Marche-en-Famenne: “L’approche open data entre dorénavant dans nos réflexions de projets”

Pratique
Par · 24/03/2021

Marche-en-Famenne fut l’une des communes qui a récemment participé au programme de formation Open Data (baptisé “Ouvrir ma ville”) de FuturoCité.

Ce fut aussi celle qui, à l’issue du hackathon qui a clôturé la formation, a remporté le prix Ville ouverte, qui récompensait l’administration participante s’étant “démarquée par sa démarche d’ouverture de données en ouvrant de nombreux jeux de données, jugés pertinents et de bonne qualité par les développeurs et coaches du hackathon”.

Le “prix”? Mise à disposition prochainement d’un(e) stagiaire venant de l’université partenaire du hackathon (à savoir l’UNamur).

Lauréat et pourtant…

Au vu de ce succès, on pourrait penser que la ville s’en soit retournée avec l’impression “mission accomplie”. En réalité, c’est plutôt une prise de conscience et un encouragement à poursuivre qui en ont été tirés comme conclusion.

“La participation au programme “Ouvrir ma ville” de FuturoCité nous a permis de concrétiser les idées, de nous faire mettre le pied à l’étrier”, indique Ana Aguirre, responsable du centre de support télématique (CST) de la ville. “Jusque là, nous travaillions sur le concept [d’open data] sans vraiment y travailler. Nous avions certes participé à des formations de l’UVCW (Union des Villes et Communes de Wallonie) ainsi qu’à des séminaires – notamment organisés par FuturoCité. Le sujet de l’open data nous tenait à coeur mais n’avait pas réellement été mis en pratique, si ce n’est un partage de données sur le géoréférencement du patrimoine entre services internes ou un partage des données sur les commerces avec les premiers intéressés dans le cadre du programme Cap sur Marche. Mais les données n’étaient pas publiées.

Le programme “Ouvrir ma Ville” fut l’occasion pour nous de nous obliger à nous investir et à produire du concret. La formation nous a permis de découvrir et de manipuler différents outils et plates-formes. 

Nous connaissions encore mal ce qu’implique réellement l’open data. Cela restait relativement abstrait. Désormais, ayant appris nous-mêmes, nous savons ce que cela peut impliquer – en amont, pour bien construire, mais aussi en maintenance de données, en mises à jour dans les différentes structures, et en moyens à y allouer. Et en ressources à mobiliser à long terme.”

 

Ana Aguirre (Marche-en-Famenne): “Nous comptons travailler sur le concept développé lors du hackathon, tout en élaborant un programme structuré dans les mois à venir. L’approche open data entre dorénavant dans nos réflexions de projets.”

 

“Par ailleurs, lorsque nous avions suivi des formations ou des séminaires, il n’y avait pas, ensuite, de formalisation auprès des mandataires. Il est toujours difficile d’expliquer, en interne, les avantages et les opportunités de l’open data.” L’une des causes qu’évoque Ana Aguirre à cet égard est le fait que les mandataires manquent d’incitant ou de raison concrète de se lancer. Notamment en raison de ce fameux décret open data qui tarde à voir le jour en Wallonie…

Le projet de Marche (et Hannut)

Pour les besoins du hackathon “Hack your City” de FuturoCité, la ville de Marche avait fait équipe avec celle de Hannut pour porter en commun un projet orienté tourisme. En l’occurrence, une appli de découverte du territoire, avec circuits et activités proposés sur base des profils des utilisateurs et du temps qu’ils peuvent y consacrer, et conseils de mobilité. Objectif: renforcer l’attractivité touristique, culturelle.
Le prototype d’appli développé lors du hackathon devrait devenir, à terme, l’un des nouveaux outils qu’utilisera la cellule Tourisme, en parallèle à la refonte du site Internet qui, lui aussi, utilisera les jeux de données désormais publiés, et à une évolution d’une application existante. “Nous réfléchissons à une appli “Un jour à Marche”. Il faudra alors compléter le prototype.”

Participer au programme a donc permis de franchir un pas supplémentaire. Concret.

D’une part, 21 jeux de données ont été répertoriés et ont été ou seront publiés: liste des hôtels, chambres d’hôtes et gîtes ; points WiFi de la ville ; aires de jeux ; parcours santé pour seniors ; statues pour un parcours-découverte ; éléments du patrimoine…

Les mandataires ont, eux aussi, sauté le pas, autorisant leur publication. Quant au duo développeur IT/équipe CST, il s’est réellement frotté à l’exercice de préparation et de publication de ces jeux sur une plate-forme publique (à savoir la plate-forme régionale ODWB.be).

