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MySkillCamp: un rachat pour rendre l’“expérience” e-learning plus pertinente

Portrait
Par · 08/09/2022
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Fin juin, MySkillCamp, positionnée sur le terrain de l’e-learning avec une plate-forme proposant des contenus et services d’accompagnement de formation à distance pour entreprises, annonçait le rachat de son homologue française Domoscio qui, elle, s’est spécialisée plus spécifiquement dans le télé-apprentissage dit “adaptatif”. Autrement dit, l’adaptation des contenus en fonction des besoins réels de chaque apprenant, en se basant sur des techniques analytiques et d’intelligence artificielle.

Les deux sociétés étaient déjà des partenaires commerciaux. En juin de cette année, elles sont donc passées à la vitesse supérieure, la belge MySkillCamp procédant à l’acquisition de sa collègue parisienne.

Complémentarité(s)

Même si elles opèrent sur le même thème, les deux sociétés présentaient des catalogues qui ne se recouvraient en rien, déclare Kevin Tillier, co-fondateur et patron de MySkillCamp.

Depuis deux ans, Domoscio avait développé et proposait deux solutions. D’une part, un outil de recommandation de formation (le Domoscio Hub) qui permet, en début de parcours d’apprentissage, de procéder à une évaluation des compétences de l’apprenant, avec identification des contenus de LMS (learning management system) lui convenant plus particulièrement. “Cette approche”, commente Kevin Tillier, “permet à l’apprenant de savoir où il en  sm est mais, chose encore plus importante, de comprendre pourquoi tel ou tel contenu de formation lui est proposé et quel est le but à atteindre. Il sait ce qu’on attend de lui pour progresser.”

Autre outil développé par Domoscio, le “Lock”, une solution d’“ancrage” des acquis visant à “assurer le maintien durable des connaissances et compétences afin de garantir leur mise en pratique sur le terrain”. Objectif: éviter que les compétences apprises ne s’évaporent ou ne s’affaiblissent avec le temps. Pour lutter contre ce phénomène, il faut entretenir, rafraîchir ses compétences. D’où une appli mobile orientée rétention, avec envoi de rappels et personnalisation de ces rappels en gardant la trace des vérifications de compétences et éviter ainsi des redites inutiles.

Chose importante qui explique bien la complémentarité des deux sociétés: Domoscio n’a jamais constitué de répertoire de formations, avec contenus, en mode LMS. La société préférait en effet proposer et greffer ses outils de gestion d’apprentissage et d’e-learning sur des plates-formes existantes. Celles déjà constituées ou utilisées par ses clients – parmi eux, quelques poids lourds de l’économie française: L’Oréal, la Maif, Engie, la SNCF, Bouygues, Renault…

“La stratégie de Domoscio consistait dans l’offre de briques venant se connecter aux LMS de sociétés concurrentes ou d’éditeurs – SAP, CrossKnowledge, Eurekos…”, souligne Kevin Tillier.

MySkillCamp, elle, a bel et bien constitué, ces dernières années, une “marketplace” de contenus d’e-formation variés (plus de 300.000 cours au compteur, dans 18 langues), convenant à une multitude de thématiques et de compétences à acquérir avec, de surcroît, des outils pour assurer le suivi de ces formations (création de parcours, suivi de progression, évaluation…). Imaginé, à ses débuts, comme un LMS (learning management system), la plate-forme de MySkillCamp s’est ainsi dotée, chemin faisant, de nouvelles fonctionnalités lui permettant de revendiquer l’appellation plus neuve de “learning experience platform”. Et c’est pour franchir un pas supplémentaire dans la concrétisation d’une réelle “expérience” d’apprentissage, méritant cette appellation, que l’acquisition de Domoscio a été effectuée.

La stratégie de Domoscio, visant à venir ajouter des briques à des LMS existants, sera par ailleurs préservée dans la mesure où cela permet à MySkillCamp de “s’intégrer entièrement avec n’importe quel LMS ou plateforme de gestion des ressources humaines du marché” et de diffuser ses propres contenus vers les clients existants de Domoscio. Ce qui lui ouvre potentiellement de nouvelles portes…

Une complémentarité prometteuse pour l’avenir

L’acquisition de Domoscio permet à MySkillCamp à la fois d’étoffer sensiblement les fonctionnalités de gestion et de suivi de formations qu’elle propose via sa “marketplace” et, comme on vient de le voir, d’espérer conquérir de nouveaux clients dans une catégorie de clientèle qu’elle n’avait pas réellement coutume de convaincre jusqu’ici. “La plupart de nos clients actuels sont des sociétés de taille moyenne. Désormais, nous sommes “équipés” pour nous adresser également aux (très) grandes entreprises”, affirme Kevin Tillier

L’acquisition est aussi un atout, géographiquement parlant. Très logiquement, un coup d’accélérateur sera donné en France, où MySkillCamp peut désormais compter sur la quinzaine de collaborateurs de Domoscio, qui viennent s’ajouter à un effectif de plus de 60 personnes.

MySkillCamp en quelques chiffres

Contenu de la marketplace: plus de 300.000 cours au compteur, 18 langues représentées
Clientèle par zone géographique: France: +/- 55% ; Benelux: 40% ; Royaume-Uni: 5%
Nombre d’entreprises clientes: “plus de 150”
Profil des clients: environ 25% de grands comptes ; la majorité de la clientèle étant constituée de moyennes entreprises (de 250 à 1.000 personnes) ; quelques-uns sont en-dessous de la barre de 250 employés. A cet égard, “la taille de l’entreprise est importante mais il faut aussi une équipe e-learning robuste [en interne] pour assurer une gestion réellement efficace des formations en-ligne et celle de l’assiduité”, estime Kevin Tillier
MySkillCamp propose d’ailleurs aussi des conseils d’accompagnement au gestionnaire RH/e-learning des entreprises clientes, avec mise à disposition d’un consultant, si nécessaire, quelques heures par mois.

