Øpp Startup Studio: parce que la première appli est rarement la bonne…

Portrait
Par · 19/09/2018

En juin, Dominique Mangiatordi annonçait la transformation de son agence Øpp en une activité virtuellement bicéphale: poursuite des activités d’agence mais aussi et surtout lancement d’un “startup studio” dont l’Adn et le premier fil rouge différenciateur seraient la “gamification” appliquée à des processus et environnements professionnels. Partenaires financiers pour l’occasion: Meusinvest et Nethys.

Cet Øpp Startup Studio a aujourd’hui vu le jour, s’installant en ce début septembre place de la Cathédrale à Liège.

Eviter la panne sèche

Nous lui avons rendu visite pour rencontrer celui qui en est le pilote – Larry Grutman – et découvrir comment la jeune structure envisage les choses à court ou plus long terme.

Pour l’heure, les trois projets qui sont hébergés au startup studio sont encore gérés en mode “projets d’agence”. Autrement dit, sans ce qui fait et qui sera à l’avenir l’un des traits distinctifs de cette structure, à savoir une prise de participation (equity) en échange d’un accompagnement et d’une contribution concrète (co-développement, démarchage commercial, recherche de marchés et de clients, conseils) au lancement du projet.

Larry Grutman (Øpp Startup Studio): “Le souci est que la première version d’une appli est rarement, voire jamais, la bonne. Résultat: la start-up se plante parce qu’elle n’a plus d’argent pour développer la version suivante.”

“Contrairement à ce qui se passe avec les incubateurs classiques, nous nous impliquons réellement dans le projet”, souligne Larry Grutman, responsable du Startup Studio.

“Un incubateur classique propose des conseils, du coaching, investit éventuellement une certaine somme d’argent pour couvrir la première étape [capitaux d’amorçage] et pour contribuer à financer le développement de la première version d’une application. Argent que la start-up dépense en interne ou auprès d’une agence. Mais le souci est que la première version d’une appli est rarement, voire jamais, la bonne. Résultat: la start-up se plante parce qu’elle n’a plus d’argent pour développer la version suivante.”

Un “startup studio”, lui, “se mouille”, met ses propres ressources et compétences à disposition (en bonne partie en matière de développement et de mise sur le marché) en se rémunérant en fait sur la réussite future. Dans la mesure où il prend des parts dans la société, qu’il compte valoriser lors de son exit, il a tout intérêt à rendre le projet viable.

“Service for equity” mais pas que…

Quels projets pourraient trouver une oreille attentive et éveiller l’intérêt d’Øpp Startup Studio? Dans l’état actuel des choses, la structure compte essentiellement sur deux canaux d’approvisionnement: d’une part, le réseau de contacts de Dominique Mangiatordi, initiateur de l’agence Øpp, et ce tant en Belgique qu’à l’étranger (plus particulièrement en France); de l’autre, Meusinvest/LeanSquare et son répertoire de sociétés financées et/ou accompagnées. Sans oublier le bouche à oreille qui devrait se développer au fil du temps.

En tant que (co-)bailleur de fonds, Meusinvest a un droit de regard sur la gestion, les prises de participation, ainsi que des exigences en termes de rentabilité. L’invest dirigera vers le Startup Studio divers types de dossiers: des projets repérés dans son catalogue de sociétés financées ou, plus spécifiquement, des start-ups déjà passées par l’incubateur LeanSquare et ayant besoin de franchir une nouvelle étape dans la concrétisation de leur projet.

La forme que prendra l’intervention variera selon les cas.

Soit Meusinvest envoie vers Øpp des projets dans lesquels elle investit (par l’entremise par exemple de LeanSquare), leur accordant des moyens qui doivent en partie être “dépensés” en services prestés par l’agence. Øpp intervient alors “simplement” en tant qu’agence de développement et met des ressources de design, développement, intégration… à disposition.

Soit l’invest et/ou le Startup Studio prennent des participations dans le projet. Øpp Startup Studio s’implique alors dans sa maturation en échange de parts, en vue d’une revente à terme, avec dégagement de plus-value.

Quelles sont les conditions, plus générales, à remplir par un projet pour avoir des chances d’être mûri et co-géré sur le long terme, place de la Cathédrale?

“Le fondateur doit disposer de fonds de départ, qu’ils soient les siens ou réunis auprès d’autres intervenants [Ndlr: sans qu’il y ait de critères précis en termes de mise de fonds minimale]. Il doit aussi et surtout faire preuve de compétences et d’une expérience prouvée [en ce compris dans le domaine d’activités visé]. Son projet doit déjà avoir atteint un taux de maturité certain, par exemple via l’intervention de LeanSquare ou d’un autre incubateur…

Le fait d’être passé par exemple par LeanSquare ou CapInnove est la preuve qu’un premier proof of concept a été réalisé et que le projet est prêt pour venir chez nous…”, souligne Larry Grutman. A noter que le “repérage” de projets pourrait aussi s’effectuer auprès d’autres acteurs, jouant un rôle similaire de celui des deux incubateurs cités.

