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Comment pallier au manque de compétences en robotique industrielle (suite)

Pratique
Par · 11/08/2021
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Suite de notre article consacré aux besoins en compétences dans le domaine de la robotique industrielle – traditionnelle mais aussi de nouvelle génération.

Le constat que l’on fait côté wallon (mais la chose est valable, à des degrés divers, dans le reste de la Belgique comme en témoigne Agoria voir encadré en fin d’article) est que les compétences manquent sur le terrain. A la fois pour faire face à la demande des utilisateurs (qui se situent encore essentiellement du côté des grandes sociétés et groupes industriels), à celle des installateurs et intégrateurs (qui interviennent auprès de ces grands acteurs économiques) et… à celle des établissements de formation.

Dans certains cas, les compétences nécessaires doivent être trouvées hors-territoire – que ce soit à l’étranger (France, Allemagne…) ou en Flandre.

La Flandre, en effet, a une longueur d’avance, non seulement parce que la robotique industrielle, en raison du profil économique du nord du pays, y est ancrée depuis plus longtemps mais aussi parce que les constructeurs, fournisseurs et intégrateurs y sont davantage présents. Il arrive toutefois que ces acteurs ne disposent pas de collaborateurs parlant français, forçant donc les opérateurs wallons (industriels, intégrateurs ou établissements de formation) à aller chercher leur bonheur outre-frontière…

On constate donc un manque de formateurs francophones pour certains équipements robotiques. Exemples? Une carence en formateurs et en formations en français pour les robots Fanuc (constructeur japonais) ou encore Kuka (fabricant allemand qui a été racheté par le chinois Midea en 2016). En Belgique, les formations Kuka se donnent en anglais ou en néerlandais. Pas de français à l’horizon. Technifutur, par exemple, n’a donc d’autre recours que d’aller s’approvisionner en formateurs… en France.

Idem, côté AGV, pour les matériels du constructeur MiR: sur le marché belge, son relais d’implémentation est un acteur… hollandais.

Nouveaux métiers, métiers en renouveau

Programmation et utilisation d’AGV, aintenance d’animatronique, développement et intégration d’applications robotiques et de cobots… Les compétences – et potentiels – de la “nouvelle” robotique se multiplient.

Le métier de roboticien implique désormais des compétences multiples et variées – électrique, mécanique, “simulatique”, intelligence artificielle… Non pas que tous les métiers impliquent un éclectisme aussi étoffé mais, à tout le moins, les notions de chaque spécialité, ou leurs perspectives, devront être connues.

Source: Made Different, Digital Wallonia.

Mais il n’y a pas – loin de là – que les nouveaux métiers qui nécessitent compétences et formations. Du côté de Technifutur, on souligne le besoin bien réel et peut-être encore plus immédiat de faire évoluer les métiers et compétences industriels existants afin d’y greffer une dose plus ou moins grande de 4.0 et de robotisation (matérielle ou logicielle, assistée ou autonome). 

“Ce qu’on appelle l’industrie 4.0 apporte une nouvelle dimension à l’automatisation telle qu’on la concevait par le passé, dans la mesure où elle implique de l’hyper-connectique et une forte customisation des produits finis”, souligne Jean-Michel Pirlot, directeur des opérations chez Technifutur.

“Il s’agit donc est de faire évoluer les métiers traditionnels – installateurs, électromécaniciens, soudeurs, automaticiens… – en fonction des spécificités de la robotique. Et il s’agit dès lors pour nous d’ajouter de nouveaux modules spécifiques aux formations aux métiers existants.”

 

François Strykers (Jobs@Skills): “La robotique de nouvelle génération est riche en potentiels et ouvre la voie à de nouveaux métiers. Il faut s’en emparer dès maintenant pour développer les compétences nécessaires, ne pas se contenter d’être des utilisateurs finaux mais au contraire devenir des spécialistes.”

 

Les “nouveaux métiers”, eux, feront intervenir de manière plus prononcée des compétences en big data, en intelligence artificielle… 

Autres technologies nouvelles, en essor croissant, à intégrer au catalogue: les capteurs en tous genres – en ce compris optiques (caméras), notamment pour le contrôle de qualité. “Ces technologies exigent des compétences nouvelles – vision industrielle, communications avec les bases de données, IT embarquée…

Anticiper et devancer la demande

L’un des rôles de Jobs@Skills, tout comme des projets R&D et de la mission de veille de Technifutur, est d’imaginer ce que seront les besoins futurs, d’anticiper, de développer des compétences et axes de formations pour combler les lacunes actuelles ou futures.

