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Commerçants en-ligne: une disparité nord-sud tenace

Pratique
Par · 03/11/2021
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Pour Damien Jacob (Retis), “si la Belgique comptait, fin 2020, 7.831 entités juridiques actives comme e-commerçants pure players (c’est-à-dire vendant uniquement en-ligne), soit une augmentation de 45% par rapport à l’année précédente, […] une grande disparité subsiste entre le nord et le sud du pays. En effet, seuls 24% de ces e-commerçants se trouvent en Wallonie et l’écart risque de se creuser à politique économique constante.”

Répartition géographique:

  • Flandre: 5.291 (68% du total), contre 2.586 à fin 2019 
  • Wallonie: 1.876 (24%), contre 1.210 un an plus tôt
  • Région bruxelloise: 664 (8%), contre 490.

Par arrondissement, le classement belge s’établit comme suit: Anvers, Hasselt, Maaseik, Tongres, Turnhout, Saint-Nicolas, Liège, Charleroi.
Voici quelques autres passages de son analyse, basée sur le dernier recensement effectué par son agence conseil.

Écart de dynamisme nord-sud 

  • “En 2008, la proportion d’e-commerçants dans chaque région reflétait pratiquement la répartition de la population. 
  • Entre 2008 et 2016, la croissance du nombre d’e-commerçants a été plus forte en Flandre qu’à Bruxelles et en Wallonie. Ainsi à Bruxelles, le nombre d’e-commerçants est passé de 90 à 312, contre 426 à 1.904 en Flandre. 
  • Entre 2016 et 2019, Bruxelles et la Wallonie n’ont pas réduit l’écart avec la Flandre, mais il ne s’est pas non plus accentué. 
  • En revanche, l’écart s’est de nouveau creusé en 2020: la croissance n’a été que de 30% en Wallonie, contre 52% en Flandre.”

Un secteur dynamique mais volatile 

“En 2020, année exceptionnelle compte tenu de la crise sanitaire, le nombre de nouveaux assujettis TVA pour une activité pure player e-commerce a été très élevé: 3.264 entités. 

Néanmoins, plus d’un e-commerçant sur sept a arrêté son activité en 2020, dans un contexte qui aurait dû être, au contraire, particulièrement prospère puisque les consommateurs ont massivement acheté en ligne cette année-là. 

Ce taux important d’abandons rappelle que le secteur du commerce électronique n’est pas un eldorado. 

Par ailleurs, les 887 arrêts d’activité d’e-commerce en 2020 ont proportionnellement eu lieu davantage en Wallonie: la proportion création/radiation atteint 2,84 en Wallonie (644 créations pour 226 radiations), 3,67 à Bruxelles (246 créations pour 67 radiations) et 3,97 en Flandre (2374 créations pour 594 radiations).”

883 des 887 radiations répertoriées en Wallonie concernent des auto-entrepreneurs ou des structures unipersonnelles. En Flandre, “la croissance plus marquée du nombre d’e-commerçants s’explique par un plus grand nombre de créations d’entreprises, mais aussi par une plus grande longévité de celles-ci.”

Toutefois les “pure players” sont très majoritairement de très petites structures, quelle que soit la Région concernée puisque sur le total de 7.831 entités répertoriées, 7.436 n’ont pas de salariés et seulement 47 passent la barre des 10 employés.

Que faire pour tenter de combler le fossé entre Wallonie et Flandre? C’est un sujet déjà souvent abordé par Damien Jacob. Il profite des résultats de son dernier recensement pour taper à nouveau sur l’un de ses clous préférés: “Il semblerait judicieux que des actions publiques soient entreprises, en particulier en Wallonie. D’une part, pour augmenter le nombre de projets. Entre fin 2018 et fin 2019, seulement 228 nouvelles entités en Wallonie, contre 798 en Flandre. Pour l’année 2019, 644 en Wallonie contre 2.374 en Flandre.

D’autre part, pour aider les entrepreneurs en e-commerce existants à renforcer leurs activités et à s’étendre, compte tenu de la moyenne de longévité trop basse actuellement des entreprises wallonnes en e-commerce et du faible taux de salariés engagés dans ces entreprises (seulement 13 comptent au moins 10 employés).

Une action particulière devrait être prise en matière de formation des responsables d’entreprises. Il existe bien des webinaires de 2 heures de découverte de l’e-commerce et d’information de base, organisés par le SNI et par l’UCM avec le soutien de la Région wallonne. Le nombre de passage à l’acte reste néanmoins faible.

Il serait nécessaire d’approfondir ces connaissances par des cycles de formation abordant l’ensemble des points d’attention au lancement d’un e-shop (le front-office, le marketing digital, mais aussi le back-office (encaissement en-ligne, livraison, service après-vente, respect de la réglementation, application correcte de la TVA, etc.). Il faudrait également une formation “après lancement” pour notamment être en mesure d’établir régulièrement ses propres audits d’activité afin d’optimiser la performance de l’e-shop. 

Explosion des “webshops” mais que cela cache-t-il?

Lors de l’événement-bilan de Digital Wallonia (voir notre article ici), les intervenants citaient cette véritable explosion du nombre de commerces en-ligne ayant vu le jour en 2020, en pleine “crise corona” – et d’ailleurs une explosion en bonne part provoquée par cette crise sanitaire.

Damien Jacob jette un éclairage légèrement différent sur les chiffres bruts (ou totaux, si vous préférez) qui ont été avancés (environ 20.000 nouvelles créations de boutiques en-ligne en Belgique en 2020)…

“Il y a une grande différence entre “dénombrer le nombre de retailers en-ligne” – ce qui est possible à partir de bases administratives et fiscales [Ndlr: la méthode qu’il applique lui-même] – et le nombre de “webshops” – ce qui est possible via des outils d’aspirations de données de site et un peu d’IA – la start-up Inoopa procède par exemple de la sorte.

Ces derniers (les e-shops) sont beaucoup plus nombreux car :

– il y a des e-shops qui ne font pas de commerce de détail (par exemple: vente de services juridiques) ou dont l’activité commerciale en-ligne est marginale, ou limitée dans le temps
– il y a eu une certaine tolérance pendant la période de pandémie quant à la déclaration à la BCE d’activité du type “click&collect”
– de nombreux e-commerçants gèrent plusieurs e-shops, d’activités parfois très différentes
– de plus, même pour les e-commerçants qui n’exercent qu’une activité unique, derrière une seule plate-forme technique plusieurs e-shops peuvent techniquement être générées
– si on ajoute les e-shops basées sur des solutions SaaS, ou les mini e-shops sur certaines marketplaces, le décompte sera encore bouleversé
– enfin, il y a aussi le phénomène de “dropshipping” (1). Parmi mes étudiants, nombreux sont ceux qui paient leur étude de cette manière. Et il n’y a pas que des étudiants qui ne déclarent pas ce type d’activité généralement très éphémère (moins d’un an)…”

Quoi qu’il en soit, il sera intéressant d’objectiver et de documenter la composition de ce nouveau paysage et de voir à quel point il y aura eu un effet bulle…

(1) Le “dropshipping est une technique assez particulière. Le “commerçant”, qui fait en réalité office d’intermédiaire, de “boîte aux lettres” rémunérée, vend des produits qui ne sont pas immédiatement disponibles mais qui seront fournis (voire fabriqués en fonction des commandes) par le (vrai) fournisseur. Deux sous-modèles existent: soit les coûts de sur-stocks sont pris en charge par l’intermédiaire, soit ce coût éventuel est assumé par le fournisseur.

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