SRIW: nouveaux critères d’analyse des dossiers d’investissements

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Par · 16/10/2019

Alors qu’elle fête ses 40 ans d’existence (voir encadré plus loin dans l’article), la SRIW – instrument public de financement du développement économique wallon – dévoile un nouveau plan stratégique quinquennal placé sous le signe d’un “approfondissement” de certaines politiques et activités de financement et d’accompagnement. Pas de réorientation profonde mais une volonté de rechercher plus d’“efficacité”. Autrement dit, de tendre à un effet de levier et de démultiplication plus manifeste pour un développement amélioré et accéléré des pans, secteurs d’activités et acteurs aidés (ce que Willy Borsus, nouveau ministre de l’économie et du numérique, appelle la “densification de la croissance”).

Au-delà de ce qu’on ne peut que considérer que comme une saine volonté – plus d’efficacité dans les actions de financement et d’accompagnement -, l’exercice de “redéfinition” de la stratégie commencé en mars de cette année a voulu tenir compte de l’impact de trois phénomènes transformant en profondeur l’économie – défis énergétiques et climatiques, transformation numérique, percée et promesses de l’économie circulaire.

Le passage par la case élections et Déclaration de Politique régionale n’a pas remis en question, affirment les responsables de la SRIW, les décisions prises mais a au contraire confirmé le schéma élaboré.

Quel est-il?

Que ce soit pour les décisions de nouvelles interventions ou pour le suivi des dossiers de sociétés déjà en portefeuille, la SRIW recourra à un prisme supplémentaire d’analyse évaluant la présence et le poids de ces trois dimensions – transition énergétique, révolution numérique et économie circulaire – dans les stratégies et projets des sociétés demanderesses. Sans oublier une quatrième dimension: leur volonté et leurs ambitions de croissance à l’international.

En cas d’absence de volonté ou de stratégie en ce sens, on peut donc supposer que le couperet tombe dans certains dossiers…

Screening et quick scans

“Plus encore que par le passé, nous challengerons les entreprises par rapport à leur volonté de croissance, d’innovation et de disruption et nous procéderons, à destination tant des sociétés en portefeuille que de celles déposant un dossier, à un exercice de type quick scan afin d’évaluer leur dynamisme par rapport aux transformations énergétique, numérique et circulaire”, déclare Olivier Vander Elst, directeur général de la SRIW.

“Il est essentiel pour les entreprises de faire évoluer leurs activités et leur modèle en fonction de ces trois transitions.” Le raisonnement étant que sans une ou plusieurs de ces transitions, les entreprises ne peuvent espérer réussir dans le contexte actuel ou futur…

Il s’agira dès lors évaluer si elles en ont pris conscience, ont élaboré des plans et stratégies, pris des mesures concrètes ou veulent le faire, et comment elles se situent par rapport à des benchmarks. Objectif pour la SRIW: évaluer ces différents paramètres, juger des besoins et maturité des entreprises, proposer voire co-élaborer des plans d’actions.

Comment ce travail d’évaluation et d’incitation sera-t-il effectué? “Nous avions déjà une sorte de démarche allant dans ce sens mais elle était empirique, non systématisée”, reconnaît Olivier Vander Elst.

A l’avenir, des questionnaires de sensibilité seront utiliser pour procéder à l’évaluation dans les trois dimensions concernées. “Si nous en dégageons suffisamment d’indicateurs de volonté manifeste, un diagnostic plus poussé sera effectué afin de guider un investissement dans une ou plusieurs des dimensions.”

A noter que les évaluations pourront se faire en puisant dans les compétences de sociétés participées évoluant dans le même secteur ou domaine que celles à évaluer, de telle sorte à bien cerner les spécificités et contraintes sectorielles.

7 nouvelles “plates-formes”

Face à l’émergence de certains secteurs, d’orientations économiques nouvelles ou encore de nouveaux “comportements” d’investissement, la SRIW veut par ailleurs diversifier sa démarche. Tout en préservant un noyau dur d’actions classiques, conformes à son profil d’investisseur généraliste, qui continuera sans doute à constituer la majorité de ses interventions, de nouveaux modes d’investissements, plus spécialisés, font leur apparition.

