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BeCode: dédoublement à Charleroi, ouverture à Liège avant fin 2018?

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Par · 11/06/2018
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L’école de programmation BeCode, qui s’adresse à un public d’apprenants constitués essentiellement de chômeurs et de personnes, jeunes ou non, en décrochage sociétal (les “NEET” – “not in education, employment or training”), devrait être un peu plus présente sur la carte de Wallonie d’ici la fin de l’année. Une classe BeCode avait déjà pris ses quartiers au Quai 10 à Charleroi. D’ici la fin 2018, elle sera dédoublée tandis qu’une antenne ouvrira à Liège, démarrant d’emblée avec deux classes (de 25 participant(e)s chacune).

“Il y a suffisamment de marque d’intérêt préalable pour que nous dédoublions d’emblée à Liège. Cela facilitera en outre la constitution de classes hétérogènes”, déclare Cédric Swaelens, COO de BeCode. Par “hétérogène”, il désigne en fait le panachage de profils des apprenants. C’est en effet là une caractéristique de la méthode BeCode, calquée sur celle de l’équipe Simplon française dont elle est une franchise. Dans les classes, les jeunes y côtoient des personnes plus âgées; des non-diplômés y croisent des chômeurs; des personnalités discrètes y côtoient et y travaillent de concert avec des personnalités plus “assertives” ou ayant la fibre d’un leader…

Cédric Swaelens (BeCode): “Nous avons trois publics-cible en décrochage: les drop outs de 18 à 25 ans, les plus âgés en reconversion professionnelles, les femmes. Et c’est là quelque chose de nécessaire pour rééquilibrer le monde de l’IT qui est encore tellement marqué par les stéréotypes. Du genre, un informaticien, c’est un jeune, blanc, d’un certain niveau social.”

Comme c’est le cas avec les antennes déjà existantes et comme le veut le modèle financier de BeCode, le financement viendra pour partie du privé et pour partie des autorités publiques. Le dédoublement de la classe de Charleroi est déjà financé dans la mesure où la mise de fonds initiale dont a bénéficié BeCode voici plus d’un an (voir note de base de page) lui assure une première pérennité.

Une fresque réalisée, sur le site de BeCode à Bruxelles, par l’artiste Poppi Milli. Se former et croître, c’est quoi?…

Par contre, la poursuite future des activités à Charleroi, l’ouverture de Liège, et celle, éventuelle, d’autres antennes, supposera de nouveaux apports financiers.

Côté privé, même si on ne peut pas encore citer les noms (les conventions n’ayant pas encore été signées), plusieurs sociétés se sont engagées à supporter les nouveaux BeCode. Et la Région wallonne, sur base de cet apport du privé, apportera sa contribution (a priori majoritaire).

La promesse en a été faite, courant mai, par le Ministre Pierre-Yves Jeholet en visite au BeCode de Charleroi. « Vu le taux de chômage important et la demande du marché digital, l’avantage d’une telle formation est double”, y déclarait-il.

“Les moyens publics doivent être réorientés vers de tels outils. Les agents de formation, tout comme les entreprises, doivent mieux cerner et définir les besoins du marché. Il existe un public de NEET, en décrochage, sans diplôme et sans boulot qui peut se relancer via BeCode. Voilà pourquoi, cette année, nous allons dédoubler la classe de Charleroi et créer un campus à Liège. Je suis également ouvert à une multiplication dans d’autres centres urbains comme Namur, Tournai, Mons et La Louvière”.

Le choix des ancrages locaux

Comment BeCode décide-t-elle des implantations qu’elle désirerait ouvrir sur le territoire, non seulement wallon mais belge en général? “Nous observons quels sont les besoins du marché, les taux de chômage. Mais l’un des critères est aussi la volonté du privé et du secteur public d’accueillir notre initiative.

