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Etude Telenet-Startups.be: “nos start-ups manquent d’ambition”

Hors-cadre
Par · 05/01/2018
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Fin d’année dernière, Telenet et startups.be dévoilaient les résultats d’une étude (voir méthodologie et note en fin d’article) réalisée afin de mieux comprendre le parcours et le degré de succès, au local et à l’international, des start-ups belges dans les secteurs des médias, des télécoms et du divertissement.

74 start-ups ont participé à l’étude.

Le périmètre d’analyse choisi pour l’étude présente évidemment des contours, mais qui s’explique en raison du “profil” et des sphères d’intérêt de Telenet.

Parmi les jeunes pousses sondées et analysées, on trouve des sociétés aux positionnements aussi divers que 87seconds (marketing vidéo), Jack (messagerie différée), Ambassify (marketing), Piximate (création et gestion automatisée de contenus), Twipe Mobile (édition numérique basée sur les données), Neoscores, QuickLyrics, MuuseLabs (c’est trois derniers évoluant dans la sphère musicale, MoodMe (gamification de son personae sur réseau social) ou encore Husky (planification marketing).

Les résultats de l’étude doivent donc être pris avec toutes les précautions d’usage mais viennent néanmoins confirmer certains constats déjà posés et renforcer la “lecture” que l’on fait de la réalité belge des start-ups et de leur difficulté à se muer en “scale-ups”.

“Près de la moitié des start-ups belges dans le domaine des médias et du divertissement n’affichent pas une croissance suffisante”

Construire une croissance durable demeure un défi majeur pour nombre de start-ups belges. Chose qui s’explique par une convergence de facteurs, selon les auteurs de l’étude: un monde de l’investissement qui demeure conservateur, un manque de revenus récurrents, des start-ups et grandes entreprises qui ne parviennent pas à parler le même langage, et des mentalités peu tournées vers l’international.

Preuve du manque de croissance? Sur les 74 start-ups passées à la loupe, 24% enregistrent une croissance annuelle inférieure à 10%.

18% voient leur chiffre d’affaires progresser de 10 à 20%, “alors que l’on considère généralement que les start-ups numériques devraient croître au rythme minimal de 100% par an. 30% des jeunes pousses analysées parviennent heureusement à franchir cette barre”, indique Frederik Tibau, “content director” chez startups.be.

18% voient leur chiffre d’affaires progresser de 10 à 20%. 30% des jeunes pousses analysées connaissent une progression de 100% ou plus. 46% des start-ups étudiées réalisent moins de 100.000 euros de chiffre d’affaires, un autre indicateur qu’un grand nombre de jeunes pousses de grandissent pas assez vite.

Autre indicateur, selon les auteurs de l’étude, qu’un grand nombre de jeunes pousses ne grandissent pas assez vite: l’importance du chiffre d’affaires réalisé. Près de la moitié se situent en-deçà des 100.000 euros. Seules 5% des start-ups (rappel: l’échantillon en compte 74) réalisent un chiffre d’affaires supérieur à un million d’euros.

Mais, pour la plupart, garantir des revenus récurrents et en croissance s’avère un véritable chemin de croix. Elles pointent essentiellement comme obstacles à la croissance la longueur des cycles de ventes, la lenteur des processus de décision (des clients) et les délais de paiement (essentiellement du côté des grandes entreprises et du secteur public).

Les équipes sont par ailleurs souvent modestes: la plupart des start-ups dans le secteur médias et divertissement n’emploient pas plus de 5 personnes.

“Un manque de financement”

Le principal obstacle (ou frein) à la croissance qu’ont pointé les start-ups ayant participé à l’enquête est sans conteste un manque de financement ou de budget. Score: 22,37%. Soit deux fois plus que les paramètres arrivant en deuxième position: la concurrence locale ou internationale (10,53%) et l’acquisition de clientèle (10,52%). Suivent l’adéquation du produit au marché (8,77%) et des problèmes au niveau des partenaires (7,89%).

argent, pousseEn matière de financement, Georges Caron, de Piximate, déclarait à l’occasion de la table ronde organisée dans la foulée de l’enquête (voir note en fin d’article) qu’“il n’y a pas pénurie d’argent en Belgique. Il existe de nombreux circuits et sources de financement historiques. Mais une partie importante de cet argent est notamment injecté dans l’immobilier. Les risques y sont plus réduits. La question est donc de faire en sorte que pour chaque million d’euros qui prend la direction de l’immobilier, 50.000 soit accordés aux start-ups.”

L’étude s’est également penchée sur l’origine des fonds dont bénéficient les start-ups participantes. Le classement révèle quelques surprises:

  • business angels: 19,12%
  • secteur public: 16,18%
  • 3F (friends, families, fools): 15,44%
  • les banques: 13,24% (elles se classent donc plutôt bien en dépit des critiques régulières leur reprochant d’être trop frileuses – ce fut d’ailleurs à nouveau une critique émise par nombre de start-ups dans le cadre de cette étude)
  • incubateurs: 8,09%
  • fonds de capital à risque: 5,15%
  • crowdfunding: 3,68%
  • accélérateurs: 2,94%
  • sociétés ou institutions partenaires: 2,94%

Autre chiffre intéressant, et étonnant: 39% des start-ups sondées n’ont pas eu accès à du financement tiers.

