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MoLearning: un projet de plate-forme e-learning plus “soft”

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Par · 29/03/2021
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Depuis l’automne dernier, une équipe de quatre personnes de MolenGeek, en collaboration étroite avec des enseignants et des élèves d’une école de l’entité (l’Athénée Royal du Sippelberg), planchent sur le développement d’une plate-forme d’e-learning un peu spéciale destinée à l’enseignement.

Spéciale parce qu’en dehors des fonctionnalités et contenus classiques que proposent généralement ce genre de plates-formes, l’idée est d’en faire un outil de vie, de médiation et de lutte contre le décrochage (socio-)scolaire. Cela passe par une dimension de gamification (mais pas “pour le plaisir de”) et par une foule de petits détails et possibilités qui tiennent compte des attentes réelles tant des élèves que des enseignants.

MoLearning, c’est son nom de baptême, est pour l’instant encore en phase de test (auprès des premiers intéressés) mais devrait, au cours des prochains mois, passer à la vitesse supérieure: extension des tests en situation réelle pour “plusieurs écoles, appartenant à différents réseaux et filières, afin de vérifier si la plate-forme répond à un maximum de réalités de terrain”, souligne Ibrahim Ouassari, co-fondateur et directeur de Molengeek. Lancement effectif prévu pour la rentrée.

MoLearning. En co-développement avec enseignants et élèves

L’idée de MoLearning est née d’un constat fait sur le terrain. Laissons ici la parole à Ibrahim Ouassari…

“Par le passé, MolenGeek avait déjà collaboré avec des écoles afin de faciliter leur accès à la technologie et encourager les enseignants à s’approprier davantage le numérique. Chemin faisant, nous avons constaté un manque de matériels mais aussi de connaissances des outils du côté des professeurs. Raison pour laquelle nous avons fait un appel à dons de PC et nous avons organisé des formations. Par exemple à l’usage de la vidéoconférence, au partage de documents, à la pédagogie en mode virtuel…

Lorsque la crise sanitaire a frappé, on s’est également rendu compte que les outils dont disposaient les enseignants n’étaient pas adaptés pour les besoins des écoles. Certaines ont eu recours à des solutions du genre Microsoft Teams mais qui sont conçues pour les entreprises, pas pour la réalité de l’enseignement…”

MolenGeek est alors passé en mode “brainstorming” avec des enseignants et des élèves de l’Athénée Royal du Sippelberg (à Molenbeek), un établissement d’enseignement secondaire dit d’éducation prioritaire (milieu populaire, plus fragile, en difficulté sociale…). L’objectif était d’imaginer une “plate-forme pouvant procurer les outils traditionnels – contenus de cours, correction de travaux… – mais qui offre davantage qu’un e-learning traditionnel.”

Gamification

L’idée est d’intéresser et de motiver davantage les élèves, en particulier – mais pas exclusivement – ceux rencontrant des problèmes d’apprentissage ou des difficultés socio-économiques, à suivre les cours et à s’y impliquer. Pour l’Athénée, la plate-forme devait par exemple devenir un outil favorisant l’assiduité et minimiser l’absentéisme ou le décrochage – des phénomènes d’autant plus probables quand l’enseignement se fait à distance.

Le fait d’ailleurs que l’e-learning ne disparaîtra pas forcément, une fois la crise sanitaire terminée, prenant sans doute plus de place dans les habitudes et les horaires, est un argument supplémentaire, aux yeux de l’équipe de MolenGeek, d’introduire ce volet “gamification/soft motivation” dans le scénario d’une plate-forme d’e-learning…

L’école et le professeur demeurent aux commandes pour l’attribution classique de points et d’évaluations mais d’autres “dimensions” de valorisation viennent s’y ajouter.

Chaque élève peut se choisir un avatar qui change de physionomie en fonction des notes obtenues, des exercices effectués, de la régularité de “présence” (en-ligne dans l’état actuel des choses), de la ponctualité de l’élève (suivi des cours en direct, remise des travaux à temps) et de son investissement en classe. 

