l’étranger mais s’engage aussi dans des actions “coup de poing” pour allécher les candidats. Dernier exemple en date (qui a fait se lever une armée de boucliers dans le secteur): l’offre d’une prime de 10.000 euros à tout développeur rejoignant l’équipe.

Ses objectifs en termes de recrutement, pour 2020? “L’année prochaine, on recrute 650 personnes dans le monde, dont 300 en Belgique. Notre focus pour le recrutement est d’engager des développeurs R&D en Belgique. Nous souhaitons en effet investir une bonne partie de notre croissance dans l’amélioration de notre produit.”

Et il continue de répéter à qui veut l’entendre que la marge de progression est encore énorme: “Odoo ne représente que 0,1% du marché” (tout est de savoir comment on le mesure – exercice difficile tant la panoplie de modules fonctionnels d’Odoo est large et diversifié…). 

Récemment, lors de l’annonce de la version 13 de son intégré de gestion, Fabien Pinckaers nous déclarait: “notre tableau de marche à trois ans – difficile de prévoir à plus long terme – prévoit une progression de 50 à 70% par an”, déclare Fabien Pinckaers. “C’est certes agressif mais possible dans la mesure où nous n’en sommes encore finalement qu’au tout début du développement de la société.”

Odoo en quelques chiffres

° Chiffre d’affaires 2018: 70 millions d’euros
° CAGR sur 13 ans: 71,47% (avec un sérieux coup d’arrêt en 2012-2013)
° 720 personnes (“900 d’ici la fin de l’année”) ; en 2018, les effectifs n’étaient encore que de 500
° de nouveaux recrutements prévus à court et moyen terme: “200 en 2020 et 350 en 2021”
° 35 nationalités sont représentées dans l’équipe, essentiellement dans le pool commercial (250 personnes) basé à Bruxelles (mais qui sera rapatrié vers Louvain-la-Neuve d’ici un an, lorsque Odoo inaugurera ses nouveaux locaux, sans abandonner pour autant son site central de Grand Rosière (près de Perwez)
° 4,4 millions d’utilisateurs à travers le monde
° 529 applications et modules fonctionnels “officiels”, développés par Odoo elle-même
° Nombre d’applications développées par la communauté de développeurs Odoo: 20.800 ; leur importance sur le marché est évidemment très variable – “Le Top 20 est super mais il y a aussi dans le lot beaucoup d’applications visant un besoin très spécifique, par exemple la gestion des dates de péremption dans l’industrie alimentaire”
° Nombre de partenaires commerciaux (revendeurs, intégrateurs): 2.580 ; Top 3 des pays où on en trouve le plus? Mexique: 176 – Etats-Unis: 147 ; Arabie Saoudite: 98 (autant qu’en France). Pointons encore le Royaume-Uni avec 92 au compteur et l’Allemagne, avec 62.