Et 70% d’entre elles (pour rappel: 74 sociétés) n’ont pas participé à un quelconque programme d’incubation ou d’accélération.

“Les start-ups manquent d’ambition”

Alexander De Croo, ministre fédéral en charge de l’Agenda numérique: “La plupart des start-ups belges adoptent un raisonnement trop conservateur. Elles ne se tournent pas suffisamment vite vers l’étranger alors qu’elles le devraient. Une croissance de 10% par an n’est pas une chose acceptable de la part d’une start-up. D’où vient ce manque d’ambition? Cela tient-il à notre culture? A notre enseignement? Nos entrepreneurs manquent de confiance en eux. Or il faut être sûr de soi lorsque l’on veut accomplir quelque chose. Les clients doivent avoir le sentiment que vous savez de quoi vous parler.”

“Le fossé demeure entre, d’une part, les start-ups, et les grandes entreprises et autorités, d’autre part” 

Les deux camps continuent de penser selon des lignes et stratégies différentes. Tant l’enquête en-ligne que des interviews personnelles avec neuf responsables de start-up et avec Telenet ont confirmé une certaine fracture. Côté grandes entreprises, on estime que les start-ups manquent d’ambition et de volonté à se tourner vers l’international. Autre reproche qu’elles formulent: les jeunes pousses ne comprennent pas suffisamment les besoins des “corp” ou ne savent pas comment défendre leur idée ou produit quand on leur en donne l’occasion.

“Souvent, nous constatons que nous ne sommes pas sur la même longueur d’ondes », a par exemple déclaré Erik Vervloet, vice-président New Business & Startup Acceleration chez Telenet. “Le problème est toutefois que les start-ups ne se sont pas suffisamment préparées lorsqu’elles viennent vers nous. Leur “pitch” n’est pas assez bon et elles ne comprennent pas réellement ce dont nous avons besoin. Dans le même temps, elles sont pour leur part frustrées par la lenteur du cycle de décision des grandes entreprises, notamment lorsqu’il s’agit d’investir. C’est clairement quelque chose sur quoi nous devons agir. »

Lors de la table ronde, Bart Verhaeren de KBC Securities a lui aussi estimé qu’il fallait “clarifier” le “langage”, le discours que tiennent respectivement les start-ups et les grandes entreprises, “imaginer des mécanismes pour déterminer quels modèles fonctionnent.”

“Parler le même langage” ne se résume pas à adopter des pratiques “lean”, flexibles, ou encore à accepter d’être remis en question par le renouveau technologique rapide. Choisir la “même longueur d’onde” consisterait aussi à aligner ou, à tout le moins, à rapprocher certains processus. Tels que l’agenda des cycles de décision, accepter (dans le chef des grandes entreprises) d’appliquer des règles moins strictes dans leurs rapports et négociations avec les start-ups

“Trop peu tournées vers l’international”

37% des 74 jeunes pousses étudiées ne réalisent encore aucun chiffre d’affaires à l’international.

Près de deux-tiers d’entre elles disent toutefois avoir des ambitions à l’export.

Quels sont les principaux obstacles cités ou perçus, empêchant les start-ups de se lancer à l’international?

Le “manque de ressources pour faire la différence” arrive clairement en première position, avec 23,5% des réponses.

Suivent un mauvais choix de partenaires (15,3%) et une stratégie marketing inadéquate ou mal pensée (13,6%). Tous les autres paramètres se tiennent de près (entre 4 et 7% des réponses): recrutement de mauvais profils, problèmes juridiques ou fiscaux, décalage horaire, mauvais travail de préparation, manque de prospects). La barrière de la langue, elle, représente un obstacle légèrement plus importante: 8,7%.

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Pour les besoins de l’enquête, un questionnaire avait été adressé, en juin 2017, à 512 start-ups mais seulement 74 y ont répondu, dont un peu plus de la moitié en Flandre, près d’un quart d’entre elles étant situées en Wallonie et un peu plus d’un cinquième à Bruxelles.

S’y sont ajoutés des interviews avec 10 créateurs de start-ups et une table ronde réunissant jeunes pousses, représentants de grandes entreprises, du monde des investisseurs et des autorités publiques.

Répartition des start-ups par secteur:

  • médias et divertissement (réseaux sociaux, vidéo, musique, gaming…): 40,79%
  • marketing et ventes (CRM, RH, publicité…): 15,79%
  • messagerie et télécoms: 13,16%
  • industries créatives (pub, conception graphique, architecture…): 9,21%
  • autres: 21,05%

Telenet est l’une des “corp” flamandes qui s’intéresse de près à l’accompagnement de start-ups et à l’innovation qu’elles peuvent représenter. Son programme Kickstart, lancé en 2015 en collaboration avec Idealabs (Anvers), avait d’emblée réservé un budget non négligeable: un million d’euros à investir sur 2 ans.  [ Retour au texte ]

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