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DW Hub: changer l’optique entreprise-recherche

Detached post
Par · 17/02/2017
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On l’a vu dans la première partie de cet article consacré aux débuts du DW Hub, l’option qui a été prise est de miser sur l’effet d’entraînement et les besoins technologiques futurs de quelques “champions” numériques [société à fort potentiel de croissance internationale] pour déclencher une sorte de cercle vertueux en termes de collaboration et de transfert de connaissances et d’expertise entre monde de la recherche et entreprises.

L’objectif est aussi d’enregistrer rapidement quelques succès. “Le choix a été fait d’octroyer davantage de moyens financiers à quelques grands projets de grande envergure, aptes à lancer le mouvement”, commente Pierre Wolper, vice-président du conseil d’administration du DW Hub et par ailleurs doyen de la Faculté des Sciences Appliquées de l’ULg.

“Le but est ainsi de renforcer quelques domaines de recherche plus porteurs, plus applicables et exploitables dans le contexte industriel belge francophone.”

Trois paramètres guideront les choix: un créneau porteur, clairement différencié; un potentiel de leader technologique international; et une capacité de rupture technologique.

Pierre Wolper (DW Hub, ULg): “Réussir la conjonction entre ce qui est nécessaire, déjà présent et plus immédiat à développer en termes de recherche.”

“Quand les compétences existent, autant partir de ce qu’on a, tant du côté industriel que de celui de la recherche, pour canaliser les efforts”, poursuit Pierre Wolper. “Plusieurs réunions inter-universitaires ont permis d’identifier quelques domaines où des progrès et des ruptures technologiques peuvent rapidement être réalisés et qui seront importants pour le développement des entreprises.”

Parmi ces thématiques (sans être aucunement exhaustif): l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique, le traitement vocal, le “big data” et l’analytique, la sécurité…

 

Damien Hubaux, directeur du CETIC, avalise lui aussi l’option qui a été prise, pour le lancement du DW Hub, d’agir en priorité sur le premier axe. A savoir: accélérer la croissance de “champions” à l’international.

“Cela permet d’engranger des quick wins, de miser sur des produits et solutions qui arrivent à maturité au bon moment dans un contexte donné.”

Et, avant de solliciter les chercheurs, il estime qu’il faut d’abord laisser le temps aux champions de faire la preuve de la pertinence de leur plan d’affaires. “Sur base des importantes avances récupérables qui leur sont accordées, laissons-les asseoir le succès de leur projet avant d’imposer toute contrainte et de leur allouer de force des chercheurs. Priorité au plan d’entreprise.”

Le rôle des acteurs de la recherche

“Il est essentiel de consolider et de développer la base de la recherche en Belgique francophone afin de couvrir efficacement le champ de connaissances”, souligne Pierre Wolper. “Face à la diversification des technologies, à l’essor de nouvelles technologies telles que l’intelligence artificielle, le traitement avancé de l’image, la modélisation numérique, le blockchain…, le monde des entreprises ne dispose pas, en interne, des connaissances approfondies nécessaires. Elles ont besoin de collaborer avec le monde de la recherche universitaire et des centres de recherche. Les liens doivent être renforcés.”

Jusqu’ici, les sollicitations des entreprises se font encore “en direct mais pas de manière systématique. La réflexion qui est actuellement en cours dans le cadre du DW Hub est d’imaginer des incitants qui permettent de développer de manière plus systématique ce genre de collaboration, de la rendre plus attractive, dans une perspective d’acquisition de compétences.”

Pour réussir cette évolution dans les modes de collaboration, il faudra déployer de nouveaux mécanismes, confier un rôle spécifique à un acteur (tel que le futur cluster fusionné Infopole/Twist)…

“Actuellement, l’Infopole joue un rôle de coordination et d’échange d’informations [Ndlr: notamment avec les Pôles de compétitivité] mais les réelles collaborations scientifiques doivent se nouer entre des personnes qui sont plongées dans les projets”, estime Pierre Wolper.

“Il faut dès lors d’autres mécanismes. Il faut pouvoir présenter les compétences, le savoir-faire, organiser le relais structuré d’informations.”

Pour sa part, le centre de recherche CETIC, impliqué comme d’autres dans le lancement du DW Hub, n’est pas forcément concerné par la phase d’“accélération de croissance des champions”. Soit son intervention se situe en amont (via des projets de recherche, de validation, voire de co-développement) lorsque les sociétés, à un stade antérieur, ont eu besoin de compétences pointues pour franchir l’étape de la start-up. Soit son intervention redeviendra nécessaire plus tard, quand les sociétés, après ou en stade avancé d’accélération, auront besoin de relancer l’innovation technologique ou de s’appuyer sur un complément de compétences pour faire face à leurs défis.

Mais, reconnaît Damien Hubaux, c’est là quelque chose qui n’a sans doute pas été suffisamment fait par le passé: “souvent, les grands acteurs sont très autarciques.” Un petit péché mignon que l’on rencontrerait davantage chez nous que dans d’autres régions ou pays “où la connexion avec la recherche est meilleure.”

“Masse critique”, mais encore…

Dans le cadre du programme DW Hub et grâce à l’écosystème que l’on veut mettre en oeuvre, l’un des objectifs visés est celui de la “masse critique”. Celle des sociétés sélectionnées, qui doivent grandir pour être représentatives et, si possible, incontournables sur le marché. Celle aussi des effectifs Recherche en Région wallonne.

