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Les entreprises wallonnes veulent prendre leur avenir (IA) en mains

Hors-cadre
Par · 16/11/2018
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La conférence de lancement officiel du collectif Réseau IA fut l’occasion pour ses initiateurs de rappeler à la fois sa raison d’être, ses finalités et la manière dont il entend fonctionner et dynamiser un créneau encore balbutiant en Wallonie.

Pour rappel (nous vous en parlions ici), ce “Réseau IA” se dessine comme une communauté d’acteurs wallons de l’Intelligence Artificielle, réunissant des acteurs technologiques, commerciaux mais également académiques, dans le but de faire naître, d’animer un écosystème et de promouvoir et faciliter l’adoption de l’Intelligence Artificielle par les entreprises – petites ou grandes.

“Pour se positionner sur la carte de l’IA, où dominent clairement les Etats-Unis et la Chine ainsi que des “hubs” européens tels que Paris ou Berlin, il s’agit de faire se rencontrer et collaborer trois éléments essentiels: les laboratoires de recherche, les start-ups et les plates-formes digitales”, soulignait Christophe Montoisy, directeur commercial de Thelis, l’un des initiateurs de la première heure et porte-parole du Réseau IA.

Le collectif ambitionne de jouer les relais et le moteur d’un flux de connaissances, de bonnes pratiques et d’émulations entre les sources d’avancées technologiques en matière IA et les acteurs de terrain.

L’initiative, en tout cas, semble avoir trouvé un écho: une centaine de personnes s’étaient inscrites pour la conférence, venues de tous les horizons. Au-delà de la curiosité inhérente à toute première, l’envie semble être au rendez-vous de passer à l’acte.

Espace de confiance

Réunir les différents acteurs autour de la table, dans des ateliers, sur base de projets, d’idées ou de questionnements, est certes une bonne idée mais il faudra veiller à ce que les échanges et que le “brainstorming” s’effectuent dans un esprit d’ouverture et de confiance. Voilà pourquoi la confidentialité des échanges, “dans un espace où la parole sera libre”, est garantie par une charte que tout membre rejoignant le Réseau IA devra signer. “Il faudra de l’engagement, de la confiance, un dialogue. Ne pas se considérer comme concurrents. Il faudra du respect mutuel afin de valoriser les expériences et leur partage”, souligne Christophe Montoisy.

Qui peut se faire membre? Les entreprises, de toutes tailles et de tous secteurs, qu’elles soient fournisseurs de solutions ou utilisatrices; les acteurs publics; les acteurs du monde académique et de la recherche; des experts à titre individuel, que leur domaine d’expertise soit la technologie, le juridique, le monde du financement, de la fiscalité voire même de la sociologie (vu l’impact de l’IA)… Seule condition: que cette expertise soit appliquée au thème de l’IA. “Nous avons besoin de tout le monde et cela de manière immédiate parce qu’en matière d’IA et de perspectives qu’elle offre, nous n’avons plus le temps d’attendre…”

Les “outils” du Réseau IA

Outre des conférences, le Réseau IA organisera également des ateliers pratiques. Selon le principe de “grappes”, c’est-à-dire de cercles et de groupes de travail, réunissant acteurs, entreprises, chercheurs, experts de divers domaines. Ces “grappes” auront une connotation technologique (outils, technologies, méthodes…) ou business (modèles business, mécanismes de croisement de données, propriété intellectuelle…).

Chacune se réunira quatre ou cinq fois par an “pour croiser les expériences, partager les outils, inviter les experts à venir conseiller et guider.”

Une grappe Formation est également prévue. Sa mission: “cartographier les formations existantes, orientées ou applicables à l’IA” et rendre l’offre plus pertinente et exploitable.

D’ici la fin de l’année, les quatre Centres de compétences wallons (Technofutur TIC, Technifutur, Technocité et Technobel) procéderont d’ailleurs déjà, avec l’ULB, à une analyse du catalogue existant (“encore très orienté gestion des données”) afin d’identifier besoins et lacunes. Parallèlement, le Forem s’est engagé à progresser dans la définition des nouveaux métiers rendus nécessaires par l’IA.

“Et les Centres de compétences travailleront main dans la main avec les universités et les centres de recherche – Cetic, Multitel, Sirris…” afin de déterminer en quoi ils peuvent compléter l’existant.

“Le Réseau IA veut être un lien permettant de mieux articuler entreprises et monde de la recherche. Des contacts ont été pris avec les quatre universités francophones afin qu’elles apportent leur éclairage sur les choses sur lesquelles travailler en priorité. Les universités voient souvent très loin mais les entreprises doivent se l’approprier plus vite.”

