Dévoilement du “Plan de développement de l’IA” en Belgique

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Par · 28/10/2022

Dévoilement officiel, ce jeudi, du “Plan IA” fédéral belge par Mathieu Michel, secrétaire d’Etat au Numérique. Un plan qui, comme il le précisait d’emblée, est avant tout un “plan de convergence” en vue du “développement de l’intelligence artificielle”, considérée comme cruciale et importante pour l’essor économique et la position concurrentielle de la Belgique et de nombreux secteurs d’activités.

“Convergence” à plus d’un titre. Non seulement en raison de l’une des finalités du Plan: coaliser et aligner des ressources et des objectifs thématiques puisés à diverses sources et devant servir à plusieurs fins. 

“Convergence” aussi par la manière dont le plan, et ses différents axes (voir ci-dessous), seront financés. Certes, le Secrétaire d’Etat assure qu’il est totalement financé, “sur une enveloppe budgétaire existante. Il ne faudra donc pas chercher des crédits supplémentaires.” Mais le fait est que le budget est un petit puzzle, constitué en puisant dans des fonds du Plan de Relance mais aussi en trouvant des ressources dans d’autres thématiques dans lesquelles l’IA interviendra comme outil (exemple-type: la cybersécurité, dont les solutions et services reposeront en partie sur le recours à des algorithmes et autres technologies numériques). Le montant budgétaire inclut par exemple un budget alloué au renforcement de la résilience cyber-sécuritaire des hôpitaux…

Certains moyens viendront sans doute aussi, ne serait-ce que minoritairement (et cela restera à préciser), des entités fédérées qui seront appelées à s’impliquer dans le schéma global.

 

Mathieu Michel: “Faire converger les compétences, mettre en commun les ambitions et les ressources de différents acteurs – institutionnels, académiques, industriels…”.

 

On le verra à la lecture (ci-dessous) de quelques exemples d’actions figurant dans le “Plan de convergence pour le développement de l’IA”, la mise en oeuvre de ce dernier touche à différents domaines, avec une focalisation sur quelques secteurs et thématiques jugés prioritaires (cybersécurité, santé, mobilité, environnement). Il repose ou reposera sur l’existence et la disponibilité de ressources et de compétences humaines et technologiques venant de divers horizons – autorités publiques, recherche, monde de l’enseignement et de la formation, acteurs économiques et industriels.

Cette nécessaire “convergence” – au sens de coalition et de collaboration – des talents et des ressources se retrouve donc, sans surprise, dans la liste des actions, dans plusieurs axes thématiques. Quelques exemples? “Renforcement de l’écosystème en favorisant la rencontre entre universités, industrie, secteur public et citoyens” pour oeuvrer à la quête d’une IA de confiance. “Développement de synergies entre les différentes acteurs et instances en matière de cybersécurité”, telle que celle-ci est appliquée à ou est facilitée par l’IA.

Mettre le tout en musique et s’assurer à la fois de la cohérence, de la complémentarité et de l’efficacité sera dès lors un facteur-clé. D’où l’accent tout particulier mis sur la gouvernance, qui sera pilotée et surveillée par IA4Belgium et un comité d’orientation d’une dizaine de personnes (où devraient être représentées les entités fédérées).

Un plan à l’agenda flexible

Le “Plan IA” fédéral a été structuré en neuf grands axes, répertoriant quelque 70 actions et initiatives (voir ci-dessous). Certaines de ces dernières ont d’ores et déjà été définies, voire entamées. D’autres sont encore sur le métier et devront être plus précisément balisées. D’autres encore ne pourront trouver concrétisation qu’à terme, compte tenu de certains impératifs et parcours – législatifs notamment (un exemple: la loi sur les intégrateurs de services ou encore la mise sur orbite de la Health Data Authority).

Le Plan IA est en effet une petite liste à la Prévert qui dit toutefois vouloir répondre à une certaine logique articulée, comme tient à le souligner le Secrétaire d’Etat, autour de trois “valeurs essentielles”. A savoir: “être inclusif, jouer la convergence entre sources de compétences, et être ambitieux”.

