Pour rester informé(e) des dernières actualités de l'IT en Belgique francophone, lisez ceci • Comment / Pourquoi s'abonner ?

Plan wallon du numérique: impacté par le “coup” du cdH?

Hors-cadre
Par · 21/06/2017
Partager

Le coup de grisou que vient de déclencher le cdH au niveau régional – quoi qu’il en advienne en termes de constitution d’une nouvelle majorité – risque d’avoir des répercussions sur la mise en oeuvre de nombreux projets qui avaient été décidés en début ou en cours de législature. Reports, réorientations, renégociations ? L’avenir nous le dira.

Le hasard fait que nous avions prévu un article pour faire le point sur les dossiers en préparation et en phase de déclenchement au niveau du Plan du Numérique. L’agenda que vous trouverez donc au fil de cet article peut éventuellement être chamboulé ou influencé. Même si, au niveau des acteurs de terrain, on devrait poursuivre les chantiers entamés, tout ne dépendant pas de décisions gouvernementales… Deux des dossiers dont nous parlons – Ecole numérique et Smart Cities – seront, eux, impactés. En l’absence de décision gouvernementale, des budgets ne pourront être accordés. A moins que certaines décisions, malgré tout, puissent être prises au cas où on s’engagerait dans une période plus ou moins longue d’“affaires courantes” ou d’“affaires prudentes”…

Qu’en sera-t-il, d’une manière générale, de l’avenir du Plan du numérique? A l’AdN, on veut croire que le programme Digital Wallonia dans son ensemble est un projet suffisamment bien construit et pertinent pour qu’il ne soit pas remis en cause – quoi qu’il arrive. Mais une série de dossiers, d’initiatives et de réalisations subiront selon toute vraisemblance une baisse de régime et/ou de rythme. On n’avait vraiment pas besoin de ça…

Où en était-on?

Un premier bilan, un an après le lancement officiel du Plan wallon du Numérique, avait été tiré en début d’année. Nous nous en étions fait l’écho.

Au-delà de ce bilan (mi en mode auto-satisfecit, mi promesses à tenir), quels sont les dossiers en cours ou en préparation? Comment progresse la mise en oeuvre du Plan? Dans quels registres peut-on (pouvait-on!) espérer voir les choses bouger, à court ou moyen terme? Que fait l’Agence du Numérique (AdN), chargée non seulement de conseiller le cabinet de Jean-Claude Marcourt, d’intervenir comme “évangéliste” de la transformation numérique (entreprises, citoyens, territoire, administration) mais aussi d’évaluer les progrès accomplis?

Voici quelques réponses.

Commençons par le début…

Comme toujours, les moyens (financiers, essentiellement) n’étant pas pléthoriques, tout est question de choix, de priorités voire d’arbitrages. En fait, bien des dossiers sont en cours de préparation, évaluation, analyse… On s’aperçoit d’ailleurs, en découvrant l’évolution de ces préparatifs, que le terrain était peut-être bien plus en friche qu’on aurait pu le penser, ce qui explique que, bien souvent, on en soit encore au stade des préparatifs.

Des exemples?

A l’AdN, l’une des activités auxquelles se livrent les petites fourmis de service est de continuer à répertorier et à dresser la carte des ressources, acteurs, compétences… Qui fait quoi? Dans quel domaine d’expertise, dans quel (sous-)secteur d’activités…?

Vous cherchez un acteur, un projet, une initiative en Wallonie selon telle ou telle thématique ou sujet. Le portail Digital Wallonia est un bon lieu par où commencer… Termes de recherche utilisés pour cette carte: data & analytics.

 

L’enrichissement de l’ancienne base de données Vigie est en cours depuis déjà de longs trimestres. Sa structuration par thèmes et tags (voir illustration ci-dessus) se poursuit. Et l’exercice est loin d’être terminé.

Actuellement, il porte notamment sur l’inventorisation des compétences en recherches “afin de pouvoir favoriser les liens et les relations entre le monde de la recherche et les entreprises, dans le cadre du Digital Wallonia Hub”.

Toujours dans ce registre, l’AdN promet aussi la sortie, à l’automne, d’une version remaniée de sa cartographie “qui sera davantage orientée transformation numérique des acteurs et de la Wallonie”. Une présentation qui abandonnera le seul fil conducteur des thématiques pour croiser davantage les critères compétences et implantation géographique.