A lire par ailleurs, notre dossier Enseigner les compétences numériques? Comment, quand, jusqu’où? dans lequel nous faisons le point sur ce qui se prépare au niveau des autorités publiques et passons en revue une série d’initiatives et de réalisations de terrain: SiCarré, Kodo Wallonie, CoderDojo, BeCode, EduCode, Class’Code. Parmi d’autres…

A Charleroi, par exemple, le Plan CatCh (Catalyst 4 Charleroi, plan de l’après-Caterpillar) nous a ouvert de nombreuses portes. Nous avons eu aussi un accueil favorable du côté du Forem.”

Quelles pourraient être les prochaines implantations, après Liège? Pas de choix encore mais quelques noms de villes sont cités: Mons, Namur, Louvain, Anvers, Genk, Ostende… Si l’intérêt se manifeste et se concrétise.

A noter que si la méthode et le déroulé du programme de formations sont identiques dans toutes les antennes, le type de formation procurée dépend en partie des besoins détectés auprès des entreprises de la région.

Une différence est par exemple déjà notée entre Bruxelles, Charleroi et Gand. “A Bruxelles, les entreprises sont davantage demandeuses de nouvelles technologies – telles que le blockchain. C’est aussi le cas en Flandre. A Charleroi, il s’agit plutôt de php, de développement de sites Internet et d’applications Web.”

Mission: (re)mise à l’emploi

C’est à la fois le but recherché et un argument par rapport aux pouvoirs publics, sollicités pour co-financer l’initiative: former des personnes de tout âge – de 18 à 55 ans -, leur procurer des compétences en informatique (développement de site, d’applications Internet et mobiles) afin de les (ré)insérer dans la vie active.

“Nous avons un engagement clair: six mois après la fin des stages, nous devons pouvoir faire état d’un score de 80% de (re)mise à l’emploi”, souligne Cédric Swaelens. “Et nous procédons à une évaluation régulière – après 6, 9 et 12 mois – notamment pour améliorer notre méthode.”

Cédric Swaelens (BeCode): “Nous apportons aux entreprises des profils qu’elles ne trouvent pas sur le marché classique, soit parce que les ressources traditionnellement disponibles ne connaissent pas les outils dont elles ont besoin, soit qu’elles ne présentent pas les bonnes qualités comportementales.”

Score réussi pour la première promotion ayant terminé la formation (deux classes à Bruxelles). “Les signes sont encourageants pour la deuxième, avec des personnes qui ont déjà été engagées avant même la fin de la formation”. A noter que la première promo Charleroi termine en septembre.

En argumentant sur ce rôle de mise à l’emploi, BeCode vise à réaliser un équilibre parfait (50/50) entre financement public et privé. Ce qui n’est pas encore chose acquise, pour cause de processus en démarrage, de différences localo-régionales et de degré d’engagement actuel du privé et du public.

“Nous visons un budget 50/50 public/privé. Argument pour le secteur public: notre philosophie est la remise à l’emploi. Argument pour le secteur privé: nous lui apportons des profils qu’il ne trouve pas sur le marché classique, soit parce que les ressources traditionnellement disponibles ne connaissent pas les outils dont les entreprises ont besoin, soit qu’elles ne présentent pas les bonnes qualités comportementales.

Nous formons les apprenants pour du travail en groupe, leur inculquons des soft skills, les préparons à apprendre sans cesse de nouvelles technologies. Ils sont directement employables sans onéreuse formation complémentaire de plusieurs mois une fois qu’ils intègrent les rangs d’une entreprise.

Et BeCode réévalue à la fois sa pédagogie et les besoins des entreprises tous les trois mois, tant les choses évoluent rapidement.”

Dans son rôle de “levier d’emploi”, BeCode intercède auprès des autorités publiques (par exemple, le Forem, Bruxelles Formation ou le VDAB pour les demandeurs d’emploi) et gère les dossiers afin que les apprenants qui intègrent l’école de code pour une durée de 6 mois ne perdent pas leurs droits au chômage. “Nous avons un deal. Nous signons pour eux un premier contrat valable un mois, une sorte de période d’essai qui permet de déterminer si la formation BeCode leur convient réellement, s’il y a de réelles chances qu’ils aillent jusqu’au bout. Même s’ils abandonnent pendant ce premier mois, ils ne seront pas sanctionnés par une suppression de leur allocation de chômage.”

