Oscars: optimiser les processus aéroportuaires

Pratique
Par · 21/11/2014

Voilà déjà une dizaine d’années qu’Oliver Dubois (ex-Oracle et ex-Star Informatic) s’est spécialisé dans le domaine des solutions GIS (geographical information systems). En 2007, il lançait sa propre société de consultance, baptisée Oscars (Oracle Spatial Consulting and Resourcing Services).

Depuis quelques mois, il prépare un projet qui repositionnera la société sur le terrain de l’offre de produits. En l’occurrence, une solution visant à améliorer et à optimiser les processus internes d’un aéroport en se basant sur la géolocalisation. Le secteur aéronautique sera sa cible prioritaire mais d’autres déclinaisons sont envisageables, à terme, par exemple dans le monde de la logistique, des services de sécurité ou du géomarketing.

Intégrer pour anticiper

Le projet, baptisé GIP – Geographical Intelligent Platform (le nom n’est pas forcément définitif) -, est le fruit de l’expérience glanée au fil des ans mais aussi une réponse aux sollicitations de certains clients d’Oscars. En particulier, la s.a. Aéroports de Paris, la structure administrative qui détient et exploite les trois aéroports parisiens – Roissy/Charles de Gaulle, Orly et le Bourget.

Au fil du temps, les prestations d’Oscars pour ce client ont évolué de simples formations aux outils GIS d’Oracle vers de la gestion de projet et du développement de solutions. Notamment un système de géolocalisation des avions et véhicules et une solution de suivi des véhicules en temps réel.

“C’est à l’occasion de ces projets que je me suis rendu compte que les systèmes existants gagneraient beaucoup à s’enrichir de fonctionnalités autorisant une utilisation plus intelligente des données géolocalisées”, déclare Olivier Dubois. “Jusqu’à présent, les outils n’offrent par exemple qu’un simple signalement de la position d’un véhicule ou encore un historique de ses déplacements – nombre de kilomètres parcourus, itinéraires suivis, coûts… Mais la position n’est pas exploitée “intelligemment” en temps réel et de manière dynamique. Les aéroports ne sont pas en mesure de faire de la gestion proactive. Ils manquent de capacité de décision temps réel, qui est pourtant nécessaire pour faire face à des imprévus, à des erreurs humaines…”

Pour illustrer son propos, Olivier Dubois rappelle que, voici plusieurs années, l’aéroport de Paris s’était retrouvé bloqué par la neige, “simplement parce que le premier avion dans la file d’attente était censé aller se parquer sur une aire qui n’avait pas été déneigée. Les aéroports disposent d’une panoplie d’applications mais qui fonctionnent en silos: solutions de gestion pour la tour de contrôle, pour les équipes au sol, pour le trafic passagers, la manutention des bagages, la gestion et la maintenance des équipements et véhicules… Elles ne se parlent pas entre elles et, dans le cas qui nous occupe, personne n’a pu identifier la source du problème.”

Olivier Dubois: “Le but de la solution GIP n’est pas de remplacer les solutions déjà en place mais de redistribuer les informations, enrichies, vers les différents systèmes.”

D’où l’idée de développer une solution qui agrège, en temps réel, tous les flux de données, en provenance des multiples systèmes qu’utilisent les aéroports. Particularité: utiliser comme fil rouge la géolocalisation en y ajoutant des règles et des pondérations permettant de hiérarchiser les événements. Décisions, actions – ou des alertes – pourront ainsi être déclenchées “en fonction de positions et d’événements spatiaux préalablement définis”.

La solution que développe Olivier Dubois s’appuie sur des outils Oracle (base de données, Oracle Spatial, Oracle Complex Events). Elle combinera des potentiels de configuration de règles en fonction des rôles des différents équipements et véhicules, d’acquisition de données et de positions via divers protocoles, d’alertes sur événements (via notification mobile, enregistrement dans des tables pour transfert vers d’autres systèmes, Web services…).

“GIP sera une solution qui vient compléter l’existant. Son but n’est pas de remplacer les solutions déjà en place dans le monde des aéroports. Elle permettra de redistribuer les informations, enrichies, vers les différents systèmes.”

Ses arguments-clé seront donc une surveillance temps réel des informations, à chaque point de l’aéroport, leur agrégation, elle aussi temps réel, et une capacité de décision/réaction immédiate. Ce qu’Olivier Dubois désigne par l’expression “fast data”. Les scénarios d’application sont innombrables: depuis une meilleure gestion des services au sol jusqu’à la gestion clientèle.

