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Systématiser l’aide à l’innovation e-santé/medtech au sein des hôpitaux wallons

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Par · 14/12/2021
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En chantier depuis déjà plusieurs mois et d’ailleurs déjà sur les rails, avec de premiers ateliers, du côté de l’hôpital de La Citadelle à Liège, le projet visant à l’émergence de “cellules” ou “centres” d’innovation médicale – à orientation medtech – au sein des hôpitaux a officiellement reçu le feu vert du gouvernement wallon, avec déblocage d’un budget.

Quels domaines d’innovation médicale sont potentiellement concernés? Autrement dit que recouvre la notion de “medtech” dans le cadre de ce projet? On parle ici non seulement de “dispositifs médicaux” (matériels ou logiciels), mais aussi de solutions de (soins de) santé numériques… Le champ est donc, potentiellement, large.

“Impulser” l’innovation

Une équipe du WeLL (Wallonia e-health Living Lab, devenu le “MedTech Living Lab by MecaTech”) et de collaborateurs du Pôle Mecatech, dont dépend désormais le WeLL (voir encadré ci-dessous), se chargera d’amener au sein des hôpitaux les compétences, la guidance et l’accompagnement nécessaires pour faire naître et pérenniser des structures d’innovation médicale internes.

Le but, comme le souligne Christophe Montoisy, chargé de coordonner le projet au sein de Mecatech, est de faire office de “point de liaison entre ingénieurs et praticiens”.

L’équipe WeLL/Mecatech n’a pas vocation à s’implanter de manière permanente ou même temporaire au sein des hôpitaux – sauf si la demande expresse en est faite. Elle opérera plutôt comme “ressource volante”, répartissant son temps entre les divers hôpitaux qui se lanceront dans l’aventure de l’innovation.

A l’origine (2014-2015), le WeLL était une entité placée sous l’égide du WSL (incubateur des sciences de l’ingénieur). Créé selon les principes du living lab, qui remet l’utilisateur final au coeur du processus d’idéation et de validation de projets d’innovation, le WeLL a pour objectif de redonner à l’innovation des connotations davantage bottom up et collaboratives, avec confrontation/collaboration directe entre porteurs de projets et “cibles” desdits projets.

Un premier rapprochement (en termes d’actions) était intervenu entre le WeLL et le Pôle Mecatech en 2016. Deux ans plus tard, le WeLL passait du parrainage du WSL vers celui de Mecatech, intégrant son axe Créativité et innovation. Parmi les objectifs identifiés dès le départ: “soutenir le développement de Centres d’Innovation Médicale (CIM) au sein de structures hospitalières et autres unités de soins, qui sont perçues comme de véritables réservoirs à idées, et qui ont également l’avantage d’être directement en contact avec des professionnels de santé et des patients, utilisateurs des futurs dispositifs médicaux”.

Le but, autrement dit, est d’apporter et de mettre à disposition des conseils et compétences venant de l’extérieur de l’hôpital afin de combler des besoins, aptitudes et ressources dont les professionnels de soins ne disposent pas forcément pour la faire germer des projets et les amener à maturité – c’est-à-dire jusqu’au lancement effectif et jusqu’à la pérennisation opérationnelle.

“Nos services viseront à susciter la genèse d’une cellule d’innovation au sein de l’hôpital, à aider les acteurs internes à gérer l’innovation, le changement, à aider à la réflexion. Notre action correspond à de l’impulsion et à de l’accompagnement”, explique pour sa part Lara Vigneron, fondatrice et directrice du WeLL et aujourd’hui chargée de mission dans le cadre de l’axe e-santé/medtech du pôle Mecatech. “Nous aiderons les équipes internes à travailler sur leurs idées, sur les raisons d’être de projets d’innovation. Nous aiderons aussi à la définition de business models…”

Pour reprendre une autre expression, on pourrait parler d’“aider à faire” plutôt que de “faire à la place de”.

 

Christophe Montoisy (Mecatech): “L’équipe WeLL/Mecatech devra permettre de définir précisément le besoin, de rapprocher l’écosystème medtech wallon du monde de l’hôpital.” Cet “écosystème” comporte 104 acteurs de diverses tailles (tels que répertoriés par Mectaech et l’AdN).

 

“Pour porter une idée jusqu’au stade de la solution opérationnelle, il faut en passer par une série d’étapes – validation par le marché, certification, industrialisation… Pour y parvenir, un médecin devrait apprendre le métier de bout en bout, ce qui est illusoire”, ajoute encore Christophe Montoisy. “Le principe des Cellules d’innovation médicale est donc de rapprocher le savoir et les ressources de l’écosystème existant afin de sortir les idées des tiroirs, d’accélérer le processus d’innovation émanant de l’hôpital, jusqu’à la mise sur le marché.