La SRIW en quelques chiffres

En 40 années d’existence, la Société Régionale d’Investissement de Wallonie c’est:
– des investissements à hauteur de 3,6 milliards d’euros, dont 1,5 milliard pendant les 10 dernières années
– 1.400 sociétés financées, dont une cinquantaine dans les technologies IT et le numérique – à l’heure actuelle, son portefeuille compte encore 411 sociétés (200 en capital, 211 sous forme de prêt)
– 125.000 emplois soutenus
– un bénéfice cumulé de 1,025 milliard
Chiffres (prévisionnels) pour 2019
200 millions d’investissement ; 20 millions de revenus d’intérêt, 55 millions de dividendes, plus-value de 28 millions

“Nous restons fidèles et continuons de nous appuyer sur nos points forts historiques qui sont notamment un ancrage régional, une politique d’investissement à long terme, une expertise sectorielle, une action de support à la transformation des entreprises et des approches spécialisées. Mais nous y ajoutons des “plates-formes” d’investissement mettant en oeuvre des critères plus spécifiques de décision d’investissement, des formules de soutien dédiées, des modes d’accompagnement particuliers…”

Les caractéristiques et contraintes de certains secteurs ou technologies donneront ainsi naissance à de nouveaux modes et parcours d’intervention. Cela concerne des secteurs tels que les sciences de la vie, les deep tech (technologies numériques spécialisées correspondant à des innovations de rupture), les infrastructures énergétiques… 

“Ces nouvelles “plates-formes” ne sont pas forcément de nouvelles structures, n’impliqueront pas  de coûts opérationnels supplémentaires mais seront des véhicules fonctionnant selon d’autres modalités que le modèle généraliste appliqué jusqu’ici”, souligne Olivier Vander Elst.
Ainsi, au rayon Deep Tech, c’est W.IN.G qui sera à la manoeuvre mais avec des modalités d’action et des moyens reforrmulés. Sans forcément abandonner l’aide aux start-ups ou scale-ups numériques “généralistes” (B2B et/ou B2C), le fonds ajoute un important pan deep tech à son ordre de mission, touchant des sociétés innovant en matière d’intelligence artificielle, de capteurs, de semiconducteurs, de solutions spatiales, de matériaux de pointe…

Exemples de paramètres à respecter dans l’évaluation des interventions: la durée de l’intervention, la pré-existence d’une propriété intellectuelle et de brevets, la solidité d’un réseau d’experts, le caractère disrupteur et/ou innovant, la durée de mise sur le marché… Les durées et ampleurs d’investissement seront potentiellement plus importantes que dans les schémas de financement pratiqués jusqu’ici par W.IN.G.

Olivier Vander Elst (SRIW): “W.IN.G. – avec son capital de 60 millions – dispose actuellement de moyens en suffisances pour couvrir la dimension deep tech. Même si les investissements à consentir seront sans doute plus importants. Seulement 10 millions ont été “consommés” à ce jour. On peut donc assumer cette évolution…”

 

Autre secteur bénéficiant d’une “plate-forme” (approche) spécifique: les sciences de la vie, englobant notamment l’e-santé. Dans ce domaine, les interventions de la SRIW pourront se faire en commun avec un fonds spécialisé, avec sollicitation d’une réserve d’experts et de points de contact (pour aide à la gestion, recherche de financement, études cliniques, évaluation de la qualité…).

Autre axe nouveau: un mécanisme d’appel à projets. Objectif: “anticiper de nouveaux marchés pour y positionner des acteurs locaux comme early players (précurseurs)”. La prise de risques financiers, via des instruments demeurant toutefois classiques, y sera sans doute plus importante. La SRIW envisage “au moins un appel à projets” (thématique) par an. Un peu sur le modèle de l’appel à projets Retraitement des plastiques initié par le précédent gouvernement. “Cela a permis de donner naissance à un début de filière aux retombées économiques intéressantes pour la Région”.

Déploiement échelonné

Le choix de ces sept nouveaux leviers d’action (nouveaux ou reformatés, en fait) a été posé. Reste à les déployer… Leur activation ne se fera pas nécessairement en une seule fois, précise-t-on à la SRIW. “L’étape suivante consistera à décider d’ici la fin de l’année, au niveau du conseil d’administration de la SRIW, d’un plan pluri-annuel d’activation de ces sept plates-formes.”