Quelle peut être l’origine géographique d’un projet éligible? Øpp Startup Studio vise tout naturellement à attirer des projets d’origine liégeoise mais est loin, on l’a vu plus haut, de se limiter à ce périmètre, espérant attirer des projets belges voire extra-frontaliers. Ils pourront provenir de porteurs de projets opérant en solo, de start-ups ou même d’entreprises qui, en leur sein, ont initié un projet et désirent l’amener à maturité.

Tout est “gamifiable”

Une dose de “gamification” est-elle un prérequis? Pas forcément. Même si c’est en effet là la spécialité et l’un des arguments auxquels Øpp Startup Studio désire se différencier. “Nous pouvons accueillir tout type de projet mais notre vision gamification peut s’ajouter à tout type de projet même si son initiateur n’y a pas pensé au départ”, souligne Larry Grutman.

“Il arrive d’ailleurs souvent que le porteur de projet n’ait pas pensé cette dimension. On peut l’ajouter dans tout type de projet. C’est par exemple le cas pour l’un des projets actuels, orientés santé [Ndlr: un projet de pilulier connecté].

Le but est de rendre l’expérience d’utilisation de l’application ou de la solution plus agréable, d’impliquer l’utilisateur. Par exemple, par le biais de récompenses, de points, de badges, de visibilité dans sa communauté…

Tout est potentiellement gamifiable. Même un logiciel pourtant aride tel qu’Excel se prête potentiellement à la gamification. On pourrait par exemple gagner des points en créant sa première macro. Avec la satisfaction d’avoir rejoint le cercle des 28% d’utilisateurs Excel qui créent des macros. Le niveau atteint par l’utilisateur peut être figuré dans un tableau de bord. Il peut alors comparer ses compétences avec celles de la communauté…”

Outre la gamification, Øpp Startup Studio veut se différencier via des compétences et activités orientées chatbot, réalité virtuelle et augmentée, ou encore des compétences en intégration avec les assistants virtuels (Siri d’Apple, Alexa d’Amazon, Google Assistant…).

Premiers projets

Trois projets sont donc actuellement “startupés” par le studio Øpp. Ils se positionnent dans trois secteurs distincts: domaine de la santé, formation pour entreprises, secteur financier (avec un projet reposant notamment sur un chatbot).

Combien de projets le studio se donne-t-il pour ambition d’accompagner, avec ou sans prise d’equity? “Nous ne voulons pas nous fixer d’objectif chiffré à ce stade”, indique Larry Grutman [même si Dominique Mangiatordi, voici quelques mois, avait été un peu plus précis, indiquant ne pas vouloir sélectionner plus de 5 ou 6 projets par an et d’en mener trois de front].

Durée de l’accompagnement: “idéalement” de 24 à 30 mois, déclarait Dominique Mangiatordi en juin. Larry Grutman estime pour sa part qu’une durée maximale serait de l’ordre de trois ans. Au-delà, ce serait sans doute la preuve que le projet n’a pas réussi et a peu de chances de décoller

Øpp Startup Studio en quelques chiffres

Trois projets “actifs” pour l’instant
Dix candidatures de projets reçues
Equipe de 8 personnes:
– 4 au siège du studio (un gestionnaire de projet/commercial, un développeur front-end, un développeur back-end, une designeuse)
– 4 “externes” (dont Dominique Mangiatordi lui-même), chargés du business development, des aspects administratifs, de la gestion de projets mais aussi de certains développement (back- et front-end)

Portrait-minute de Larry Grutman

Diplômé de HEC Liège, Larry Grutman a précédemment travaillé pour Lampiris, Samsung et Systemat. Il a en outre suivi une formation au Wagon de Bruxelles afin d’acquérir des compétences IT/développement.

Au Wagon, il a mis en chantier une appli qui, entre-temps, a été remisée au frigo, sans être pour autant oubliée pour de bon. Son nom Belgium Fantasy Football. Une appli qui transforme son utilisateur en manager d’équipe de foot fictif. L’idée? Chacun se compose sa propre équipe fictive, composée de vrais joueurs du championnat de Belgique. Et chacun gagne ainsi des points en fonction des performances des joueurs sur le vrai tapis vert. Le but est donc de constituer la meilleure équipe, celle qui rapportera les meilleurs points, et de remporter un trophée virtuel face aux autres joueurs/managers de sa communauté.