Explort: des stages-tremplin qui séduisent les entreprises, y compris dans le secteur ICT

Pratique
Par · 29/03/2019

En 2018, quelque 736 jeunes Wallons et Wallonnes ont eu l’occasion de partir en stage à l’étranger, pour le compte de sociétés locales, et ce, grâce au programme de bourses Explort de l’Awex.

Ces stages s’effectuent soit en groupes (généralement à l’occasion de salons ou de conférences internationales – pour une durée d’une journée à une semaine), soit en solo et pour une plus longue durée (deux à trois mois).

Sur le total de 736 stagiaires, 181 ont effectué des missions individuelles (voir détail des chiffres en encadré ci-dessous).

Et, dans ce registre, plus d’un quart (27,3%) des sociétés qui ont ainsi pu envoyer une personne en exploration commerciale à l’étranger évoluent dans le secteur de l’IT et/ou du numérique. Deuxième secteur, en importance, qui tire parti du programme Explort: l’ingénierie industrielle. Les biotech et le médical se classent quatrième. Voir schéma ci-contre.

Parmi les sociétés actives dans l’IT ayant décroché des missions Explort en 2018, citons:
EASI (logiciels de gestion d’entreprise – finance, collaboration, CRM, mobilité…): pour des missions en Suisse et au Canada
Image Matters (composants matériels et logiciels pour développement de solutions d’imagerie): Japon
Freecaster (plate-forme de production et diffusion de vidéos en streaming) : Argentine
Selinko (solutions d’identification anti-contrefaçon): Etats-Unis
ou encore Vox Teneo (développement d’applications Web – sites, intranets, solutions e-commerce…): mission en Indonésie.

Deux d’entre elles témoignent un peu plus loin dans cet article.

Des chiffres en hausse…

736 stagiaires en 2018, c’est 4,5% de mieux qu’un an auparavant et plus de deux fois l’objectif annuel que se donne (et qu’a pour mission d’atteindre) l’Awex.

Répartition des missions individuelles (181 au total):

– par “profil”: 119 missions ont été effectuées par des étudiants ; 62 par des demandeurs d’emploi
– par zone géographique: Europe occidentale: 37% ; Amériques: 27% ; Asie: 14% ; Afrique/Moyen-Orient: 11% ; Europe centrale et de l’Est: 9% ; Océanie: 2%.

 

Tremplin pour l’emploi

Si les missions collectives concernent des jeunes encore aux études, celles qui se font en mode individuel sont le fait de jeunes diplômés qui sont en quête d’emploi. Le programme Explort leur permet donc de trouver un stage en entreprise, avec la dimension supplémentaire d’une découverte et d’une acquisition d’expérience à l’international.

Les résultats semblent être au rendez-vous si l’on s’en réfère à deux métriques citées par l’Awex. D’une part, “plus de 97% des entreprises ayant bénéficié de stagiaires Explort disent vouloir faire de nouveau faire appel au programme pour leurs futurs projets”. Et la demande demeure élevée: “le profil d’export manager est un métier en pénurie…”, commente Nicolas Ravenel, coordinateur Explort.

D’autre part, le taux de mise à l’emploi est encourageant: “80% en moyenne et, en 2018, même 91% des anciens stagiaires ont décroché un emploi dans les six mois qui ont suivi la fin de leur stage Explort. Plus de 40% d’entre eux ont trouvé un emploi dans l’entreprise où ils avaient réalisé leur stage.” Environ 10% se lancent en indépendants.

Ce chiffre en soi est plutôt positif. Les candidatures, bien entendu, font l’objet d’une analyse préalable, avant que l’équipe de l’Awex n’assure le “matching” avec les sociétés demandeuses [dont le dossier et les motivations, eux aussi, font l’objet d’un screening].

Ainsi, s’il y a eu 119 missions d’étudiants, la cellule Explort avait reçu, pour 2018, 250 dossiers de candidatures. Côté diplômés/demandeurs d’emploi [une collaboration a été nouée avec le Forem pour l’offre de formations ciblées], 186 demandes avaient été introduites. “La majorité des jeunes qui déposent une candidature sont en recherche d’emploi depuis 6 à 18 mois”, souligne Nicolas Ravenel. “L’un des éléments les plus importants dans l’analyse de leur candidature est le souhait qu’ils affichent de se mettre à l’emploi à l’international et leur crédibilité aux yeux de l’entreprise. Souvent, les entreprises leur opposent l’argument d’un manque d’expérience pratique des jeunes – puisqu’ils sortent des études. A cet égard, un programme comme Explort peut réellement être intéressant.”

