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UCM: robotisation et IA mèneront-t-elles à une désertification des PME locales?

Hors-cadre
Par · 06/10/2017
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Alors qu’Ecolo a officiellement déposé au parlement fédéral une proposition de résolution visant à la création d’un “agenda robo-numérique” qui analyse les impacts de la robotisation et de la généralisation de l’intelligence artificielle sur notre société (relire notre article), d’autres acteurs s’intéressent eux aussi à cette question.

Cet été, l’UCM avait brièvement abordé le sujet dans son rapport “Plan de relance Indépendants & PME.”

Voici le paragraphe concerné: “l’intégration de l’intelligence artificielle va finaliser la révolution digitale au sein des entreprises. Les PME ont besoin d’être guidées dans cette révolution (impact sur leur secteur, financement de l’accès à ces nouvelles technologies…). L’UCM souhaite qu’une commission stratégique soit mise en place dans ce cadre. Il s’agit d’avoir une vision à moyen terme. C’est indispensable.”

La commission, selon l’UCM, devrait réunir le Bureau du Plan, les partenaires sociaux ainsi que experts versés dans la thématique (des juristes, des chercheurs académiques…).

Parmi les implications à analyser, l’UCM citait le financement de l’accès à de telles technologies pour les PME, la pression sur l’emploi, la fiscalisation, l’adaptation de l’offre de formations.

Quelle est la position de l’UCM en la matière? Ses éventuelles propositions? Nous avons rencontré Clarisse Ramakers, directrice du service d’études.

Serions-nous tous des autruches?

Le premier regret qu’elle formule – et qui justifie l’appel lancé cet été – est celui d’un silence pesant de la part des responsables gouvernementaux du pays. L’Europe, en tant que telle, n’est d’ailleurs pas beaucoup plus volontariste même si le Parlement européen a abordé le sujet “mais il ne s’agit encore que de déclarations d’intention, pas de la définition d’une loi ou d’un cadre.”

La généralisation des robots (tant physiques que virtuels) va bousculer les métiers, faire disparaître des emplois (et faire surgir de nouveaux types d’activités), reléguer l’homme à des tâches tantôt subalternes, mal rémunérées, tantôt redéfinies en termes de valeur ajoutée créée.

La grande inquiétude de l’UCM concerne évidemment le monde des PME, son coeur de cible en tant qu’organisation patronale.

“Les robots vont concurrencer les activités classiques. Quelle aide, dès lors, est possible pour aider les secteurs concernés à gérer la transition? Il y a un clair danger de désertification”, estime Clarisse Ramakers.

“Or, dans l’état actuel des choses, on manque de chiffres [sur l’impact]. Il existe bien entendu des chiffres, tels ceux du Boston Consulting Group (voir note de bas de page), mais ils ne portent que sur les pertes d’emplois, pas sur les modifications du paysage des entreprises.

Par ailleurs, comment les PME pourront-elles bénéficier de moyens financiers pour avoir accès à ces nouvelles technologies?” Elles qui n’ont pas les ressources des grandes entreprises… “Il y a un gros risque de fossé de compétitivité entre les grandes entreprises qui auront les moyens d’investir et les plus modestes. Certaines, parmi ces dernières, n’investiront pas et choisiront de disparaître…”

En matière de financement d’ailleurs, l’UCM fait remarquer que l’on manque, là aussi, d’une analyse chiffrée des besoins. “Or, c’est un besoin majeur. Ce qui nous intéresse par exemple, c’est de pouvoir évaluer le coût pour un cabinet d’avocats…”

Quelle fiscalité?

Sous l’ancien gouvernement wallon, Christophe Lacroix (PS), alors ministre du Budget, avait évoqué l’idée de taxer les robots, afin de “financer les pertes de la sécurité sociale liées aux pertes d’emploi provoqué par la digitalisation et palier aux effets négatifs de la révolution numérique pour les personnes délaissées.”

L’UCM se dit opposée à ce genre de taxe mais elle n’en pose pas moins la question-clé: comment financer la sécurité sociale? “Plusieurs pistes sont possibles. Faut-il prévoir des charges patronales sur l’utilisation des robots? Reverser à la sécurité sociale une partie de la TVA prélevée? Instaurer, pour les PME, une déductibilité totale des charges liées à la compétitivité?

Personne, aujourd’hui, ne se penche vraiment sur la question…”

Le dilemme: optimisation des coûts vs image de modernité. “Le petit robot qui arpente les allées de l’aéroport de Zaventem, remplace deux hôtesses d’accueil. Il revient à 500 euros par mois, soit le coût d’une hôtesse par jour! Il y a clairement un risque pour l’emploi même si le robot n’est encore qu’un complément. Mais il donne une image de modernisme…”

Quelles formations?

Tout le monde s’accorde sur le fait que la robotisation et l’“algorithmisation” des tâches sont inéluctables. Dès lors, pourquoi attendre que le ciel nous tombe sur la tête avant de nous préparer et de trouver des voies d’évitement et de revalorisation de l’activité humaine?

Le problème de la formation à des nouvelles compétences – tant des personnes actives que des futures générations – est crucial et largement négligé, regrette Clarisse Ramakers. “Il s’agit de repenser nos modes de travail mais aussi nos méthodes de formation.”

La redéfinition des cursus est-elle un obstacle? Pas forcément. Si des filières IA/robot seraient les bienvenues, qu’est-ce qui empêche de commencer “plus petit”? De prévoir quelques semaines de formation basique à la programmation de robots? “Il existe certes des écoles qui proposent des formations en programmation mais ce sont souvent des écoles privées ou des asbl. L’enseignement public ou le Forem sont à la traîne.” Ce qui est à la fois un non-sens et une opportunité perdue, aux yeux de Clarisse Ramakers. “Les demandeurs d’emplois ne sont-ils pas des ressources potentielles”, des compétences qui ne demandent qu’à être révélées?

Ne tardons plus

“Il est urgent de poser des constats, de mettre de l’argent et des idées sur la table. Il ne faut pas attendre que les entreprises, ailleurs, ou que seulement certaines d’entre elles chez nous soient numérisées sinon le retard sera impossible à rattraper.”

Clarisse Ramakers (UCM): “Il est urgent de poser des constats, de mettre de l’argent et des idées sur la table. Sinon le retard sera impossible à rattraper.”

Si la prise de conscience du risque progresse, les entreprises et, évidemment, les professions libérales, les indépendants, ne savent comment faire évoluer leur aptitude à faire face, comment se préparer.

L’UCM se dit prête à se lancer dans une analyse concrète, orientée PME et petites structures, des enjeux et des impacts de l’immixtion de l’intelligence artificielle dans l’économie, à définir un plan stratégique “qui ait suffisamment de poids pour avoir un réel impact”, à travailler sur les business models, sur la vue macro.

Mais, pour ce faire, elle se cherche encore un ou des partenaire(s)… L’appel est lancé !

L’IWEPS, certes, a sorti sa propre analyse cet été mais elle ne prenait pas spécifiquement en compte les besoins et contraintes des PME, souligne-t-on à l’UCM. “Pour elles, les recommandations, les pistes de solution et les moyens de sensibilisation seront nécessairement différents.”

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(1) Les chiffres du Boston Consulting Group étaient cités dans ce blog de l’UCM.  [ Retour au texte ]

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