Des idées venant du terrain [ici en l’occurrence du monde hospitalier] ont potentiellement davantage de valeur que si elles viennent d’acteurs de la medtech. Rapprocher ces deux mondes qui ne se parlent pas représente un gain de temps, en ce sens que l’idée portée par un acteur hospitalier a sans doute déjà été testée voire réalisée par une société medtech”.

Les Cellules d’innovation médicale (CIM en abrégé) pourront faire émerger, cristalliser, formaliser et maturer des idées formulées et portées par des professionnels hospitaliers, mais pourront également fonctionner en sens inverse. A savoir, et toujours pour accélérer le processus de mise sur le marché d’un concept ou solution nouvelle, confronter directement une idée, un produit, d’une société ou start-up active dans le monde medtech/e-santé, à l’expertise des professionnels de santé, afin d’en valider la pertinence, de les enrichir, voire de les faire “pivoter”.

Centre ou cellule?

“Centres” d’innovation médicale ou “cellules” d’innovation médicale implantées au coeur des hôpitaux? La nuance n’a rien de théorique ou de cosmétique…
Tel qu’il en avait été question lors de la genèse du projet et comme cela reste d’ailleurs une finalité, les CMI ont vocation à devenir des “centres d’innovation médicale”, au coeur des hôpitaux, afin de “créer une meilleure collaboration entre le monde hospitalier et les acteurs industriels wallons, et accélérer l’émergence de projets d’innovation au sein des organisations de soins”.
Mais dans la phase initiale et dans le cadre du financement de départ octroyé par le gouvernement wallon (budget de 250.000 euros, devant en principe couvrir une période de 18 mois), c’est bien de “cellules” dont il s’agit. Explication…
Selon la notion de “cellule d’innovation”, l’idée est de susciter la création, au sein des hôpitaux, d’“espaces où susciter et gérer l’innovation”. Cela concerne donc essentiellement l’idéation et le processus de maturation d’idée, de concept, de produit – dans ses diverses dimensions (technologiques, commerciales…).
La notion de “centre d’innovation”, qui pourra potentiellement en être la suite logique mais qui pourrait aussi prendre une forme distincte, implique, elle, une réelle “structure” incluant des dimensions de tests, de prototypage… Nous revenons plus loin dans cet article sur cette étape potentielle.

Un premier pas

Le rôle de l’équipe WeLL/Mecatech ira de l’aide à l’idéation jusqu’à l’accompagnement (technologique, opérationnel) au travers de différentes actions: animations d’ateliers pour susciter idées et envie d’innovation, mise en place d’un “cadre favorisant la culture de l’innovation au sein de la communauté médicale”, préparation d’une “structure organisationnelle et opérationnelle”, “pérennisation de la collaboration entre médecins et entreprises medtech pour l’émergence et la validation de dispositifs médicaux innovants”.

L’équipe WeLL/Mecatech mobilisée pour le projet CIM se compose pour l’instant de Lara Vigneron, fondatrice du WeLL, de Jonathan Pardo, autre cheville ouvrière du WeLL depuis 2018 (profil de formateur-animateur), et de Carsten Engel, responsable développement commercial et projets innovants au sein du Pôle Mecatech, chargé à ce titre de faire le lien avec les sociétés medtech et d’aider au montage de projets. Le trio étant épaulé par Christophe Montoisy.

La première phase, que permettra de financer la subvention reçue du gouvernement wallon, consistera en un “travail de fond”. A savoir, informer, sensibiliser, mobiliser les hôpitaux, faire passer – et adopter – le message, installer de premières cellules en interne, et enclencher le processus d’accélération d’idées novatrices.

Cela se concrétisera, toujours dans ce premier temps, par la mise en oeuvre, au sein des premiers hôpitaux, de “salles de créativité” – éphémères ou plus pérennes.

Mais pour passer du stade de la “cellule” d’innovation à celui de “centre d’innovation”, il sera nécessaire que l’hôpital lui-même prenne le relais et se dote d’une structure qui puisse voler de ses propres ailes. Christophe Montoisy: “Notre rôle sera d’être le germe, l’architecte d’une approche d’innovation. Il n’y aura réussite que si la “Cellule” vit après notre intervention. L’hôpital devra nécessairement mobiliser des membres de son personnel. 