Récemment, l’arsenal de formation de Jobs@Skills s’est enrichi d’un chien-robot Aliengo…

Il y a par exemple un flagrant manque de compétences locales en programmation animatronique – des compétences en programmation de robots animaloïdes (en Python ou C++) qui seront notamment enseignées à HELMo Gramme (sur le robot Aliengo)…

Du côté de Technifutur, on a également conscience de la nécessité d’opérer en mode veille et anticipation.

“Dans l’état actuel des choses, l’évolution du catalogue de formations est encore basé sur le retour et les besoins des industriels”, indique Jean-Michel Pirlot, directeur des opérations. “Mais nous devons également développer une vision à plus long terme, en mode veille proactive. Le fait est en effet que les besoins sont également “poussés” par la technologie et son évolution.”

Si la robotisation est sensiblement moins présente en Wallonie, comparé à la Flandre ou à un pays voisin tel que l’Allemagne, les tendances et réalités qu’on y rencontre “percolent” et influencent donc la demande qu’expriment certains industriels chez nous. Ce que Jean-Michel Pirlot appelle la “dynamique proactive de la demande”.

 

Jean-Michel Pirlot (Technifutur): “Dans l’état actuel des choses, l’évolution du catalogue de formations est encore basé sur le retour et les besoins des industriels. Mais nous devons également veiller à développer nous-mêmes une vision à plus long terme, en mode veille proactive. En effet, les besoins sont également “poussés” par la technologie et son évolution.”

 

La contagion gagnera-t-elle les acteurs industriels locaux et à quel rythme? Difficile de le prédire mais Jean-Michel Pirlot parle de “caractère exponentiel de la demande” dont l’ampleur et le timing “dépendront pour partie de la politique de reconversion industrielle de la Région. Cette reconversion passera nécessairement par des installations 4.0. On ne va reconstruire du traditionnel…”

Par ailleurs, si les besoins et la demande viennent encore majoritairement de grands industriels, “certaines PME ont les oreilles grandes ouvertes et sont conscientes que l’avenir est à l’industrie 4.0 et à la robotique. D’autres PME, par contre, sont toujours en phase d’observation. C’est à nous de les titiller” – notamment par des opérations de sensibilisation et des invitations à venir faire un tour du côté du démonstrateur 4.0.

A cet égard, le Covid – même s’il a logiquement freiné les visites sur site – a peut-être eu un effet positif. “Nous en avons profité pour développer de nouveaux outils, tels que des webinaires qui ont eu leur petit succès, en ce compris du côté des PME. C’est là une nouvelle manière de communiquer et de sensibiliser”… en ce compris un public plus large et, jusqu’ici, moins intéressé.

La carence en compétences et en formations robotiques industrielles est l’un des constats qui ne manquera pas de ressortir de l’étude qu’a commanditée Agoria à PWC et qui devrait être publiée en septembre.
Alors que la Belgique a été une terre de robotisation, plus spécialement dans le secteur automobile, aurait-elle, avec le désengagement local des constructeurs dans ce domaine, perdu le fil de cette filière de compétences? Cela semble bel et bien être le cas. Alain Wayenberg, responsable de la cellule Industries manufacturières et qui pilote l’étude d’Agora, constate en tout cas “peu de possibilités pour des formations en robotique dans le pays”. A l’exception, côté enseignement supérieur, de la VUB ou de quelques initiatives du côté de Liège (voir à ce sujet la première partie de cet article).
“Il y a aussi une nécessité, via des études STEM, de procurer aux jeunes les compétences de base en robotique – pour des notions de paramétrisation, de programmation… Le premier contacte avec la robotique doit se faire dès la première année du secondaire, d’autant plus que c’est une matière accessible et amusante. A partir de là, il devient possible de progresser. Le fait est que la robotique concerne potentiellement de très nombreuses entreprises et toutes les usines. PME comprises. Par exemple pour des tâches très spécifiques, avec recours à des robots pour épauler les opérateurs.”
La Belgique, pour autant, n’est pas un pays vierge d’acteurs présents dans le registre robotique. Loins de là… Des industriels et des sociétés IT spécialisées se sont positionnés sur ce terrain de la robotique “nouvelle vague”. Alain Wayenberg cite par exemple Vintecc, à Roulers (simulation et jumeaux numériques), ou, côté francophone, Phoenix AI (équipements autonomes, vision automatisée, intelligence artificielle), Citius Engineering, Socabelec (robots sur-mesure), 123 Automation (robotisation et optimisation de processus de production), Axymatic (conception et déploiement de projets d’automatisation)…
Principaux secteurs utilisateurs: l’industrie manufacturière (automobile, biopharmaceutique), les productions métalliques, l’industrie alimentaire, la production de plastiques ou de produits chimiques, la fabrication additive (pour la finition des pièces), l’électronique et l’électrotechnique (pour des tâches d’assemblage ou de logistique)…. [ Retour au texte ]

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