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Coder? Eh les filles, puisqu’on vous dit que c’est cool…!

Hors-cadre
Par · 16/10/2018
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Attirer davantage de femmes vers l’IT et les métiers à forte connotation STEM est devenu un thème récurrent, avec une multiplication d’initiatives. En partie par effet de mimétisme, en raison d’une soudaine prise de conscience – et d’action – de la part de certains acteurs publics, un thème devenu porteur parce que “bien dans l’air du temps” mais aussi, indéniablement, un vrai sujet au vu des enjeux pour l’activation de tous les talents disponibles pour l’appropriation des potentiels (sociaux et économiques) du numérique.

Plusieurs actions ont ainsi été déployées tout récemment. En voici quatre que nous épinglerons plus particulièrement dans ces lignes:
– le Women Code Festival de Bruxelles qui se déroule du 8 au 14 octobre et, notamment la journée de sensibilisation au codage organisée samedi à l’Ecole 19
– le lancement du programme “Elles Codent” par l’école de codage Wild Code School
– la journée Cool Girls Code de CoderDojo à Liège
– et un “boost camp” (en fait, un programme de mentorat) pour “high potentials” féminins chez Orange Belgique.

Tâter l’eau du bain avant de se jeter dans la Piscine

Dans le cadre du Women Code Festival (8-14 octobre), une journée de découverte et d’initiation au codage “She Loves To Code” était organisée, ce samedi 13 octobre, à destination exclusive de la gent féminine.

Journée de sensibilisation à des formations en programmation. Petite séance derrière l’écran, histoire de s’habituer au local de “classe”.

Une initiative qui a d’ailleurs rencontré un franc succès puisque les 80 places qu’il était possible de réserver l’ont été en un temps record.

Partenaires de cette journée: Deloitte, le réseau bruxellois Women In Tech et l’Ecole 19.

Au programme: des ateliers de codage (HTML/CSS, C, Shell), une conférence “Working in Technology” pilotée par Deloitte qui faisait découvrir le parcours professionnel IT de trois de ses collaboratrices, et des rencontres avec des femmes actives dans le monde des tech et de l’ICT. Avaient ainsi été recrutées pour la journée: Dominique Leroy, directrice générale de Proximus, Claudia Lomma, directrice générale des magazines Elle et Marie Claire Belgique, et Loubna Azghoud, coordinatrice du réseau Women In Tech.

Premier pas d’un “mouvement”?

En organisant et accueillant ces ateliers, l’école de codage voulait en fait donner le coup d’envoi d’un “mouvement” She Loves To Code. “Le but est à la fois de marquer le début d’une campagne de “recrutement” de filles et jeunes femmes désireuses de rejoindre l’Ecole 19 et de lancer un appel à d’autres organismes, réseaux, écoles de codage pour qu’ils lancent eux aussi d’autres initiatives à destination des femmes”, souligne Emilie Peeters, responsable communication et événements à l’Ecole 19.

“J’peux pas. J’ai piscine… du 11 février au 8 mars.”

Loubna Azghoud, de Women in Tech, salue l’initiative: “L’initiative de l’Ecole 19 s’inscrit dans la volonté de créer une réelle dynamique. L’action du réseau Women in Tech n’a en effet pas pour vocation de perdurer ad vitam aeternam. Il faut que le flux [de femmes vers des études et carrières IT et STEM] se régule de lui-même, de manière régulière.”

Cherche “ambassadrices”…

Deux des trois femmes citées ci-dessus – à savoir Dominique Leroy et Claudia Lomma – sont les premières membres d’un petit peloton d’“ambassadrices” que l’Ecole 19 désire mettre à contribution au cours des mois à venir “afin d’attirer plus de femmes dans les métiers du digital.” Autres ambassadrices déjà confirmées:

Parmi les premières “ambassadrices” de l’action “She Loves To Code“ de l’Ecole 19, figure notamment Dominique Leroy, CEO de Proximus…

Caroline Mancel, directrice générale adjointe d’Actiris, Sandrine Gobbesso, directrice générale de la Télévision chez RTL Belgique, Gwenda Frocrain, directrice pédagogique et technique de l’Ecole 19, Alexandra Van Hille, directrice Technology chez Deloitte, et Sihame El Kaouakibi, fondatrice de Let’s Go Urban (ateliers spécialisés dans les arts de la rue) et de WannaWork (plate-forme de mise en relation entre recruteurs et “millennials”).