BeCode ne se veut par ailleurs pas un “attrape-tout”. Au contraire, toujours dans une optique de collaboration en “bonne intelligence” avec les pouvoirs publics et les autres organes de formation, l’école trie et réoriente. 

Les apprenants s’activent dans la classe « Ada Lovelace” du site bruxellois de BeCode

“En cours de processus de sélection, nous pouvons déterminer le type de formation, de parcours ou de réorientation dont ont besoin les personnes qui nous approchent. Il s’agit parfois de personnes qui ont besoin de quelque de plus scolaire. Ou à qui d’autres contenus de formation conviendraient mieux. Nous les redirigeons alors vers les centres de formation pertinents…”

La décision se prend à la fois sur base des acquis scolaires, du passé personnel de la personne, de ses attentes, de son “comportement” par rapport au trajet d’apprentissage… “Nous sommes et nous voulons fonctionner comme un entonnoir d’entrée. En 2017-2018, nous avons ainsi “détecté” 1.200 candidats. 200 à 250 d’entre eux sont entrés en formation chez nous.”

La sélection initiale pour intégrer une cohorte BeCode se fait en trois étapes, dont deux en-ligne: un questionnaire en-ligne qui permet de déterminer le “trajet projeté, le degré de débrouillardise”; un ensemble d’exercices techniques à réaliser, avec un minimum obligatoire de “badges” à accumuler (c’est aussi un moyen de mesurer le degré de motivation, certains multipliant spontanément les exercices plus que d’autres); et, enfin, une évaluation en présentiel, avec formation de groupes de travail “hétérogènes” planchant sur un projet créatif et passage devant jurys, où il s’agit de convaincre, par séquences de 5 minutes (pourquoi devenir codeur, quelle motivation, quels acquis déjà retenus en cours de phase de sélection, quels obstacles administratifs à résoudre…)

Des formés réactifs

La conviction est soulignée avec force: les entreprises ont besoin de programmeurs, codeurs et informaticiens aptes à se débrouiller par eux-mêmes, à prendre l’initiative, à collaborer et travailler en groupe, à dialoguer avec le client. La “ressource IT” (web, design, mobile…) doit être apte à s’insérer efficacement dans diverses équipes ou divers projets éphémères (ou au long cours).

Six heures pour développer un site Internet. Les apprenants se défient en groupes…

“Nous ne formons donc pas uniquement les apprenants à un seul langage de programmation, qui n’aura peut-être plus cours à court terme ou dont l’entreprise n’aura plus besoin dans quelques mois. Nous leur imposons au contraire de pouvoir appréhender de multiples contextes, d’aller à la découverte de nouvelles technologies” – en en faisant par ailleurs profiter leurs condisciples lors de pitchs et meet-ups.

Durée de la formation: 6 mois. Avec un premier travail sur projet concret dès le 3ème mois. Caractéristique de ce premier projet: il doit avoir une finalité ou un impact social (par exemple une association qui a besoin d’un site Internet – la Croix-Rouge, par exemple, a récemment redéveloppé son site grâce à des stagiaires BeCode).

La formation est suivie d’un stage en entreprise de un ou trois mois. Le premier mois peut être effectué de manière virtuelle, en “remote internship”, le stagiaire restant dans les locaux de BeCode, encadré par les coachs de l’école.

BeCode dit aussi veiller à ce que les stages proposés par les entreprises débouchent réellement sur des perspectives d’emploi. “Pas question que le stage soit l’occasion de disposer d’une main-d’oeuvre facile. L’entreprise doit s’engager à ce que le stage se passe bien et à ce qu’un poste soit réellement ouvert pour engagement en fin de parcours.”

La méthode Simplon, légèrement belgicisée

BeCode se veut atypique par rapport aux méthodes classiques d’enseignement mais aussi dans le type de profil qu’elle veut faire émerger.