Nous amenons un modèle. L’hôpital doit le pérenniser, éventuellement en engageant des personnes pour le faire croître.”

 

Christophe Montoisy (Mecatech): “Rapprocher deux mondes qui ne se parlent pas [ingénieurs et praticiens], provoquer des rencontres et en faire une communauté apprenante. Susciter et faire grandir une culture de l’innovation au sein des hôpitaux”.

 

Les stades suivants de la mise en oeuvre de Centres d’innovation médicale impliquent  potentiellement l’existence de structures:
– un espace ou une structure de prototypage (éventuellement en interne),  pour franchir l’étape de la validation clinique
– un espace de simulation, pour des tests, exercices de validation, voire de la formation pour les professionnels de soins et les profils plus techniques.

Pour ce qui est de l’étape de prototypage, il se peut certes qu’un hôpital décide d’investir en ce sens, pour créer une structure interne, ne serait-ce que minimale. Mais ce schéma n’est pas un passage obligé. L’idée est aussi de faire intervenir l’écosystème medtech local, dont certains acteurs ont potentiellement des ressources et compétences en test et prototypage. 

Source: Healthology

Ce qui n’exclut pas l’hypothèse de la création à terme d’un centre de prototypage – pourquoi pas mutualisé? – mais cela supposerait évidemment de trouver le financement nécessaire. “L’intention fondamentale du projet CIM”, rappelle Christophe Montoisy, “reste de faire vivre le monde medtech au profit de l’hôpital, et non pas d’inventer quelque chose de nouveau. Utilisons d’abord ce qui existe déjà…”

Premier hôpital sur la ligne de départ

Dès le mois de juin 2021, un embryon de cellule d’innovation médicale a vu le jour à l’hôpital La Citadelle à Liège. De premiers ateliers ont été organisés et deux premiers projets vont servir de matière concrète pour affiner modèle et ambitions. Nous vous en parlons dans cet autre article.

D’autres réflexions et contacts sont par ailleurs en cours avec d’autres hôpitaux. En l’occurrence, le CHU de Liège et du côté de Charleroi (entre autres l’hôpital Marie Curie), qui sont par ailleurs susceptibles devenir de “réels” centres d’innovation médicale, incluant la dimension prototypage et validation clinique.

D’autres hôpitaux qui seraient intéressés à initier ce genre de cellule d’innovation sont invités à se manifester auprès de l’équipe WeLL/Mecatech qui, elle-même, se mettra en mode évangélisation selon ses disponibilités.

Démontrer le postulat de départ

Comment sera jaugé le succès de l’initiative? La subvention accordée par le gouvernement est-elle assortie de KPI et de marqueurs pour évaluer la réussite? “Il n’y a pas de résultats chiffrés à atteindre”, explique Christophe Montoisy. Pas d’agenda ou d’échéance fixe, non plus. 

“L’essentiel aux yeux du Cabinet [Borsus] était que la dépense ne soit pas dispersée sur trop de cas. Il s’agit de concentrer l’effort afin de générer des résultats concrets.

L’un des éléments intéressants sera de pouvoir donner du feedback sur l’efficacité des outils [idéation, formalisation, collaboration…], sur les relations entre praticiens et acteurs medtech. Il faudra prouver que le postulat de départ pour un rapprochement de ces deux mondes était pertinent.”

S’inspirer de et échanger les bonnes pratiques

Le concept de “centres d’innovation” germant au sein-même des hôpitaux de même que les formes de collaboration entre équipe ou “idéateur” hospitalier et acteur commercial ou industriel ne sont évidemment pas des nouveautés. Des initiatives et réalisations similaires ont déjà vu le jour dans d’autres pays.

Depuis la création du WeLL, ce fut d’ailleurs l’une des activités de Lara Vigneron: s’informer sur ce qui existe, établir des contacts, échanger idées et bonnes pratiques. 

A titre d’exemples d’innovation impliquant les hôpitaux, elle cite le Centre d’innovation de Genève (Hôpitaux universitaires de Genève), l’iPEPS-ICM (Incubateur et Pépinière d’Entreprises Paris-Salpêtrière) notamment spécialisé en solutions pour pathologies neurologiques, un centre au CHU de Lille (plus orienté certification), le CHU de Nantes (“qui pratique davantage les appels à projets à destination des équipes internes”), le LIO (Laboratoire de recherche en imagerie et orthopédie) de Montréal (orienté recherche et partenariats à long terme).