 

Ibrahim Ouassari (MolenGeek): “La gamification permet d’appliquer le principe des points gagnés autrement, qui permettent de mieux s’accrocher”.

 

Pour certains de ces éléments (présence, ponctualité), les fonctions de la plate-forme collectent automatiquement les données et proposent donc les points correspondants, que l’enseignant valide. Un exemple…

Pour “noter” la présence, c’est la plate-forme qui peut déterminer si un élève s’est connecté. Ce qui ne veut pas dire nécessairement qu’il soit bel et bien derrière son écran et attentif! Dès lors, pour les cours qui doivent être suivis en direct, le professeur peut, pendant le cours, envoyer aléatoirement un message, une question, à l’élève qui aura un nombre limité de secondes pour répondre. En cas de silence trop long… il est automatiquement déconnecté. Il sera à nouveau considéré comme présent et noté comme tel par la plate-forme (avec validation par l’enseignant) dès l’instant où il se reconnectera… 

Sami Hajji (Molengeek): “Créer une plate-forme, un espace pour impliquer davantage les jeunes, faciliter la discussion, passer outre l’hésitation qu’il y a toujours à dire “je ne vais pas bien”.

Pour évaluer l’implication dans le quotidien de formation, les points peuvent être gagnés par exemple en proposant une activité extra-scolaire. A terme, on peut imaginer qu’un système permettant de valider une aide qu’un élève aurait apportée à un autre, dans le cadre d’un cours, soit également une manière de prouver sa motivation et son implication et dès lors de gagner des points et de faire évoluer son avatar.

Les paliers de l’évolution “physiologique” des avatars sont encore assez minimalistes pour l’instant mais devraient s’enrichir au fur et à mesure que la plate-forme MoLearning sera développée. Le but sera par exemple d’animer l’avatar. Ou d’imaginer d’autres animations graphiques visant à encourager et/ou féliciter l’élève. Pour l’instant, il devrait encore se contenter par exemple d’une pluie de confettis à l’écran s’il rentre un travail à temps… “On réfléchit par exemple aussi à la possibilité de faire défiler des messages d’encouragement venant des professeurs”, déclare Sami Hajji, l’un des développeurs de la plate-forme. 

Pour l’instant, neuf paliers sont prévus, avec des ajouts de caractéristiques cosmétiques et la possibilité, dès que le niveau 5 est atteint, d’échanger un stock de points gagnés contre un petit compagnon pour l’avatar.

Gamification aussi pour les profs…

Les enseignants, eux aussi, ont droit à un avatar. Son l’évolution au fil du temps dépendra bien entendu d’autres paramètres. L’enseignant engrange des points à mesure qu’il corrige exercices et travaux. “Pour ne pas pénaliser les professeurs qui donnent moins de cours ou ont moins d’élèves suivant les cours en question, un recalcul objectif sera fait manuellement en fin de trimestre.”

Pour le reste, la plate-forme permet à un enseignant de gérer ses cours, leurs contenus, les exercices et travaux demandés, de les modifier, de gérer les classes et groupes auxquels il enseigne, de partager (s’il le désire) ses cours avec d’autres professeurs (qui seront ou non autorisés à participer à leur contenu).
Il peut aussi visualiser et tenir le décompte des travaux et exercices reçus, validés, non remis, les coter et publier les notes (pour chaque élève, cours par cours).
Petite fonction utile dans le cadre d’une plate-forme utilisée en distanciel par plusieurs professeurs qui n’ont pas de vue immédiate (et/ou pas le temps d’aller vérifier systématiquement): un professeur, lorsqu’il demande un travail, en dehors des cours, à ses élèves peut encoder la durée de travail qu’il y assigne pour l’élève, avec les délais demandés. Le système tient alors le décompte de cette charge de travail à assumer, élève par élève, et génère une alerte indiquant un trop plein de travail si un autre enseignant demande la remise d’un travail, pendant le timing imparti, qu’il serait impossible à l’élève d’assumer. Le professeur en question devra alors… revoir sa copie. “On veut ainsi résoudre un problème qui a été vécu sur le terrain: parce que les enseignants ne se coordonnent pas, le quota de travail demandé pose parfois problème…”