Et d’ajouter: “il y a aussi des stagiaires plus âgés parmi les candidats, là aussi un argument qui peut être intéressant pour les entreprises.”

Nicolas Ravenel (Awex): “L’un des avantages du programme Explort est de permettre aux entreprises de prendre un risque [lisez: d’explorer un marché à l’export sans trop de risque financier]. Par ailleurs, la phase de préparation de la mission avec le stagiaire, qui s’immerge dans la société, est déjà l’occasion pour elle de l’observer et de l’évaluer.”

 

Il est aussi une autre catégorie de stagiaires qui peuvent trouver dans le programme un tremplin utile à l’emploi et qui intéressent potentiellement les entreprises: les expatriés ou autres migrants et réfugiés récents.

La connaissance des langues des pays de destination est évidemment un plus. A noter d’ailleurs au passage que l’Awex regrette un déficit des jeunes Wallons en la matière – notamment pour la connaissance de l’allemand alors que notre grand voisin de l’Est demeure une destination favorite pour l’exportation…

Les connaissances linguistiques des expatriés ou autres migrants devient donc un atout pour les entreprises prêtes à les accueillir et un levier d’insertion pour les premiers intéressés. L’un des stagiaires 2018 était par exemple Syrien, commercial de formation, avec une maîtrise non seulement de l’arabe mais aussi du turc et une connaissance suffisante de l’anglais. Profil intéressant pour la société qui lui a offert un stage, notamment dans une perspective de pénétration du marché turc et du marché iranien (avant le rétropédalage stratégico-économique que l’on connaît…).

Deux témoignages

L’éditeur de logiciels nivellois EASI a découvert le programme Explort voici environ 18 mois et a depuis lors accueilli et mandaté trois stagiaires.

La première mission fut atypique en ce sens que le pays de destination (le Canada et, plus particulièrement le Québec) n’était pas forcément un marché que visait ou que vise EASI, même si ce genre de mission d’exploration et d’étude de marché n’est jamais totalement inutile. EASI avait décidé d’y envoyer une stagiaire essentiellement parce que son profil et sa personnalité l’intéressaient mais, au final, il n’y a pas eu “concrétisation”. Par contre, l’expérience acquise “a étoffé le CV de cette personne qui a ainsi pu trouver plus aisément un emploi”, témoigne Nicolas Dewandre, associé-gérant chez EASI.

Par contre, la deuxième mission, en Suisse romane, correspondait beaucoup mieux aux intentions et besoins commerciaux de la société. La Suisse – tant romane qu’alémanique (qu’explore actuellement un troisième stagiaire Explort) – est un territoire où la société désire renforcer sa présence, par le biais de partenaires locaux, et explorer de nouvelles opportunités.

“En Suisse romane, nous disposions déjà d’un partenaire mais avec lequel la relation était encore très neuve. Nous voulions dès lors lui dépêcher une personne pour l’assister dans son démarchage commercial pour notre solution Smart Sales.”

Pour ses explorations de potentiels commerciaux à l’étranger, EASI ne se repose pas uniquement sur des stagiaires Explort mais ils sont une ressource supplémentaire bienvenue, explique Nicolas Dewandre. “Le développement à l’international est quelques chose d’encore assez neuf pour nous, EASI étant encore largement une société belgo-belge. Avant d’y consacrer de gros budgets et pour tâter le terrain, un programme tel qu’Explort et parfaitement adapté.