 

Mathieu Michel: “Il est essentiel pour la Belgique d’avancer vite afin de renforcer, grâce à l’IA, la compétitivité de secteurs qui sont en pointe. Et cela, avec comme toile de fond, l’objectif d’un taux d’emploi de 80% à l’horizon 2030.”

9 axes, 70 actions

Quels sont ces 9 axes structurants autour desquels est articulé le “Plan IA”?

Celui, placé en tête de liste par le Secrétaire d’Etat, qui en a fait un leitmotiv persistant ces derniers temps: travailler sur la “confiance”. Celle de l’IA, des algorithmes mais aussi celle que les utilisateurs et les professionnels doivent nécessairement accorder (ou construire) pour que l’IA opère selon les règles et les attentes.

Exemples d’actions dans ce chapitre: définition d’un cadre réglementaire national, en ce compris en termes d’IA éthique ; création d’un cadre et d’outils d’“accompagnement” des utilisateurs de systèmes IA ; mise en oeuvre d’un cadre de gouvernance pour l’utilisation, y compris éthique, de l’IA par les services publics fédéraux ; identification des biais algorithmiques et lutte contre les formes de discrimination “grâce à des outils numériques spécialisés”.

Deuxième axe: la cybersécurité. Parmi les intentions énumérées dans le Plan, on trouve notamment la réalisation d’une cartographie des applications de l’IA en matière de cybersécurité, un “partage d’expérience et identification de projets futurs entre monde universitaire et industrie”. Ou encore la volonté de favoriser l’émergence et la montée en puissance de talents locaux “dans le cadre d’une culture de start-up”.

Troisième axe: renforcement de la compétitivité et de l’attractivité de la Belgique, grâce à l’IA. Pour ce faire, il faudra bien évidemment relever le niveau de compétences, dans toute une série de domaines, susciter et rendre viables des projets et entreprises tournées vers l’IA. Convaincre, par l’exemple, de la position de pointe que la Belgique dit vouloir acquérir en la matière.

Action n°4 dans l’axe 3 (Compétitivité et attractivité de la Belgique): “Mettre en place une politique incitative et volontariste pour retenir nos meilleurs chercheurs en AI qui sont trop souvent convoités par des entreprises et centres de recherche aux Etats-Unis ou en Chine”.
Cela suppose notamment une politique (péri-)salariale potentiellement ambitieuse, sur laquelle les autorités publiques n’ont pas prise… Du moins, côté entreprises.
L’un des leviers d’action, selon Mathieu Michel, sera donc celui du soft power. “En faisant savoir partout dans le monde que si les chercheurs et porteurs de projets veulent par exemple faire de la santé numérique, c’est en Belgique qu’ils trouveront les projets, les acteurs et la formation.” Mais d’ajouter toutefois qu’il s’agira aussi de déterminer “comment, à l’avenir, mieux valoriser les produits afin de mieux rémunérer certains profils. Cet élément ne figure pas dans le Plan IA actuel.”
Nathanaël Ackerman (BOSA, AI4Belgium) ajoute pour sa part: “c’est également une des raisons pour lesquelles – et ce à quoi pourra servir – la cartographie qui est en cours. Afin de savoir non seulement qui sont les acteurs, quels sont les projets et les potentiels, mais aussi quelles sont les opportunités [stages, carrière…] pour les personnes…”

Cette perception de leadership (encore à asseoir ou à peaufiner – par exemple dans le domaine-fanion des biotechs et du pharma) doit devenir une arme de conviction pour attirer et/ou retenir des talents. Histoire de concurrencer, aussi valablement que possible, les moyens financiers largement supérieurs que peuvent faire miroiter certains pays ou certains acteurs économiques privés étrangers. Voir encadré ci-contre.