Pour mieux toucher et convaincre sa cible – les NEET, répétons-le, pour reprendre un acronyme peu élégant et qui gagnerait à trouver un remplaçant plus valorisant (soit dit en passant) -, BeCode adopte aussi un discours marketing et emprunte des canaux de séduction inhabituels. “On sait que nous ne pourrons pas toucher et convaincre ces personnes par le biais des canaux habituels”, explique Cédric Swaelens.

Sa pub, son recrutement, BeCode l’effectue donc via des sites de gaming, de services de streaming, en faisant passer des messages directs et ciblés, variant selon les jours (merci les stats Internet et réseaux sociaux). Du genre: “Tu t’ennuies sur ta console? Tu en as marre de préparer des hamburgers chez McDo ou de trier des fringues chez H&M? Viens voir ce que BeCode peut t’ouvrir comme perspective”.

Autre “canal” par où passe le message: le relais des Missions Locales pour l’Emploi (aide à l’insertion professionnelle pour demandeurs d’emploi) ou celui des éducateurs de rue.

Et pour mieux les accrocher, abattre réticences et fausses perception, BeCode a prévu des sas d’entrée ou de décompensation pour certains publics pas forcément convaincus de l’intérêt de devenir codeur/designer/programmeur…

Pour le public féminin mais aussi pour des jeunes plus particulièrement fragiles (socialement, pécuniairement…), BeCode propose des petites formations courtes en groupes homogènes (rien que des filles, rien que des 18-25 ans…). “Une fois les clichés adressés, on peut les verser dans des classes hétérogènes.”

La méthode d’apprentissage (pédagogie active, travail en groupe hétérogène, flexible, sur projets, apprentissage de multiples outils et environnements, développement de l’esprit d’entreprise et développement personnel) est celle de l’école française Simplon.

Détenteur d’une licence pour la Belgique, BeCode a accès à toutes ses ressources (outils, exercices, processus de sélection, formations pour les coachs…) “mais nous avons procédé à quelques adaptations. Là où Simplon est une structure très décentralisée où chaque antenne fonctionne en large autonomie de son côté, nous appliquons, en Belgique, un modèle unique, valable pour toutes les implantations. Notre volonté est ainsi de préserver une unicité de démarche, un degré de qualité égal, une égalité des programmes… et un moyen de faire levier.”

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Financement

Les premiers partenaires privés de BeCode furent Orange Belgium (dont la maison-mère était déjà partenaire de l’école Simplon dont s’inspire BeCode), Telenet, la Fondation Degroof Petercam et la Fondation 4Wings. Hauteur du financement: environ 250.000 euros par partenaire.

Côté public, BeCode a reçu l’appui du programme fédéral Digital Belgium Skills Fund (un peu plus de 400.000 euros) – soutien qui vient d’ailleurs d’être reconduit pour la deuxième année – et de Bruxelles Formation (environ 200.000 euros).

Côté wallon, la Région ouvrira sa bourse, on l’a vu, pour l’extension – tout d’abord à Liège – à condition que le privé intervienne pour au moins 25%.

Profils des apprenants

A BeCode, une bonne moitié des apprenants sont des personnes “en décrochage”. Environ 70% de chômeurs, 70% de personnes ne disposant pas d’un diplôme de l’enseignement secondaire et 70% de personnes de moins de 30 ans (certains apprenants appartenant à une ou plusieurs de ces catégories).

Proportion de participants du genre féminin? En progression: le pourcentage était d’environ 15% dans la première cohorte à Bruxelles, est passé à 20% avec la deuxième promo et se situe  actuellement aux alentours des 25%. Objectif (ou espoir): 50%. Pour y arriver, BeCode compte beaucoup sur les “sas” d’entrée [voir dans le corps de notre article], organisés en collaboration avec d’autres acteurs, tels qu’Interface3. 

Petit historique

Premières implantations: Anderlecht (Cureghem) et Bruxelles-Ville (à BeCentral, au-dessus de la Gare Centrale).

Vinrent ensuite: Gand et Charleroi (au Quai 10). [ Retour au texte ]

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