Lara Vigneron poursuit par ailleurs l’analyse de ce qui a été mis en oeuvre par une bonne dizaine de centres d’innovation dans différents pays francophones (France, Suisse, Canada). Objectif: constituer un réseau d’échanges et susciter une “communauté apprenante”, incluant hôpitaux, institutions de soins, acteurs de la medtech. Une communauté trans-frontières mais ayant comme l’une de ses finalités premières d’inspirer les acteurs hospitaliers wallons.

L’innovation en matière d’e-santé, au sein et par les hôpitaux, avait aussi été abordée lors du séminaire 2020 de la communauté du Patient numérique. 

Mathieu Grajoszex, responsable du Digital Medical Hub de l’AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris), était ainsi venu expliquer les raisons de la création de ce “hub”, “dédié à la centralisation et à l’échange d’informations et d’expériences entre médecins, chercheurs, start-ups, techniciens, ingénieurs….”

“Il est né d’un constat”, expliquait-il. “Il subsiste un problème de valorisation des start-ups et un manque d’intégration des solutions technologiques à la prise en charge hospitalière”, souligne Mathieu Grajoszex, responsable du Digital Medical Hub. “On constate également une absence d’évaluation par rapport aux besoins ciblés. Dans le meilleur des cas, les start-ups présentent une solution déjà validée mais il manque toujours un maillon majeur, à savoir creuser la proposition de valeur jusqu’au cas d’usage. Il s’agit d’évaluer et d’expérimenter, afinde sécuriser un projet, le prouver, l’intégrer.”

Constitué en structure pru-ivée, “adossée” à l’AP-HP, le DMH intervient en termes d’apport de conseils, d’expertise (médicale, para-médicale, voire ingénierique), d’aide au positionnement du produit, de dimensionnement du besoin, d’évaluation de son caractère disruptif, de conception conjointe d’une solution clinique soigneusement optimisée, de test et d’évaluation de la solution en situation réelle avec les services cliniques, avec comparaison avec les pratiques pré-existantes.

Des liens vers des start-ups hors-Hexagone ont déjà été noués. La start-up belge Sentis a par exemple pu faire accompagner et tester son produit.

En Suède, dans la région de Göteborg, l’Innovation Platform, un centre de test, de prototypage et de validation pour des produits et projets initiés au sein des hôpitaux, se double d’un fonds qui finance des projets et idées de professionnels de soins.

Autre écho venu d’outre-atlantique lors de ce séminaire: Martin Beaumont, PDG du CHU de Québec-Université de Laval (Canada), soulignait que “les hôpitaux doivent servir de “têtes de pont” afin d’accueillir l’expérimentation d’innovations dans leurs murs et éviter l’effet “vallée de la mort” pour les innovations externes.”

Le besoin d’ancrer l’innovation e-santé au coeur-même des hôpitaux et de lui donner les moyens de se développer était également souligné par Dominique Pon, responsable du numérique en santé pour le Ministère français des solidarités et de la santé, pour qui “la première étape consiste à consolider, à référencer, à soutenir et à mettre en valeur tous ceux qui, dès à présent, s’inscrivent en pointe dans le paysage du numérique en santé – qu’il s’agisse de professionnels hospitaliers ou de responsables de start-up qui galèrent pour trouver un modèle économique tenant la route.

La conduite du changement à l’échelle d’une acculturation d’un groupe humain, quel qu’il soit, commence toujours par récupérer les héros et par les sécuriser, pour ne pas les décourager et les perdre en route. Pour qu’ils soient en mesure, eux-mêmes, d’être les apôtres des visions qu’ils portent depuis longtemps sur le terrain.

Le simple fait de les remettre en lumière crée du désir chez les autres. A partir de là, il devient possible de dérouler des plans de formation, d’améliorer la formation continue… Sans cela, on ne fait qu’arroser le sable avec de l’argent public.”

Enfin, pour Damien Dietrich, secrétaire général du groupe de coordination médicale du Swiss Medical Network, un groupe de cliniques privées suisses, l’innovation médicale participative, en e-santé et medtech, au sein des hôpitaux, passe notamment par deux conditions: “Il faut certes oser faire des pilotes, mais il faut aussi savoir les arrêter quand ils ne vont pas dans le bon sens. Notamment parce qu’il est impossible de disperser les ressources.” 

Il s’agit ensuite de “donner aux hôpitaux les moyens de leurs projets et la capacité d’innover. Il faut des chefs de projets qui soient des soignants, disposant d’un temps dédié pour le faire sérieusement, possédant de vraies compétences. Il faut aussi mettre en oeuvre une vraie gouvernance de l’innovation, valoriser l’intrapreneuriat et veiller à ce que l’environnement soit stimulant.”

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