L’Ecole 19 ne se donne pas d’objectif chiffré à atteindre, en termes d’ambassadrices, mais est clairement à la recherche de volontaires supplémentaires. Leur profil ne doit pas nécessairement être purement IT ou digital. “Nous cherchons des femmes influentes, en matière de technologies ou non, ayant un réseau. Des Youtubeuses ou des influenceuses sont parfaitement des candidates possibles. Ce que nous attendons d’elles, c’est surtout qu’elles activent leur réseau, touchent un maximum de monde, parlent de l’initiative et des opportunités du numérique autour d’elles…”

… et apprenantes

L’action de visibilité et de sensibilisation de ce samedi semble en tout cas nécessaire pour gonfler les rangs – encore terriblement squelettiques – des filles et jeunes femmes s’inscrivant à l’Ecole 19. Jusqu’ici, elles ne représentent en effet que 5% de l’ensemble des participants. Pourcentage certes habituel dans les formations IT/numérique mais une déception en soi dans la mesure où l’espoir, via des formules de formation atypiques, est de faire justement remonter ce plafond…

Via sa campagne She Loves To Code, l’objectif – l’espoir – de l’Ecole 19 est de dénicher, d’ici 4 mois, 40 jeunes femmes (tranche d’âge: 18-30 ans) afin de les faire participer à une première “piscine” exclusivement réservée à des femmes, qui sera organisée du 11 février au 8 mars 2019. Petit rappel pour ceux et celles non familiarisé(e)s avec le jargon de l’école: la “piscine” est une période d’“immersion totale” d’une durée d’un mois, dédiée à des exercices et projets, avec pour but d’identifier et de sélectionner les plus motivé(e)s et leurs aptitudes à se lancer dans l’apprentissage du développement informatique.

C’est la première fois qu’une “piscine” pour women only sera organisée. Non seulement en Belgique (au niveau de l’Ecole 19) mais aussi à l’échelon international, dans le réseau des écoles de codage créées ou inspirées de l’Ecole 42. “Nous nous sommes rendu compte que c’était sans doute là un bon moyen de rassurer les femmes face au défi de la formation au développement. L’imaginaire collectif reste très puissant. Sans présence masculine, sauter le pas sera sans doute plus facile.” A vérifier d’ici quelques semaines ou mois… 

La gratuité comme appât?

Du côté de la Wild Code School, qui annonçait l’ouverture d’une antenne bruxelloise en début d’année, la volonté – ou en tout cas l’espoir – est de voir autant de femmes que d’hommes participer à ses programmes de formation en développement (Web et applis). C’est là l’un des objectifs que se donne la fondatrice de l’école, Anna Stépanoff.

Le principe d’un parcours gratuit pour un petit peloton de femmes – une action baptisée “Elles Codent” – a ainsi vu le jour en ce mois d’octobre. Un peu à la manière de l’Ecole 19, cette action “formation gratuite” permet d’allier recherche de visibilité, “coup” promotionnel lors de l’inauguration d’une nouvelle antenne, et joli petit hameçon pour convaincre les récalcitrantes. Chose à souligner, c’est la fondatrice de la Wild Code School qui finance sur fonds propres la session de formations gratuites pour ces femmes.

Multiplier les contextes d’initiation et de sensibilisation “women only”. Source: Wild Code School.

Et cela semble avoir de l’effet. En France, alors que le taux moyen de présence féminine dans les études IT/STEM est d’environ 20%, l’école de codage annonce une participation féminine sensiblement supérieure, “souvent de l’ordre du 50-50”, indique François Blondeau, Campus Manager de la Wild Code School de Bruxelles.

Cette action “Elles Codent” a déjà été mise en oeuvre à Paris et à Marseille. Trente femmes ont ainsi eu l’occasion, jusqu’ici, d’accéder gratuitement à une formation de cinq mois en développement Web.

L’opération vient donc d’être répétée à Bruxelles, à l’occasion du lancement de la première session (durée de la formation: cinq mois, à raison de 35 heures par semaine, sans compter les travaux à faire en solo).

Résultat: le premier groupe d’apprenants compte 7 hommes et 7 femmes. Profils? Là les filles se distinguent. Le hasard (?) fait que pour cette première expérience bruxelloise, la cohorte féminine est sensiblement plus diplômée que leurs homologues masculins. “Six des sept inscrites sont au moins détentrice d’un diplôme de bachelier, obtenu dans diverses filières (sciences politique, écriture multimédia…) contre un seul de leurs homologues masculins.”

