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Un MuseumLab pour imaginer et tester des médiations numériques

Portrait
Par · 10/01/2020
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A Mons, depuis environ un an, un living lab d’un genre nouveau, dédié au secteur et aux applications ICC (industries culturelles, créatives et numériques) est entré en action, en partie grâce à des financements européens (voir encadré).

Baptisé MuseumLab, porté et animé par le Pôle muséal de la Ville de Mons et l’institut Numediart de l’UMons, il ambitionne de faire se rencontrer et co-créer musées et autres espaces culturels (pas uniquement montois), artistes, start-ups, designers et entrepreneurs numériques.

Le but est de permettre à des porteurs de projets et à des créateurs numériques de tester “en live” leurs créations auprès d’un public muséal et/ou culturel, dans des espaces dédiés à ce public. De quoi vérifier si l’idée brute a des chances de rencontrer un besoin ou une attente du public et, dès lors, de peaufiner et faire évolution un prototype ou pré-prototype de solution qui, plus tard, prendra son envol commercial. Un musée ou un autre espace culturel sert donc d’écrin vivant, le temps d’une “résidence technologique” (exposition temporaire, semaine culturelle…).

Le projet testé et “livinglabé” peut être proposé par une société, une start-up, un artiste, un étudiant-entrepreneur, un chercheur…

En 2015, l’un des projets wallons introduits – et approuvés – dans le cadre de la programmation 2014-2020 des fonds FEDER (Fonds Européen de Développement Economique et Régional) portait sur la création d’un living lab destiné à devenir un “espace ouvert permettant le renforcement d’activités croisées entre industries culturelles, créatives et numériques”.

Ce projet était porté par l’institut NumediArt, en collaboration avec Multitel, Technocité, le Cetic, et l’intercommunale IDEA.

Principaux axes de recherche: la capture de mouvement, les média “performatifs” (artistiques), les espaces intelligents, la reconnaissance automatique de flux multimédia.

Le projet a pris forme sous le nom de MuseumLab, un living lab co-financé par des fonds européens, wallons et la Ville de Mons. Il est hébergé au Pôle muséal de la Ville de Mons. Rayon d’action: l’ensemble de la Wallonie. Avec également des collaborations qui s’étendent au-delà du territoire wallon, notamment vers le nord de la France, très actif en matière d’industries créatives et culturelles. Des liens, par exemple, ont été tissés avec le Louvre Lens et son incubateur d’entreprises culturelles. Idem avec le Fraunhofer Institute allemand, dans le cadre d’un projet culturel pan-européen impliquant quelques grands musées (Berlin, Vienne, le Guggenheim…) qui explore notamment les nouvelles pratiques et “expériences visiteur” sur base de technologies nouvelles telles que l’intelligence artificielle, la réalité augmentée, la restitution virtuelle des oeuvres…

Les musées, de leur côté, ont ainsi l’occasion d’explorer concrètement les potentiels d’une médiation culturelle “2.0” (expériences interactives ou immersives, multidimensionnalité artistique…), sans devoir investir eux-mêmes dans des projets d’innovation souvent expérimentaux mais en ayant la possibilité d’en tester la pertinence et l’“efficacité” auprès de leurs publics-cibles.

A noter – et la chose est importante – que les projets qu’accueille le MuseumLab ne doivent pas avoir une connotation exclusivement culturelle ou muséale. L’une des conditions à remplir pour être sélectionné est de reposer sur des éléments et si possible un noyau technologiques pouvant être déclinés et appliqués dans d’autres secteurs. C’est là le côté “vecteur de développement économique” que veut aussi favoriser le living lab.

“Le MuseumLab est réellement une sorte de labo au coeur d’un musée”, explique Bérengère Fally, chef de projet. “L’ambition du Pôle muséal de la Ville est ainsi de croiser culture et numérique, de reconnecter le public à la culture via la technologie. 

Notre rôle est de mettre acteurs culturels et entreprises en contact, d’identifier et de répondre aux besoins d’experts culturels, de leur faire rencontrer des acteurs technologiques. Le living lab permet de faire se rencontrer l’offre et la demande. C’est un lieu de partage d’expériences, de transfert de connaissances, dans les deux sens. Souvent les musées sont désemparés face aux choix technologiques possibles. Ils ont besoin d’être aidés et accompagnés. Notre rôle est dès lors aussi de trouver une méthode d’accompagnement, en collaboration notamment avec la régie du Pôle muséal.”