S’ajoute encore le fait qu’une fiche open data a été concoctée et figure dans le PST (Plan Stratégique Transversal) de la ville. Même s’il faudra encore la formaliser.

Dans l’immédiat, crise sanitaire oblige, les responsables ont d’autres priorités mais “après le confinement, il s’agira de reprendre les contacts nécessaires, de décloisonner…”.

Parler directement aux élus

Convaincue de longue date par l’open data qu’elle “évangélise” déjà, par exemple lors de séminaires ou conférences organisés dans le cadre de Digital Wallonia ou de Smart City Wallonia, Ana Aguirre constate que, jusqu’ici, ses appels du pied à destination des élus de sa ville sont restés largement sans effet. “Nous avons régulièrement fait passer le message “passer à l’open data”. La réaction a toujours été du genre “soit, mais expliquez-nous…”. Il y a certes eu des conférences, des “grand messes” mais c’est systématiquement nous que la ville envoyait.” Les mandataires, eux, se tenaient en retrait. Et restaient apparemment dubitatifs…

“En fait, le message est nettement plus percutant si quelqu’un d’externe leur explique. Le fait que l’on soit passé, par la force des choses, à des présentations par visioconférence est une opportunité.

Du côté de FuturoCité aussi, il faut se saisir de ce mode de communication pour contacter directement les collèges communaux en expliquant ce qu’est l’open data. Pour que tout le monde voit ce dont il s’agit. FuturoCité doit venir au collège, pas l’inverse…”

Ici encore, un premier pas a toutefois été franchi. Le fait d’avoir décroché un prix lors du hackathon [qui se déroulait entièrement en virtuel], a eu pour conséquence que le premier échevin, en charge de la transition écologique et numérique, ait assisté à l’événement. “Il défendra le projet au collège. Et d’autres échevins sont d’ailleurs déjà convaincus. Il était important qu’il soit là lors du hackathon, pour la validation politique…”

L’avis sur la participation au programme Ouvrir ma Ville

“Le programme de formation a été assez dense pour l’équipe. Nous y avons participé à trois: notre développeur IT, Jean-Philippe Brasseur, responsable formations et projets au CST, et moi-même”, précise Ana Aguirre. “Ce fut assez chronophage: une semaine de cours, le matin, avec du travail l’après-midi. Mais la qualité était au rendez-vous. Aujourd’hui, nous décantons et nous allons remettre tout cela sur papier en collaboration avec le stagiaire.

Par ailleurs, d’une manière générale, les propositions que fait FutroCité sont pertinentes et correspondent aux défis actuels. Ils sont en phase avec les besoins des communautés. Malheureusement, ils tombent souvent sur les mêmes oreilles attentives et ont du mal à toucher les pouvoirs locaux les moins au fait…”

Parler aux bonnes personnes, aux réels décideurs politiques locaux, semble en effet être un bon conseil et une pratique logique. Mais c’est là quelque chose qui manque encore et Marche-en-Famenne n’est pas la seule à en faire le constat. Au BEP (Bureau Economique de la province de Namur), qui lui aussi a participé au programme Ouvrir ma Ville, l’écho est similaire: “Notre parttcipation au programme nous a apporté une meilleure compréhension de l’enjeu des données pour un territoire. Un enjeu sous-estimé par nos élus et nos institutions. Il y a un travail d’information à faire auprès de ces derniers.

Nous avons eu droit un webinaire où trois exemples histoires étaient racontées sur une « mauvaise » gestion des données dans des collectivités qui faisait perdre un temps fou dans le travail quotidien ou faisait perdre en précision et comment une réflexion en open data à considérablement améliorer la situation. C’était très parlant et c’est pour moi une porte d’entrée à exploiter pour sensibiliser à cet enjeu”, déclare par exemple Valérie Dudart, animatrice territoriale au BEP.

Ce qu’elle attend donc, elle aussi, de FuturoCité à l’avenir, c’est “d’être disponible pour nos questions et d’opérer comme un relais vers des personnes, structures ou entreprises qui peuvent nous aider, si nécessaire, dans la démarche.”

Nouvelle édition d’Ouvrir ma Ville dès le mois de mai

Après une première édition considérée comme un succès, la petite équipe de FuturoCité a décidé de repasser les plats. Une deuxième édition du programme de formation active Ouvrir ma Ville sera donc organisée de mai à novembre 2021. Un programme qui sera structuré, comme le précédent, en plusieurs étapes: phase d’idéation de projets innovants et réplicables ; récolte, structuration, mise en qualité et publication des données publiques ; montée en compétence des ressources humaines affectées à ces projets ; production d’un prototype.

Détails du programme et inscription via ce lien.