Cartographie toujours mais cette fois en dehors des frontières régionales pour dresser la liste des acteurs et ressources avec lesquelles les entreprises locales (en particulier, les start-ups) pourront tisser des liens, solliciter ou exploiter lors de leur lancement à l’international. Ce recensement concerne plus spécifiquement les régions de San Francisco et de Barcelone où ont été créés les deux premiers Digital Wallonia “hot spots”, têtes de pont devant aider start-ups, scale-ups et autres sociétés à profil numérique à internationaliser leurs activités. Ces cellules-relais sont prises en charge par les attachés commerciaux locaux (Awex/Belgian Trade Commission).

Etat des lieux du Haut Débit

Autre exercice cartographique en cours – et non des moindres: celui qui concerne l’état des lieux le plus détaillé possible de la connectivité (très) haut débit dont disposent, ou non, les parcs d’activités économiques (parcs à vocation industrielle compris). Quelque 290 zonings sont concernés.

Benoît Hucq (AdN): “Le but est d’établir une cartographie permanente que tout investisseur ou société pourra consulter en amont d’une décision d’établissement, d’extension… sur le territoire wallon”.

Cet état des lieux “est finalisé à 80 ou 90%”, déclare Benoît Hucq, directeur de l’AdN. Il repose en bonne partie sur les informations que les différents opérateurs (Proximus, Voo mais aussi Fluxys, Eurofiber…) ont finalement accepté de livrer. Sur base de cette cartographie et après analyse des plans d’investissement que ces mêmes opérateurs ont déposés auprès des instances wallonnes, le gouvernement devait définir  – en principe, d’ici quelques mois – un plan de déploiement du (très) haut débit territorial dont les parcs d’activités seront parmi les premiers bénéficiaires. Un dossier qui, comme d’autres, se retrouve aujourd’hui sans autorité ministérielle…

 

Quoi qu’il en soit, explique Benoît Hucq, “le but [de la cartographie] est d’établir une cartographie permanente que tout investisseur ou société pourra consulter en amont d’une décision d’établissement, d’extension… sur le territoire wallon”. Une visibilité sur les performances de connexions télécom/Internet qui devient en effet plus qu’essentielle.

Notons toutefois que cette carte, aujourd’hui en cours d’élaboration, aura ses limites. On connaîtra grâce à elle le taux de déploiement du xDSL et/ou de la fibre optique pour chaque zoning, pour chaque artère, rue et voirie. Mais la précision du détail n’ira pas jusqu’à la parcelle.

Industrie 4.0

Autre action entamée dans le cadre du Plan du numérique, au rayon (développement) économique par le numérique, une première campagne d’information et de sensibilisation, sous forme roadshow, qui a eu pour but, en début d’année, d’exposer aux entreprises, CEI, intercommunales… l’intérêt et les enjeux de l’“industrie 4.0” et de leur présenter le programme “Made Different”, initié à l’origine par Agoria et déjà mis en oeuvre en Flandre.

En Wallonie, quelque 400 participants ont ainsi pu entendre la “bonne parole” de la transformation numérique des acteurs et processus industriels. Reste à mettre en pratique…

La forme exacte que prendra l’étape de la concrétisation doit encore être précisée. Ce sera selon toute vraisemblance aux fédérations sectorielles et aux Pôles de Compétitivité de prendre le relais, de manière spontanée ou poussés dans le dos par des entreprises désireuses d’avancer. L’accompagnement prendra notamment la forme d’ateliers thématiques, de visites d’entreprises (l’Infopole Cluster TIC a par exemple déjà planifié des visites à la Sonaca, chez CMI…), de conférences, démos technologiques…

Avec aussi mise à disposition, en-ligne (sur la plate-forme Digital Wallonia) d’un outil de diagnostic qui permet d’évaluer, de manière basique, à quel stade de maîtrise et adoption numériques se situe l’entreprise. “C’est un point de départ”, souligne Benoît Hucq. “Les partenaires  [Ndlr: fédérations sectorielles, clusters, Pôles de coompétitivité…) proposeront ensuite des demi-journées de conseil et de coaching personnalisé.”

L’accompagnement s’organisera en 4 phases:

  • évaluation plus poussée (réalisée sur base d’un canevas mis au point par le Sirris)
  • définition d’un plan de transformation
  • mise en oeuvre de la transformation (sur 3 éléments jugés prioritaires)
  • évaluation (au bout d’environ 2 ans) à condition que l’entreprise y consente.