François Blondeau parle de résultat surprenant, en tout cas un résultat qui n’est pas le fruit d’une volonté de départ. Les formations sont en effet ouvertes à tous et toutes (à partir de 18 ans), qu’ils ou elles soient ou non détenteurs d’un certificat d’enseignement secondaire supérieur…

Cool Girls Code

C’était une première, ce samedi 13 octobre, pour CoderDojo en Wallonie: une après-midi d’ateliers et d’animations de sensibilisation à la programmation entièrement réservés aux filles, organisés dans les locaux de LeanSquare à Liège. Tranche d’âge des participantes: de 7 à 18 ans.

A l’instar de ce qui se fait déjà en Flandre depuis plusieurs années avec la journée CoderDojo 4 Divas, l’après-midi Cool Girls Code a eu son petit succès. Trente inscrites et une kyrielle de coachs – très majoritairement des jeunes filles ou jeunes femmes – pour les encadrer.

Pourquoi, cette session “mono-genre”? Au-delà du slogan – “parce que les filles qui codent sont cool!” -, les raisons sont diverses. “D’une manière générale”, témoigne Valérie Gillon, community lead CoderDojo pour la Wallonie, “les filles sont minoritaires parmi les participants aux ateliers CoderDojo. On n’en compte en moyenne que 25%. Nous voudrions augmenter ce score pour atteindre les 40% et l’espoir est que cette journée “girls only” soit un déclencheur.”

Prévoir des sessions entre filles devrait gommer, à son avis, certaines réticences. “Découvrir d’abord la programmation entre filles les met plus à l’aise, les conscientise mieux à leurs potentiels.” Et elles ne sont pas les seules dans ce cas… Le raisonnement serait en effet fort similaire pour… les animatrices qui, du moins pour les plus hésitantes ou débutantes, se sentiraient plus à l’aise pour endosser ce rôle en commençant avec un public exclusivement constitué de filles…

Samedi, trois ateliers de découverte et de premiers pas en programmation (Micro:bits, Scratch) étaient organisés, par tranches d’âge. S’ajoutait un atelier avec robots Thymio animé par Céline Colas, de Kodo Wallonie, venue donner un coup de main à CoderDojo et accompagner les coachs débutantes.

Un seul événement “girls only” et 30 places, une fois par an, cela peut paraître bien peu. Mais, du côté de CoderDojo, on jure que ce n’est là qu’une première, qu’un début et que l’édition 2019 proposera davantage de places. Même si la fréquence, elle, ne devrait pas être revue à la hausse.

Booster les “young potentials”

Autre initiative féminine du côté d’Orange Belgique où Ingrid Gonnissen, directrice générale de la société, a décidé de lancer un nouveau programme de mentorat à destination des “jeunes potentiels” féminins. Objectif: “mener plus rapidement de jeunes femmes vers une brillante carrière dans l’ICT en leur faisant bénéficier de l’expérience” de mentors.

49 “young potentials” ont été sélectionnées. Quelle définition Orange en donne-t-il? “Nous avons regardé l’âge (jusqu’à 28 ans), leur profil et background, leurs intérêts”, explique Annelore Marynissen, porte-parole d’Orange Belgique. “Nous avons lancé un call to action via des écoles supérieures et des universités, ainsi qu’une campagne sur Facebook et un appel via le réseau du Voka (patronat flamand).”

Le programme “Young Potential Boost Camp” ne se limite donc pas aux seules collaboratrices “prometteuses” d’Orange même si plusieurs d’entre elles ont postulé et ont été retenues.

Ce “Boost Camp” sera officiellement lancé ce 18 octobre et permettra une première rencontre entre “personnalités-clé du monde de l’ICT pour un échange de points de vue sur ce que représente une carrière dans l’ICT quand on est une femme” et une découverte des opportunités et impacts de l’Internet des Objets dans le monde professionnel.

41 mentors ont été sélectionnés. Profil? “Les mentors sont des femmes – mais aussi des hommes – occupant des postes de cadre ou de direction et qui travaillent dans des grandes entreprises – Cap Gemini, IBM, Dell, Ericsson, Merck, Accenture…”.

Tout au long du programme, qui durera plusieurs mois (du 18 octobre au 12 février), ils (et elles) prodigueront “conseils, assistance et motivation […] afin d’aider les young potentials à clarifier leurs objectifs professionnels et personnels et à développer leurs compétences critiques et créatives ainsi que leurs aptitudes à résoudre des problèmes. Mentors et Young Potentials se voient régulièrement, mais c’est à eux de décider de la fréquence et de la forme de l’accompagnement. L’une des formules est ce que nous appelons du “shadowing”: les young potentials suivent simplement leur mentor quelques jours dans le cadre de ses activités.”

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