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Un bachelier IT à orientation santé et sciences du vivant à Charleroi

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Par · 07/09/2021
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L’UCLouvain et l’UNamur viennent de donner officiellement le coup d’envoi, à Charleroi, d’un nouveau bachelier en informatique, spécifiquement dédié ou orienté “Sciences de la santé et du vivant”. Lancement officiel urbi et orbi même si, en réalité, les débuts se sont fait en quasi catimini en 2020 en plein Covid. Compte tenu des circonstances (confinement), la première année fut quasiment un tour pour rien (même si 10 candidats se sont inscrits et ont terminé, envers et contre tout, leur 1ère bac…).

Pourquoi ce nouveau bac “dédié”? Il est né d’un constat d’une pénurie en profils d’informaticiens possédant des compétences, voire affinités, et une réelle compréhension des enjeux de la “bio” (soins de santé, biotech…). “Le corps médical, les scientifiques et professionnels de l’IT seront de plus en plus amenés à travailler ensemble, puisque les médecins de demain utiliseront toujours plus de données numériques”, raisonnent les initiateurs de ce bac. “Il s’agit de répondre à la demande croissante des entreprises pour recruter des informaticiens spécialisés dans la gestion de données biologiques et la mise en place d’algorithmes d’IA dans le diagnostic et la recherche médicale.”

Thibault Helleputte, fondateur et patron de la start-up DNAlytics, l’exprime dans des termes voisins: “L’industrie de la santé, c’était jusqu’ici des profils en médecine, pharma, etc. Désormais, on ne saurait plus faire abstraction de l’importance capitale des données et des data sciences. Que ce soit par exemple pour le développement de nouveaux produits, pour les diagnostics médicaux basés sur l’intelligence artificielle, pour l’analyse des données en vue de gérer et d’améliorer les chaînes de production – pour mieux ancrer encore l’emploi du secteur en Wallonie, ou encore pour l’analyse des données de santé publique, comme les 18 derniers mois nous l’ont amplement démontré…”

Pénurie de bio-informaticiens

Pas de chiffres concrets avancés par les pères de ce bac mais le constat que le marché, au quotidien, émet des signaux de pénuries en profils d’informaticiens “aptes à parler le langage des sciences de la santé et de la vie et démontrant une réelle compréhension pour ce secteur”. Dixit Vincent Blondel, recteur de l’UCLouvain.

Pénurie non chiffrée (officiellement) mais dont on peut déduire l’importance en mettant en relation les chiffres globaux d’Agoria et l’importance du secteur biopharma/santé pour l’économie wallonne (sinon belge).

Une pénurie confirmée par les acteurs économiques et industriels – tant du côté des sociétés traditionnelles que des start-ups – mais aussi par le monde médical et hospitalier (recherche comprise).

Trois partenaires

Le nouveau bac est organisé et animé en duo par l’UCLouvain et l’UNamur, avec la participation active, en termes de mise à disposition de l’infrastructure et de ressources humaines, de la HELHa (Haute Ecole Louvain en Hainaut) à Montignies-sur-Sambre.

Environ trois-quarts des professeurs viennent de l’UCLouvain (enseignant donc à la fois à Louvain-la-Neuve et à Charleroi), pour des matières telles qu’informatique, mathématiques, chimie, biologie…

L’UNamur contribuera de son côté via, notamment, des professeurs en IT, ou encore pour les cours à orientation davantage juridique ou médicale.

Parmi les professeurs, un “petit nouveau”: Sébastien Jodogne qui a lâché les rênes d’Osimis pour se consacrer à cette nouvelle carrière. A temps plein. Charge lui est donnée de donner des cours de sciences informatiques appliquées aux sciences de la vie.

Cette année, il donnera donc notamment des cours touchant au langage Java, à la programmation, avant sans doute d’ajouter, l’année prochaine, d’autres matières davantage orientées bio-informatique.