Comme l’expliquait Jean Martin dans la première partie de cet article, “le but est d’atteindre une certaine masse critique, propre à convaincre les grands acteurs internationaux de s’impliquer.

A leurs yeux, ce chiffre se situe plutôt aux alentours des 400 à 450 chercheurs impliqués dans de la recherche à long terme. Or, nous en comptons actuellement entre 250 à 300 dans les différentes unités de recherche (centres de recherche et universités).”

Le but, via les actions du DW Hub, est d’accroître cette “réserve” d’un minimum de 50 équivalents temps plein et de réorienter les activités d’un noyau de quelque 150 chercheurs vers la satisfaction de besoins à court ou à moyen terme des entreprises sélectionnées par DW Hub.

Comment, côté recherche, voit-on ce principe de la “masse critique”?

Damien Hubaux: “le lancement du DW Hub ne garantit pas, à lui seul, que le regard de l’industrie sur les acteurs de la recherche va changer. Il faut agir sur la demande. Le dialogue, par ailleurs, ne doit pas se limiter aux seuls champions…”

Pour Pierre Wolper, tout dépend du thème ou du domaine de recherche: “certains sujets requièrent de grandes équipes, dans d’autres de petites équipes performantes s’avèrent suffisantes. Mais il est vrai que plus il y a de personnes actives dans un domaine, plus il y a de gens formés, plus la circulation des connaissances gagne en efficacité et en vitesse.”

A ses yeux, les ressources (humaines) dont on dispose en Wallonie sont insuffisantes à la fois en recherche fondamentale et en recherche appliquée, “au moment même où la recherche universitaire s’incorpore de plus en plus dans les besoins des entreprises et où il est important d’accentuer la veille technologique et la recherche appliquée.

Recherche appliquée et recherche fondamentale doivent coexister. C’est une recette qui produit d’excellents résultats en termes d’innovation. C’est ce modèle que nous voudrions mettre en place, avec les champions et plus en amont.”

 

Damien Hubaux, pour sa part, insiste sur le fait qu’“alimenter” les champions DW Hub ne peut se faire au détriment de toutes les autres entreprises.

Autre exigence: ne pas se concentrer sur la recherche appliquée et/ou à court ou moyen terme au détriment de la recherche en amont.

De même, il ne faudrait pas commettre l’erreur d’opérer uniquement sur “instruction” des champions. Ne pas attendre, en d’autres termes, que les sociétés à fort potentiel de croissance soient demandeurs. Il est nécessaire, voire vital, de faire en sorte que la recherche en amont soit proposée spontanément aux entreprises “parce qu’elles ne se positionnent pas nécessairement elles-mêmes en champions potentiels.”

Briser les îlots

Amener les universités et les centres de recherche à collaborer de manière plus intensive et spontanée que ce n’est le cas actuellement exigera de mettre en oeuvre non seulement de nouvelles habitudes, de nouveaux mécanismes – avec un poisson-pilote actif – mais aussi de faire disparaître certains freins et obstacles.

La manière dont les universités sont financées et leurs contraintes budgétaires les poussent davantage, jusqu’à présent, à défendre d’abord leurs propres intérêts. Dès lors, “charger leur barque” en leur imposant de dédier des ressources de recherche, sur leurs fonds propres, à un pool mis au service des “champions” numériques peut potentiellement être un problème.

Jean Martin estime, pour sa part, que ces interventions seraient rémunérées par les champions. Pierre Wolper y voit un incitant qui pourrait être salutaire pour doper les collaborations:“si l’on impose un financement pour des projets qui impliquent l’intervention de plusieurs acteurs sur un même thème, on force en quelque sorte la collaboration. C’est là un principe qui a déjà fait ses preuves au niveau européen.”

Encore faut-il baliser ce nouveau schéma d’action, l’intégrer dans le cadre existant des critères d’autofinancement qui sont imposés aux unités de recherche – “des critères qui sont élevés, en comparaison de la moyenne européenne”, souligne Damien Hubaux.

Pierre Wolper, lui aussi, pointe ce besoin d’un meilleur financement. “Que ce soit dans le cadre du programme DW Hub ou en dehors, la recherche à plus long terme a besoin d’un financement. Nous en discutons avec le cabinet du Ministre Jean-Claude Marcourt.”

De même, pour renforcer les liens de collaboration entre entreprises et monde de la recherche, il faudra en passer, à ses yeux, par l’allocation de nouveaux moyens aux universités et centres de recherche.

Les responsables du programme DW Hub se penchent actuellement sur cet aspect des choses.

Damien Hubaux: “La dynamique de collaboration entre universités francophones et centres de recherche est déjà présente. Personne ne dit: “je ne partage pas.” Mais il faut en effet mettre en ordre de marche le mécanisme de collaboration tel qu’imaginé pour le DW Hub.”

Pour que tous collaborent de manière optimale et apportent aux entreprises les compétences dont elles ont besoin, il faut commencer par établir une sorte de cartographie détaillée des ressources, expertises et spécialités de chaque entité ou équipe de recherche. Là aussi, le travail est en cours.

Le référentiel central devra – idéalement – être croisé non seulement avec les répertoires de compétences des différents départements de recherche mais aussi avec les listes de publications des universités.

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