Bien que l’“équipe” du living lab soit du genre hyper-concentrée (Bérengère Fally est quasiment seule aux commandes pour le fonctionnement au quotidien, pour le compte du Pôle muséal), le projet est en fait une collaboration virtuelle entre divers acteurs montois qui mettent compétences et ressources à disposition des projets “incubés” en fonction de leurs besoins.

Au sein de ce réseau, pointons ainsi tout d’abord l’institut Numédiart qui apporte ses compétences en traitement du signal et de l’image, électronique, technologies immersives, interaction homme-machine… La collaboration passe notamment par cet autre living lab qu’a créé Numédiart qu’est le Click’. “La plupart des projets accompagnés par MuseumLab passent par le Click’ pour la partie validation des choix technologiques”, souligne Bérengère Fally.

Le MuseumLab peut aussi faire appel au MIC (mise à disposition de technologies, notamment au rayon réalité virtuelle et augmentée), à la Maison de l’Entreprise (pour l’accompagnement business des entrepreneurs et porteurs de projets), à Technocité (pour des formations ICC), au fablab de Mons (pour le prototype d’objets, d’artefacts, d’éléments d’installation)…

MuseumLab: un lieu de co-création, prototype et test “live” avec le public pour imaginer et faire évoluer de nouvelles médiations culturelles numériques.

Sourcing de projets

Les projets d’innovation numérico-artistiques qui sont imaginés, testés, élaborés voire “pivotés” au MuseumLab peuvent avoir diverses origines. Ils peuvent suivre le cheminement d’un appel à projets initié par le living lab lui-même, émaner d’acteurs locaux (des start-ups par exemple, comme ce fut le cas avec l’un des projets que nous vous présenterons dans un prochain article, imaginé par la société montoise DragOnSlide) ou voir le jour lors d’événements de co-création.

A ce jour, quatre appels à projets ont été lancés. Un cinquième est prévu pour 2020 autour d’une thématique axée sur le gaming.

“Lorsque le projet est proposé spontanément par un entrepreneur, la première étape consiste à identifier avec lui la nature précise du projet, ses besoins, en termes d’expertise, de technologies, de matériels…”, explique Bérengère Fally. “S’il existe déjà un prototype, on peut alors sélectionner un musée qui est intéressé ou dont l’un des événements ou expositions convient particulièrement bien à l’essence du projet. Des sessions de tests avec le public peuvent alors être organisées, à l’occasion d’un événement ponctuel, pour la durée d’une exposition temporaire, ou encore à l’occasion d’ateliers qui peuvent être un premier pas avant une résidence technologique de plus longue durée.”

De tels ateliers ont ainsi été organisés avec des étudiants d’Arts2, l’école supérieure des arts (arts plastiques et visuels notamment) de Mons, ou encore en collaboration avec l’association Les Amis des aveugles.

Projet 2020

Dans un tout prochain article, nous vous ferons découvrir deux des installations de médiation basée sur les nouvelles technologies qui ont été testées et validées “en live” dans le cadre du MuseumLab. L’une fait appel à la réalité augmentée (Atlas), l’autre à une technique d’immersion auditive 3D.

Mais arrêtons-nous déjà un instant sur l’un des prochains projets qui sera mené au sein et en collaboration avec le living lab. Une doctorante en sciences cognitives de Polytech Mons, en collaboration avec la Haute Ecole des Hautes de France, planchera pendant six mois (jusqu’en juin) sur l’étude et la réalisation d’un prototype de médiation basé sur l’interprétation du comportement des visiteurs d’espaces muséaux. 

En faisant appel notamment à des techniques de détection de mouvements et d’oculomotrice (eye tracking), le but est d’étudier et d’analyser la manière dont des visiteurs équipés de casques de réalité virtuelle réagissent devant les oeuvres qu’ils regardent et, dès lors, de catégoriser oeuvres et ressentis et de tendre vers une amélioration des techniques et des expériences immersives. Eventuellement en ayant recours à l’intelligence artificielle pour créer ou moduler les expériences.

Dans notre prochain article, la découverte des projets DragOnBlind et Atlas…

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