Il a d’ailleurs l’avantage de nous procurer deux types de profils de stagiaires: des jeunes qui sont encore aux études ou frais émoulus des études mais aussi des personnes plus âgées qui sont en recherche d’emploi. C’est ce second profil qui est intervenu en Suisse romane. Il bénéficiait déjà d’une certaine expérience. Son cursus était certes moins universitaire mais il était intéressé par une expérience à l’étranger…”

En dépit d’un petit raté au départ (l’Awex a dû intervenir pour recadrer et trouver les bonnes ficelles à actionner pour motiver le stagiaire alors qu’il effectuait ses premiers pas dans l’entreprise), l’expérience s’est finalement plutôt bien terminée puisque la mission fut considérée comme un succès: le stagiaire a décroché un CDD, auprès du partenaire suisse d’EASI, et un CDI serait en préparation…

Nicolas Ravenel (Awex): “Pour voir sa demande acceptée, une société doit avoir défini une claire stratégie à l’exportation, ses besoins, expliquer en quoi le programme Explort peut lui être utile, avoir hiérarchisé ses priorités territoriales, avoir identifié sa cible et pouvoir consacrer du temps à la préparation de la mission avec le stagiaire.”

 

EASI se dit satisfaite du programme et compte continuer à y recourir. Seul petit regret: la durée du stage, jugée trop courte. “Un mois en entreprise et deux mois à l’étranger, c’est un peu court”, estime Nicolas Dewandre. “Il faudrait peut-être rallonger un peu afin de pouvoir réellement construire quelque chose.” 

Chez Vox Teneo, la mission qui a été confiée au stagiaire Explort, à Bandung en Indonésie où la société possède un pied à terre et une équipe de développement, fut de “réaliser une étude de marché pour certaines de nos activités et de rencontrer plusieurs contacts”, indique Patrick Logé, associé de Vox Teneo et responsable du site indonésien.

“Nous lui avons fixé plusieurs objectifs (nombre de visites, cibles, zone géographique…), présenté nos activités, expliqué ma propre expérience ici, certains pièges culturels à éviter, la façon d’aborder ses contacts, les pistes par lesquelles il pouvait commencer…

Il est ensuite parti sur Jakarta avec une liste de contacts que nous lui avions donnés et d’autres qu’il avait obtenus de l’Awex.”

“Plus de 97% des entreprises ayant bénéficié de stagiaires Explort comptent faire de nouveau appel au programme pour leurs futurs projets.”

 

C’était une première pour Vox Teneo mais une expérience que la société juge “très positive, tant pour le stagiaire qui s’est retrouvé dans un contexte international, que pour nous, en nous permettant d’aborder des contacts supplémentaires. Il a pu m’aider à assurer le suivi de plusieurs dossiers. Nous avons d’ailleurs assuré le suivi de plusieurs de ses visites après son départ.”

Missions collectives

Les missions collectives Explort sont réservées aux étudiants de l’enseignement supérieur (2ème bac et 1ère master). Er ce, sur base de projets que concoctent les établissements et Hautes Ecoles. En 2018, ce sont les dossiers rentrés par HEC Liège, HELMo Saint-Marie, la HE de la Province de Liège et l’EPHEC qui ont convaincu le jury, débouchant sur cinq missions qui ont ainsi expédié un total de 252 étudiants avec pour charge de “pitcher” plus de 60 entreprises devant les délégations étrangères. Avec le soutien des conseillers économiques et commerciaux de l’Awex.

Destinations: Montréal, Pologne, Inde, Danemark et Canada. Exemple de thématique de la mission: du digital au Danemark, du développement durable au Canada.

Les filières d’enseignement concernées par ce genre de stage-éclair sont les études en économie, commerce et gestion orientée international. Mais, souligne Pascale Delcomminette, directrice de l’Awex, “nous sommes toujours à la recherche de profils plus atypiques – avec des compétences techniques ou scientifiques -, au-delà donc des acquis glanés en études commerciales. Un profil d’ingénieur ayant des compétences commerciales est par exemple un accélérateur potentiel pour trouver plus vite un poste à responsabilités, sans devoir patienter 7 ou 8 ans, dans une entreprise, pour le décrocher.”

L’Awex tente dès lors de ratisser plus large et de susciter l’intérêt d’écoles et filières de gestion, langues, e-business… “Tous les profils sont les bienvenus, pour autant qu’ils démontrent une envie de faire du business, de participer au développement économique des entreprises de la région… et un certain amour des langues.” Pour étendre son champ d’action et de démarchage des Hautes Ecoles, le programme Explort aurait toutefois sans doute besoin de moyens supplémentaires, laisse entendre Nicolas Ravenel. Comme un appel du pied à la prochaine législature… “Plus on aura de candidats, mieux on pourra répondre à la demande”.