Les marchés visés désormais sont donc à la fois le Benelux et la France, sans oublier le Royaume-Uni où MySkillCamp repartira en mode conquête. “Ce fut plus compliqué par le passé parce que ce marché exige de gros moyens et une véritable valeur ajoutée à apporter. L’acquisition de Domoscio nous donne de nouveaux arguments pour l’approcher à nouveau, en mettant surtout en avant les potentiels des solutions Domoscio…”

D’ici la fin de l’année, une nouvelle “brique” Domoscio viendra par ailleurs s’ajouter au catalogue. En l’occurrence, un outil de prédiction, permettant d’anticiper les décrochages ou perte d’assiduité des apprenants, sur base de leur “comportement” d’apprentissage sur plate-forme LMS. Le développement de cette solution est actuellement en cours, avec un financement de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques). 

Pour MySkillCamp, la piste de l’apprentissage adaptatif, en ce compris sa composante prédictive, constitue une claire voie d’évolution. L’efficacité des algorithmes prescriptifs ou prédictifs repose, comme toujours, sur la masse et la qualité des données sur lesquelles ils peuvent s’entraîner et s’améliorer au fil du temps. Plus la réserve de profils, d’informations analytiques sur les performances des apprenants, les caractéristiques de leur parcours d’apprentissage, leur “comportement”, est importante, plus l’outil sera efficace. “Domoscio le fait depuis des années. Il devient possible de filtrer par domaine industriel, par métier”.

Kevin Tillier prend un exemple: “si un apprenant qui suit un parcours de formation en leadership réussit à combler un manque de compétences en l’espace de 17 heures et si un autre, qui suit la même formation, parvient au même niveau de compétences en utilisant d’autres recommandations et en y parvenant en 15 heures, la troisième personne pourra se voir proposer le parcours le plus court…

Recommander, c’est bien mais cette recommandation doit être pertinente. Pour ce faire, il faut indexer les contenus, les ordonner et paramétrer correctement.”

Jusqu’ici, par ailleurs, le profil de l’apprenant, à part son niveau de compétences de départ, n’entre pas encore en ligne de compte pour personnaliser les recommandations. “Pour cela, les données doivent être disponibles dans le LMS. A l’avenir, le but pour nous sera dès lors de réaliser une intégration étroite entre outils et LMS.” D’où le développement, en cours, d’un “skill taxonomy engine”.

Les apprenants pourront par ailleurs ajouter des paramètres personnels pour encore améliorer l’efficacité des recommandations (voire prédictions). Par exemple, le type d’apprentissage qu’ils préfèrent (contenus courts ou longs…), les objectifs de certification…

L’évolution de la marketplace MySkillCamp

Déjà joliment achalandée (nous citions le chiffre de 300.000 cours venant d’une quarantaine de partenaires), la marketplace MySkillCamp a effectué, voici quelque temps, un virage important. “Jusque là, les partenaires qui confient leurs contenus de formation à la plate-forme avaient chacun leur modèle économique, imposaient leurs tarifs, modèles de licence etc. aux apprenants. Les entreprises clientes avaient du mal à s’y retrouver…” Et à gérer, dès lors, les services et parcours de formation qu’elles proposaient à leurs collaborateurs.

Kevin Tillier (MySkillCamp, à g., aux côtés de Benoit Praly, Domoscio): “Le crédo n’est désormais plus de grandir le plus rapidement possible mais plutôt de viser une croissance contrôlée, mieux accompagnée.”

MySkillCamp a voulu mettre de l’ordre dans ce petit capharnaüm, imposant une grille tarifaire unique.

Autre tournant majeur: le type de contenus disponibles. “Nous sommes actuellement surtout à la recherche de partenaires qui couvrent des niches bien précises. Par exemple, la cybersécurité, avec des formations sur le thème de l’hameçonnage (phishing). Ou encore la sécurité, tant en ligne que sur le terrain – par exemple, la sécurité sur chantiers… Cette recherche de contenus plus spécifiques se fait en fonction des besoins de nos clients”, souligne Kevin Tillier.

Vers un financement plus réfléchi

De plus en plus, on entend des observateurs et des acteurs du monde de l’investissement dans les start-ups déclarer que “c’en est fini de l’argent facile”. Certes, les montants investis continuent d’être nombreux, plantureux, mais les obtenir répondrait désormais à des préceptes ayant quelque peu changé l’orientation de la boussole.

Kevin Tillier estime lui aussi que le climat semble avoir changé – et un euro plus cher pèse également dans la balance – mais il estime que c’est là une bonne chose dans la perspective de la prochaine levée de fonds qu’il envisage pour 2023. “L’argent est plus compliqué, plus difficile à trouver mais le contexte est également moins fou. Le crédo n’est désormais plus de grandir le plus rapidement possible, ce qui mène parfois à mal dépenser l’argent, mais plutôt de viser une croissance contrôlée, mieux accompagnée.”

Objectif de cette future levée de fonds pour MySkillCamp: “arriver à maturité et atteindre la rentabilité…”.

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