Côté plus traditionnel

L’essentiel du contenu et des fonctionnalités de la plate-forme MoLearning est plus traditionnel: horaire des cours, table des matières des cours, accès aux contenus créés par les professeurs, fichiers, vidéos et liens partagés par eux, travaux à rendre, outil de vidéoconférence pour accès, à toute heure du jour (ou de la nuit) à des contenus en parallèle aux cours (l’outil qu’a choisi d’intégrer MolenGeek est Jitsi)… A noter que cet espace de vidéoconférence est ouvert à tous – sur invitation du professeur.

Espace de confiance

Dans un espace sécurisé, baptisé Buddy, chaque élève a la possibilité de renseigner son humeur tout au long de la semaine – comment se sent-il, que vit-il au quotidien, comment perçoit-il son programme de cours, la difficulté d’un cours particulier… La notification se fait, au choix, via simple symbole graphique (nuage, soleil, pluie) ou par encodage d’un petit texte. 

Une case à cocher et un espace de commentaire spécifique permettent à l’élève de demander à être contacté par une personne compétente de l’établissement. Autrement dit, par exemple, par le professeur, si sa question ou son mal-être concerne un cours, par un éducateur ou le psychologue de l’école, si cela concerne son état d’esprit.

La collecte des humeurs et des commentaires “permet aussi à un professeur d’adapter éventuellement son cours. Il pourra aussi mieux remettre en contexte des résultats devenant soudain moins bons chez tel ou tel élève”, souligne Ibrahim Ouassari.

Côté sécurité…

En termes de sécurité et de confidentialité des données, la plate-forme MoLearning a prévu différents niveaux de garantie.
Les serveurs seront situés sur le sol belge, soit hébergés dans un centre de données situé à Bruxelles, soit, si l’école le désire, dans ses propres murs. “Une école peut préférer conserver toutes les données chez elle. Dans ce cas, on créera un NAS dédié sur son infrastructure”, précise Ibrahim Ouassari.
Les données qu’échange chaque élève (avec le professeur ou d’autres personnes de l’établissement) demeurent évidemment privées et personnelles. L’accès à l’espace personnel de chaque élève se fait par identifiant et mot de passe. Un professeur ne verra que les données des élèves auxquels il donne cours. De même, il ne verra pas la matière et les documents de ses collègues (sauf si ces derniers la partagent avec lui). Par ailleurs, seulement deux ou trois systèmes (PC, portable, smartphone) sont associés à chaque compte d’élève. “Si un système supplémentaire tente d’accéder à son espace, à ses données, même en utilisant le bon mot de passe, une alerte sera générée. La plate-forme enverra alors un courriel à l’élève pour vérifier que c’est bien lui qui essaie de se connecter et non une personne non autorisée.”

Via l’espace Buddy, chaque élève peut consulter l’annuaire complet du personnel de l’école, pour adresser un message à un professeur, à un éducateur, au centre PMS, voire même au directeur de l’établissement.

“La messagerie de cet espace sécurisé a été imaginée comme un premier pas pour un contact direct éventuel entre l’élève et le référent. Les jeunes ont plus de facilité à discuter en ligne. Pousser sur un bouton permet de passer outre l’hésitation qu’il y a toujours à dire “je ne vais pas bien”. C’est plus facile pour eux de discuter via messagerie”, témoigne Sami Hajji. 

Ce à quoi Ibrahim Ouassari ajoute que le but reste toujours de favoriser si possible la rencontre réelle entre l’élève et le professeur (ou tout autre professionnel) qui peut l’aider. “Mais la messagerie permet aussi d’éviter les problèmes de confidentialité qu’implique la mise à disposition d’une adresse mail. Cela permet aussi de dialoguer avec un élève qui évolue peut-être dans un environnement où il ne bénéficie pas de la discrétion, ou de l’intimité nécessaire.”