Petite carotte qui leur est proposée: l’organisation d’Awards Made Different, à la manière de ce qui se passe déjà depuis 3 ans en Flandre.

A noter que les entreprises wallonnes ont désormais la possibilité de recourir à des “chèques Transformation numérique” (relire notre article) pour financer en partie l’une ou l’autre de ces étapes.

Rôle de l’AdN? “Assurer le suivi du programme et des entreprises accompagnées”. L’évaluation des progrès réalisés se fera à l’aide d’un outil de mesure des gains d’efficacité générés. Le portail Digital Wallonia se chargera pour sa part de publier des informations du genre bonnes pratiques et exemples de projets mis en oeuvre par des sociétés-phare. Quelques cas (Jtekt Torsen, BEA…) y sont déjà illustrés, témoignages-vidéo à l’appui.

Quel impact de la crise gouvernementale? Nombre d’actions sont entre les mains d’acteurs de terrains (fédérations, clusters…) et, par ailleurs, les moyens financiers relèvent pour partie du budget octroyé à l’AdN. Les choses devraient donc se poursuivre puisqu’aucune décision ou autorisation gouvernementale n’est requise.

Programme de la rentrée

A partir de septembre, plusieurs nouvelles actions de sensibilisation et/ou d’accompagnement devraient se mettre en branle. Citons ici quelques exemples.

  • Des ateliers de sensibilisation à la facturation électronique (sous l’égide des fédérations sectorielles)
  • La mise à disposition, via le portail Digital Wallonia, d’outils et de bonnes pratiques en matière d’e-commerce. Destinataires: les PME. Des partenaires, pour une nouvelle série d’actions de sensibilisation et formation, doivent en outre encore être désignés. Un événement sera organisé à plus long terme (courant 2018) “sous une forme restant à déterminer.”
  • Le choix de quelque 500 dossiers parmi les quelque 1.200 qui ont atterri sur le bureau de la Région sur à l’appel à projets pour l’équipement numérique des écoles. Le dossier en était au stade de la signature ministérielle (cabinets Marcourt et Schyns). Le choix devait intervenir en septembre. Ce dossier est donc lui directement impacté par le coup de force du cdH. Pas de décision, pas d’évolution. Les écoles et les élèves apprécieront… Un nouvel appel à projets devait en outre être lancé à l’automne pour la cohorte suivante de 500 écoles bénéficiaires. A suivre donc…
  • Octobre accueillera la deuxième édition de WallCode. Pour rappel, l’année dernière, cette initiative avait permis à quelque 3.500 élèves francophones (essentiellement wallons) du primaire et du secondaire de s’initier à la programmation au travers d’ateliers et d’animations.

Et dans des délais non encore précisés…

Un autre dossier fait l’objet de travaux d’étude, d’analyse, d’évaluation (appelez-le comme vous voulez) depuis quelques trimestres déjà. A savoir, celui d’un pilotage, si possible structuré et pragmatique, de projets et initiatives dans le domaine des “smart cities” (grandes, moyennes ou petites villes).

Confirmation tout d’abord que les thèmes prioritaires ont été définis (le concept de “smart city” recouvrant une multitude d’angles d’attaque potentiels). Il s’agit de l’énergie, de la sécurité, de la gouvernance et de la mobilité.

Au-delà, le principe défendu – reste à le concrétiser – est celui de la mutualisation. Autrement dit, éviter que chaque municipalité, commune, ville, village ne se lance dans une aventure sans s’inspirer de réalisations (positives) existantes. Et tant mieux s’il y a réutilisation et (quasi) copié-collé.

Pour l’instant toutefois, rien de concret, ou de formalisé, n’a encore émergé des travaux de la cellule Smart City. Progresse-t-on? “Les intentions se clarifient”, dit-on à l’AdN, “avec de bonnes chances d’aboutir”. Mais avec encore une grosse inconnue: les moyens. Et là, à nouveau, la chute provoquée du gouvernement implique une mise au frigo de toute décision sur les budgets à allouer.

Deux projets semblaient pourtant progresser, à des rythmes certes divers, sur leur rampe de lancement respective.

D’une part, une “marketplace”, sorte de plate-forme servant à la fois de vitrine et d’espace d’échanges entre villes, entreprises privés et acteurs du financement.

D’autre part, le développement d’un applicatif citoyen du genre Ma Ville en Poche.

Partager

Laisser un commentaire