Tous les “étages” de l’économie belge sont visés par les actions imaginées dans le cadre de ce troisième axe du Plan IA. On y trouve notamment le souhait d’“intensifier les initiatives d’information et de soutien aux PME en impliquant les centres de recherche”, de favoriser davantage les projets-pilote et les recherches peu ou prou expérimentales – via recours plus appuyé au principe des sandboxes ou encore en appuyant sur la pédale des investissements en deep tech.

De nouvelles mesures fiscales pourraient également être mises au programme afin de stimuler la recherche et l’innovation en IA.

Quatrième axe: économie des données et infrastructure. En jeu ici notamment l’application du principe des open data. Et pas uniquement dans le secteur public puisque l’on trouve dans la liste d’actions un “encouragement aux entreprises et institutions de la connaissance d’ouvrir leurs infrastructures et leurs données aux entrepreneurs et aux PME afin de développer de nouvelles applications IA”.

Au rayon infrastructure, on trouve l’idée “d’accélérer l’accès aux services cloud”. Le maillage avec l’échelon européen, en termes de potentiel d’accès et de réutilisation des données, figure également dans la liste. 

L’infrastructure se retrouve d’ailleurs aussi au chapitre 7 (voir plus bas) puisqu’il y est question de “développer l’infrastructure belge de calcul et de stockage devant permettre aux différents acteurs [industriels notamment] de tester leurs approches sans pour autant sortir les données du pays”.

Cinquièmement: le secteur de la santé, l’un des domaines prioritaires identifiés comme pouvant bénéficier des potentiels de l’IA (soins, processus, recherche…). Parmi les axes d’action, la nécessité d’accompagner les institutions de soins pour qu’elles s’approprient ces nouvelles technologies (algorithmes, robotique, exploitation des images, de la parole…). Et, bien entendu, la nécessité de former les professionnels.

Mais il est également question par exemple d’“implémenter de nouveaux modes de financement et de remboursement des technologies, en concertation avec les organismes assureurs, les mutuelles, les associations de patients…”.

Une piste d’action nécessitera davantage d’éclaircissements – et de définition d’un cadre tant réglementaire que technologique – puisqu’il est question d’une “plate-forme de régulation de l’IA en médecine” qui soit notamment capable de “surveiller les solutions approuvées, une fois déployées, via surveillance des produits sur le long terme”.

Le souhait est par ailleurs de faire naître des mécanismes et un socle opérationnel permettant de procéder à des “essais cliniques randomisés destinés à prouver la valeur ajoutée des technologies IA”. Essais cliniques impliquant potentiellement les institutions de soins…

Les sixième et septième piliers concernent les thématiques de la “mobilité durable” et de la préservation de l’environnement. Cette dernière étant prise au sens large puisque sont notamment visés les processus de production industrielle, à rendre plus vertueux écologiquement parlant, mais également le rôle de l’IA comme levier et promoteur d’économie circulaire.

Huitième axe – essentiel: les talents et les compétences. Il y est question d’actions à prendre pour une formation à l’IA, à ses mécanismes, potentiels et implications. Formation tout au long de la vie, pour les professionnels et les citoyens. Et cela devrait notamment passer par un “renforcement des programmes d’apprentissage continu dispensés par les établissements d’enseignement”, accompagné d’un programme de formation continue pour adultes. Sont également proposés un cycle “New Learning Deal” baptisé “Bright Mirrors” (série d’ateliers de prospective sur l’avenir du travail) et la création d’une plate-forme “facilitant la rencontre et l’échange de demandes et d’offres de profils entre entreprises, organisations publiques, asbl et personnes spécialisées en IA”.

Et, enfin, neuvième pilier: l’offre de “meilleurs services et d’une meilleure protection 5sociale] aux citoyens”. En jeu? L’identification des besoins des citoyens, des actions pour “favoriser l’acceptabilité sociale de l’IA”, le développement de services publics davantage basés et optimisés par l’IA (notamment en visant – vieille promesse – la simplification des processus administratifs), le renforcement des compétences et connaissances IA des agents administratifs…