L’espace Buddy propose également une bibliothèque de liens vers une série d’organismes externes à l’école auxquels il peut s’adresser ou dont il peut consulter les informations pour ses besoins extra-scolaires. Par exemple en cas de harcèlement, pour s’informer sur les risques d’Internet, pour de l’aide aux mineurs… MolenGeek a répertorié et inclus dans son répertoire une série d’organismes et d’associations, liste que chaque école pourra compléter. On y trouve par exemple les coordonnées et des liens vers Child Focus, la Croix-Rouge, CyberSquad, SOS Enfants ULB, la Maison des Jeunes de l’entité… 

Prochaines étapes

Comme déjà indiqué, la plate-forme que l’équipe de MolenGeek affirme déjà très stable poursuit son parcours de tests – auprès des enseignants et élèves de l’Athénée Royal du Sippelberg mais également comme outil déjà utilisé par MolenGeek lui-même.

Dans l’immédiat, “trois ou cinq” écoles, appartenant à différents réseaux et filières d’enseignement, devraient rejoindre le pool de test.

Dans le même temps, le contenu et les fonctionnalités de la plate-forme devraient continuer à évoluer, avec l’arrivée de nouveaux outils ou potentiels: inclusion d’outils très utilisés par les jeunes (par exemple pour des échanges via Snapchat), nouveaux niveaux d’évolution pour les avatars (qui pourraient devenir animés), section Bonnes pratiques, conseils pour une utilisation sécurisée d’Internet…

Plate-forme d’e-learning, MoLearning ne sera pas un outil “100% en-ligne ou rien”. “C’est une plate-forme d’hybridation de l’enseignement”, raisonne Ibrahim Ouassari. “Elle sera également utilisable en présentiel, après le Covid… Chez MolenGeek, nous ne croyons d’ailleurs pas au 100% digital. L’apprentissage est quelque chose qui diffère et dépend de chacun, selon ses inclinations, son potentiel de motivation.

Ibrahim Ouassari (Molengeek): “L’e-learning a amené beaucoup de choses positives: autonomie, responsabilisation des élèves, organisation du travail en groupe…”

Il n’en reste pas moins que l’e-learning a amené beaucoup de choses positives: autonomie, responsabilisation des élèves, organisation du travail en groupe… Même par des canaux tels que Discord… 

Une fois le confinement terminé, MolenGeek continuera de proposer des formations en e-learning que les apprenants pourront effectuer, certains jours, de chez eux ou d’un espace de coworking par exemple.

Pour ce qui est des écoles, je crois dans l’intérêt qu’il y a à donner la possibilité aux élèves de travailler de chez eux, ou d’un autre espace de travail mais sans la présence d’un professeur, selon leur rythme. C’est notamment le moyen pour eux de développer des soft skills. L’école, elle-même, peut en retirer des avantages. Par exemple, en faisant valoir la possibilité pour un élève qui travaille ou qu’elle désire encourager [en guise de récompense ou d’appréciation] de pouvoir travailler un jour par semaine au départ de chez lui. Cela amènera à d’avantage d’autonomisation des élèves…” 

Pour ce qui est d’un soutien potentiel des autorités à l’initiative de MolenGeek, des contacts ont été noués avec le cabinet de la Ministre de l’enseignement Caroline Désir et avec Julien Nicaise, administrateur général de WBE (Wallonie-Bruxelles Enseignement).

Du côté de la ministre, le contact concerne plus précisément le groupe d’experts constitué avec pour charge de procéder à l’évaluation des différentes solutions d’enseignement à distance qui auront été utilisées pendant le(s) confinement(s) et en tirer des leçons. Potentiellement, pour mettre un peu d’ordre, recommander des plates-formes ou solutions mieux adaptées aux exigences de l’enseignement et dégager quelques bonnes pratiques…

Côté WBE, des contacts ont été noués par MolenGeek avec les concepteurs de la plate-forme d’e-learning WBeschool, basée sur Moodle. Objectif: échanger et dégager d’éventuelles bonnes pratiques communes. Voire même pallier à certains éléments bloquants qu’impose le choix Moodle…

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