Lancement au premier trimestre 2015

Pour l’heure, Olivier Dubois boucle le dossier de financement de sa future solution. Un investisseur privé est prêt à apporter au minimum un tiers du financement jugé nécessaire (ce dernier étant évalué à 300.000 euros sur trois ans). L’autre partie du financement devrait être de nature publique (Namur Invest, en principe). Une réponse est en tout cas attendue au cours des prochaines semaines.

Pour ce projet, Oscars bénéficie également d’un subside de l’ESA via l’incubateur WSLlux et d’un accompagnement pendant trois ans par le WSL, à la fois dans ses démarches vis-à-vis des investisseurs et dans le montage du plan business.

Pour bénéficier du programme WSL/ESA, Olivier Dubois a dû “rapatrier” sa société Oscars, jusqu’ici basée au Luxembourg. Chose qu’il comptait de toute façon faire, souligne-t-il, tant pour des raisons personnelles qu’économiques (les avantages fiscaux qui avaient motivé son implantation au Grand-Duché ne s’étant pas forcément avérés aussi intéressants qu’espéré).

Le produit, lui, est sur la rampe de lancement. “La version MVP (minimum viable product) devrait être prêt fin janvier. Reste encore à procéder à quelques optimisations de performances mais le produit devrait être démontrable d’ici la fin du premier trimestre. Le noyau, permettant d’offrir une réponse aux problématiques de base, sera commercialisé dès 2015. Pendant la première année, les contacts que nous aurons avec divers aéroports permettront d’identifier leurs besoins majeurs et de baliser dès lors l’évolution du produit.”

Pour l’instant, Olivier Dubois est quasiment seul à la barre. Pour diverses raisons, en ce compris personnelles, ses 3 anciens collègues – du temps où Oscars ne proposait que des services de consultante – ne l’ont pas suivi dans sa nouvelle aventure.

Toutefois une autre personne est sur le point de le rejoindre en tant que CTO. Son engagement est une question de semaines, le temps de faire aboutir son dossier pour bénéficier du programme CxO (mesure d’aide aux jeunes PME dans le recrutement et le financement de managers experts pour des missions spécifiques). Plus d’informations sur ce programme dans cet article.

Deux autres profils sont actuellement recherchés: un développeur et un consultant GIS pour le développement des services.

Premiers pas

Source: Oscars.

L’un des aéroports déjà client d’Oscars devrait faire office de site-pilote. “Ce qui les intéresse plus spécialement, c’est l’optimisation de leur infrastructure de déneigement. La solution GIP génèrera des informations dynamiques, identifiant en temps réel les tronçons aptes au trafic aérien [notamment via comptabilisation de nombre de passages d’engins de déneigement et du volume de produits épandus..]”

Des contacts préliminaires ont également été pris avec l’Aéroport de Liège.

Car la solution s’adresse aussi bien aux grands aéroports qu’aux plus petits. A cet effet, le modèle tarifaire devrait, à terme, se faire plus flexible.

GIP sera initialement proposé comme un module sous licence classique. Mais Olivier Dubois envisage dès à présent une formule “location” et facturation à l’usage. En l’occurrence, l’unité de calcul pourrait être la rotation de chaque avion.

Bulle d’oxygène

“En autorisant des flux de données plus intelligents et des décisions temps réel sur des événements eux aussi temps réel, GIP contribuera à améliorer les “performances” d’un aéroport. Les gains s’exprimeront en termes de sécurité mais aussi de nombre de rotations potentielles, de meilleure gestion des temps de parking des avions, etc. C’est là une chose essentielle dans la mesure où l’on estime que, d’ici 2030, les aéroports se priveront de quelque 2 millions de vols pour des raisons de contraintes d’espace. Ils se trouvent en effet souvent devant l’impossibilité d’étendre leur surface afin d’accueillir un trafic passagers et cargo de plus en plus importants. La seule option, pour eux, est donc d’améliorer leurs processus, la rapidité et l’efficacité de la gestion des mouvements d’avions.”

Autre chiffre éloquent: “le coût moyen par rotation d’un avion atterrissant à Paris est de 4.500 euros. Si notre produit permet d’améliorer la performance ne serait-ce que d’une rotation par jour, le gain potentiel pour l’aéroport est de 1,6 million d’euros par an.”