Sébastien Jodogne: “Avec le nouveau bac, nous voulons inverser l’approche. Jusqu’à présent, les spécificités de la bio-informatique et les cours qui y ont trait, en ce compris la science des données, l’éthique, le management humain, étaient enseignées en master parce que c’est considéré comme une spécialisation. Ici, en proposant ces cours dès les années de bac, nous en faisons le socle”.

Programme multidisciplinaire et pédagogie active

De par son orientation, le bac combine des cours IT/technologie et des cours davantage orientés santé/sciences de la vie. Comme le montre (mieux qu’une longue explication) le tableau ci-dessous, les matières co-existent selon un équilibre quasi parfait. Le “menu” proposé tout au long des trois années (une année étant désigné sous le terme de “bloc” dans le tableau), l’informatique y occupe certes une place de choix mais il en va de même pour l’acclimatation à des domaines santé/biosciences, voire à des thématiques plus transversales et “soft”: statistiques, droit et éthique, pensée critique, gestion de projets et de personnes (en ce compris l’art de “communiquer à destination des patients ce que signifient les contenus ou signaux révélés par des jeux de données”).

A l’issue de ces trois années de bac, les étudiants pourront directement accéder à des masters – que ce soit en sciences informatiques, en cybersécurité ou en sciences des données. En Belgique… ou à l’étranger. Pour des débouchés professionnels potentiellement très nombreux. Que ce soit comme entrepreneurs, “data scientist”, bio-statisticiens, chercheurs ou professionnels de la santé fourrageurs de données et manieurs d’algorithmes, concepteurs de modèles de systèmes biologiques…

Le modèle pédagogique que suivra le programme est celui qu’applique l’Ecole Polytechnique de l’UCLouvain: “pédagogie active, apprentissage par projet et pratique en laboratoire”. Le principe est de contextualiser et d’ancrer le plus possible l’enseignement dans du concret.

Exemples? “En chimie, on peut par exemple proposer aux étudiants de plancher sur un projet de conception de raquette de tennis faisant appel à des matériaux nouveaux. En informatique, cela passe par exemple par le développement d’applications.”

Par ailleurs, chaque quadrimestre, un projet “plus fédérateur” est proposé, “qui doit répondre à la problématique d’une entreprise ou d’un acteur de terrain. Le but n’est évidemment pas, ce n’est pas notre place, de résoudre le problème d’une entreprise mais de le comprendre. Et ce projet est alors traduit, adapté par le corps enseignant, de telle sorte qu’il puisse être une matière d’apprentissage pour les étudiants”.

Charleroi, en raison du (nouvel) ADN de la région

C’est loin d’être la première fois que l’UCLouvain et l’UNamur font cause commune pour organiser de concert des cursus. Comme le soulignait Naji Habra, recteur sortant de l’UNamur, la raison en est (au moins) double: une proximité géographique et la quête d’une complémentarité des formations – “la rationalisation s’impose en raison du caractère fermé de l’enveloppe” disponible du côté de la Fédération.

Mais pourquoi avoir choisi comme lieu d’hébergement des formations bac IT/biosciences à Charleroi? Vincent Blondel en énumère les raisons:
– “l’importante proportion de jeunes dans la région de Charleroi
– un taux d’accès aux études supérieures qui est en-deçà de la moyenne du reste de la Wallonie ou de la Fédération Wallonie-Bruxelles, accès qu’il s’agit donc de renforcer ainsi que les perspective d’emploi
– les biosciences qui constituent un écosystème important à Charleroi, avec un fort  développement du big data médical dans la région
– et la volonté de contribuer au développement de Charleroi.”

Concernant ce dernier argument, Philippe Declercq, directeur de la HELHa, souligne que le nouveau bac est un premier jalon, qui sera suivi d’autres, dans une perspective et des ambitions plus larges des trois acteurs d’enseignement, dans le contexte de la création d’un pôle d’études supérieures et universitaires à Charleroi, en 2025, qui devrait compter quelque 4.500 étudiants.

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