Autre activité du Réseau IT: des sessions “Shake & Shock”, organisées à la demande. Les entreprises seront invitées à venir “pitcher” leur projet et les problèmes qu’elles rencontrent, pour les soumettre à la sagacité des experts, d’autres entrepreneurs, voire de financeurs potentiels. Ce genre de séance aura à la fois pour but de faire progresser ou évaluer les projets et de favoriser la prise de contacts. “Habituellement, le lancement d’un projet, depuis le stade du bureau d’études jusqu’à la mise sur le marché, peut prendre deux ans”, témoigne Christophe Montoisy, avec sa casquette Thelis (bureau d’étude). “Le but de ces “Shake & Shock” est de comprimer le trajet, en rassemblant toutes les personnes nécessaires.”

Non, nous ne sommes pas (trop) lilliputiens

Certes, la comparaison – en termes de ressources, d’impact, d’accès aux volumes de données – est impossible mais non, il ne faut pas croire que les Gafa, que les Etats-Unis, que la Chine ont d’emblée gagné la course – ou la “légitimité” – en matière d’intelligence artificielle.

C’était le message – explicite ou émis en filigrane – que les participants à cette conférence du Réseau IA tenaient à faire passer.

Car, même avec des volumes de données qui ne sont pas forcément gargantuesques, il est possible de faire des choses intéressantes. Après tout, l’efficacité, la pertinence et les potentiels de “intelligence artificielle” dépendent avant tout de… l’intelligence humaine, de son imagination. Parmi les facteurs de réussite, il y a certes la quantité de données, mais aussi sa “qualité” (pertinence, cohérence…), l’identification des problèmes que l’on désire résoudre, des processus à améliorer, et l’intérêt des scénarios et pistes de résolution. Innovation, inventivité, “qualité” des cerveaux, spécialisation thématique (santé, pharma, sécurité…) sont autant d’atouts auxquels les lilliputiens locaux peuvent prétendre et même s’approprier pour émerger.

“L’intelligence artificielle repose sur le paradigme de l’expérience par échantillonnage”, rappelait Bruno Schröder, “technology officer” de Microsoft Belux. “Le tout est de réussir à trouver le bon “signal” dans la masse des données, d’échantillonner des signaux de plus en plus complexes, pour résoudre, en ce compris de manière industrialisée, de nouvelles classes de problèmes.

[…] La démarche à suivre ne consiste pas à se demander quelle est la bonne information mais à détecter l’information qui représente le bon signal à échantillonner.”

Dans ce contexte, l’imagination, la réflexion en dehors des sentiers battus sont essentielles. Quelques exemples? Détecter très en amont, via les algorithmes et l’IA, la survenance future d’un cancer en effectuant des repérages par mots-clé (recherches Internet de simples citoyens) sur de longues séries temporelles. La caractérisation de l’évolution du type de mots-clé recherchés peut indiquer une dégradation progressive de l’état de santé et révéler ainsi des “signaux” de future maladie.

Plus “out of the box” encore, il a été démontré que l’on peut prédire une phase dépressive chez les personnes bipolaires en analysant… les changements dans la manière dont ils utilisent leur clavier d’ordinateur. C’est le signe d’un changement d’état mental.

Comment planifier de nouvelles lignes de desserte de transports publics dans des zones reculées d’Afrique? En analysant les points de concentration des populations la nuit (les plus déshérités présent un degré d’“agglutination” nettement plus élevé que les citoyens plus aisés vivant dans des espaces plus confortables) et leurs déplacements en journée. Et ce, via les signaux de géolocalisation de leurs smartphones. Real Impact Analytics, société belge, l’a démontré.

“En établissant une corrélation entre la densité des smartphones et l’indice de richesse, on détecte l’évolution d’un pattern, on fait émerger un “signal” qui est porteur d’une information”, souligne Bruno Schröder.

“C’est là un nouveau type de raisonnement qu’il faut adopter. Il faut inventer des signaux qui révèlent des frictions ou des corrélations.” Une règle à suivre, dans cette démarche, rappelait aussi Bruno Schröder: “ne pas écarter a priori les données, ne pas présupposer qu’elles soient ou non pertinentes.”

Et à ce petit jeu-là, tout le monde, en ce compris les petites cellules grises locales ont toutes leurs chances. Sinon plus… Les GAFA ou grands acteurs s’accaparent certes de vastes espaces mais la myriade d’applications – et de problèmes – parfois très spécifiques à explorer laisse d’énormes possibilités.

Bruno Schröder enfonçait son petit clou: “Non, nous ne sommes pas trop petits mais nous ne sommes peut-être pas assez ambitieux par rapport aux problèmes que l’on veut résoudre. N’oubliez pas par ailleurs que ce qui intéresse et attire justement les chercheurs, ce sont les projets visant à identifier des signaux et à effectuer des corrélations”. Et l’attraction peut également jouer à destination de chercheurs venus de l’étranger… 

Dans la suite de cet article, réservée à nos abonnés Premium, quelle est la place que prennent ou pourraient prendre les pouvoirs publics régionaux dans la promotion et le support de l’IA au service es acteurs locaux? Comment le Réseau IA est-il perçu?

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