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Quelle survie occidentale (locale) face au rouleur compresseur numérique US/Chine?

Hors-cadre
Par · 14/06/2018
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“Territoire(s) augmenté(s)”. Tel était le thème choisi pour la 22ème édition du m-Forum, co-organisé semestriellement par l’AdN (Agence wallonne du Numérique) et Proximus. Sous-titre de cette édition: “de nouveaux terrains de jeu pour nos entreprises.”

Autrement dit, en quoi les nouvelles technologies – mobilité, intelligence artificielle, réalité augmentée et consorts – peuvent-elles, grâce à des acteurs “bien de chez nous” contribuer à procurer des avantages et des perspectives aux sociétés, elles aussi locales?

Parmi les différents exposés, venus d’opérateurs traditionnels et de start-ups, on aura pu épingler quelques conseils et/ou constats. Du genre: on n’avait pas de pétrole, on n’a toujours pas de moyens plantureux, on n’a pas encore trouvé l’idée géniale propre pouvant se transformer en filon gafa-esque, mais on n’en est pas pour autant démuni et condamné à l’asservissement. Certes, les Etats-Unis et, de plus en plus, la Chine sont à la manoeuvre et pèsent de plus en plus mais toute (ré-)action n’est pas pour autant futile, comme aurait dit l’autre.

Tout le monde a-t-il en soi un potentiel d’innovation insoupçonné? Tout un symbole dans ce logo détourné…

Chandra De Keyzer, fondateur de MoodMe, avait donné le ton, déclarant d’emblée: “arrêtons d’avoir peur de voir grand. Il faut oser, penser grand. En Belgique aussi, on peut créer des bébé-licornes. Nous sommes capables de vision, de travail, d’éthique. Soit on fait en sorte d’être au moins expert dans certaines niches importantes, soit on se contente de consommer uniquement des solutions venues de Chine et des Etats-Unis…”

Dans la même veine, exemples ou raisonnements à l’appui, plusieurs autres orateurs ont souligné combien la voie de la collaboration, de la mise en oeuvre d’écosystèmes entre acteurs locaux peut être un recours à explorer davantage. Plusieurs initiatives, certaines se recouvrant et s’interpénétrant, voient le jour. Du genre, Jules le Smart ou Wallonie en Poche (qui continue de développer et d’ajouter de nouveaux micro-services à son appli-coupole, dont certains venus de tiers).

Vigilance avant tout, volontarisme ensuite

La démonstration la plus limpide de l’intérêt – voire de la nécessité vitale – qu’il y a pour un acteur belge, qu’il soit un nouveau venu ou une “valeur sûre” du passé, à chercher des alliances pour faire face aux défis était donnée par Jonathan Neubourg, en charge de la stratégie d’innovation numérique et canaux chez Belfius.

“En Belgique, par comparaison avec ce qui se fait ailleurs, la taille d’une société demeure modeste et les moyens limités même pour une banque comme Belfius. Une société ne peut donc se permettre de rater la prochaine vague technologique. Or, le rythme d’évolution des technologies est sans doute le défi le plus important parmi les quatre facteurs qui expliquent pourquoi, même sans avoir fait d’erreur, une société risque de disparaître ou de connaître de sérieux problèmes.”

Les quatre facteurs en question sont : l’évolution des clients et de leur comportement; l’arrivée de nouveaux concurrents et de nouveaux modèles économiques; le regain de réglementation; et, donc, la vitesse d’évolution des technologies. “Avec des vagues technologiques qui se déclenchent désormais simultanément.”

“Si on loupe le démarrage d’une vague, il devient beaucoup plus compliqué de garder le rythme imposé par les GAFA. La seule solution est la suivante: dès que la tendance sur laquelle on surfe est devenue mainstream [c’est-à-dire a été adoptée par une masse (relativement) critique de clients], il faut s’intéresser sérieusement à la prochaine vague et commencer à investir dans cette nouvelle courbe.”

Courbe après courbe, ne rater aucune étape dans la courbe d’innovation technologique…

Exemple vécu chez Belfius? “Nous avons investi dans les applis mobiles dès 2012. Aujourd’hui, elles sont davantage utilisées que notre solution de banque par Internet. Le moment est donc venu de regarder du côté de l’intelligence artificielle, du blockchain…”

Et ce n’est pas uniquement une bonne idée commerciale, c’est quasiment une question de survie pour un acteur bancaire, soulignait Jonathan Neubourg.

Prises en sandwich entre, d’une part, leur propre stratégie de dématérialisation et d’interaction davantage virtuelle avec leur clientèle et, de l’autre, la montée en puissance et l’appétit que manifestent les GAFA mais aussi d’autres acteurs pour le secteur financier/bancaire/transactionnel, les banques risquent de perdre leur raison première d’existence, en voyant s’évaporer la relation avec le client. “C’est déjà ce qui s’est passé avec les banques chinoises, dépassées par les Alibaba, Apple, Xiaomi, Tencent, Amazon et consorts… Les banques chinoises ont perdu le contact avec leurs clients.”

Si on n’y prend garde, la dizaine de banques et le quatuor de “grandes” banques belges risquent de connaître le même sort…

Conclusion de Jonathan Neubourg face à ce contexte inquiétant: “It takes a network to fight the network. Il nous est impossible [le “nous” étant Belfius – ou tout autre acteur belge] de concurrencer Amazon mais pourquoi ne pas bâtir un écosystème belge impliquant des acteurs venus de multiples secteurs aux intérêts croisés – bancaire, média, distribution, solution de parking, tourisme…?” Si possible dans un esprit d’innovation ouverte…

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