Sirris: conseiller, combler des besoins et éviter les faux démarrages

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Par · 07/10/2015

Le Sirris joue un rôle majeur dans la recherche proprement dite, en matière de fabrication additive (tant en termes de matériaux que de processus et de technologies), mais aussi dans l’accompagnement des différents acteurs et utilisateurs qui s’intéressent à ces technologies et nouveaux modes de production.

Au fil du temps, à mesure que le secteur gagne en maturité et que des sociétés se lancent dans différents aspects de la chaîne de valeur additive, le centre revoit son rôle. “Dès qu’une activité prend un caractère répétitif et peut être accaparé par les acteurs commerciaux ou d’autres intervenants – par exemple dans la recherche et la formation -, nous passons la main et nous concentrons sur d’autres rôles”, explique Thierry Dormal, directeur de programme Fabrication additive au Sirris de Liège.

Les dernières statistiques du Sirris? Le centre intervient dans quelque 500 projets par an, pour environ 150 sociétés, “majoritairement wallonnes”. “Et avec, chaque année, au moins 25 nouvelles sociétés qui rentrent dans le cycle”. Et ces sociétés ne sont pas uniquement de grands groupes, tels que Sonaca, la FN, TechSpace Aero mais aussi une ribambelle de PME (elles constituent environ 80% du total) qui demandent assistance pour des projets certes plus modestes ou de moins longue durée.

Maturation en cours

En raison du phénomène de maturation et d’adoption en cours, le type de services que fournit le Sirris, dans le contexte de projets industriels, est en évolution sensible. Voici la répartition actuelle:

  • intervention pour la production de pièces en 3D printing pour des finalités marketing: 15%
  • validation fonctionnelle de systèmes: 35%
  • transfert de technologies et de compétences: 30%
  • assistance à la production et à la mise en oeuvre de procédures de certification: 20%.

“Désormais”, souligne Thierry Dormal, “ces deux derniers rôles représentent une part grandissante des activités de Sirris. Un phénomène nouveau est par ailleurs celui de sociétés qui demandent notre aide pour le lancement d’activités de services. Nos interventions pour aider les entreprises à intégrer des imprimantes 3D en vue de démarrer une production en interne est également en explosion.”

Le rôle majeur qu’avait joué au début le Sirris – à savoir, la production de pièces en 3D – tend, lui, à perdre de l’importance, à mesure que des acteurs commerciaux font leur apparition sur le marché.

Des demandes de tous types

Avant même d’imaginer la production de prototypes de pièces ou la fabrication directe de pièces en 3D, nombre de sociétés considèrent les techniques de production additive comme un moyen rapide et souple de présenter des concepts, des systèmes, des composants lors de salons professionnels ou comme exemples et échantillons à emporter par leurs représentants commerciaux.

C’est l’“utilité marketing” qui joue ici à fond et pour laquelle le Sirris a maintes fois été sollicité – et continue de l’être – pour produire des pièces bien souvent complexes. Exemples de sociétés qui ont eu recours à ses services à des fins de marketing? Thierry Dormal cite par exemple Prayon, pour la réalisation d’une maquette de démonstration de filtres à cellules basculantes (pour le processus de lavage de l’acide phosphorique).

Thierry Dormal (Sirris): ““Nous avons clairement une stratégie multi-technologie. Nous disposons au moins d’un système dans les sept familles de procédés de fabrication additive.”

Idem pour Techspace Aero qui a ainsi pu exposer des pièces de moteur au salon du Bourget. Tercel, lui, a fait réaliser des têtes de perçage et de forage, également à des fins marketing.

Un cran plus haut dans la chaîne de valeurs, le Sirris intervient pour valider les fonctions de systèmes ou pour réaliser des tests de techniques qui, demain, pourront être appropriées par des sociétés de services ou par des départements internes aux entreprises.

“Bien entendu, ces sociétés de services devront disposer en interne de profils techniques, d’ingénieurs, de compétences touchant, en amont, aux phases de conception et de préparation des pièces et, en aval, de finition. Plusieurs sociétés sont en passe de se constituer mais comme il s’agit de start-ups, elles ne disposent pas encore de toutes les compétences nécessaires et doivent donc s’associer avec d’autres acteurs, en aval et en amont.”

Jusqu’ici – et c’est la raison de son intervention dans ce genre de services de test et de validation -, le Sirris est encore le seul acteur qui détienne l’ensemble des compétences nécessaires à couvrir toute la chaîne – et toutes les technologies. “Nous avons clairement une stratégie multi-technologie. Nous disposons au moins d’un système dans les sept familles de procédés de fabrication additive, telles que répertoriées dans le catalogue des normes ISO [cfr. notre article Terminologie de la fabrication additive ]. Et ce, afin de pouvoir en démontrer les possibilités aux entreprises.”

Transfert de technologies, assistance et certification

“Le Sirris procure aux entreprises des conseils neutres pour leurs choix de technologies, en ce compris en termes de potentiels, de limitations, de prix, d’évaluation économique. Ce sont là des compétences dont ont besoin les entreprises. Suite aux conseils que nous leur avons prodigués, certaines, qui désiraient se lancer sur le marché, ont revu leur position, se sont rendues compte de la somme de compétences qui leur était nécessaire d’acquérir. Sans nos conseils, elles se seraient lancées prématurément et auraient échoué.”

Autre rôle que s’apprête à jouer le Sirris: celui de formateur de formateurs. Sont concernés les centres de compétences Technifutur, à Liège, et TechnoCampus, à Gosselies qui tous deux proposeront à l’avenir des formations en matière de fabrication additive (voir également l’article que nous consacrons aux formations et compétences). Mais il faut pour cela d’abord former les futurs formateurs. Et ce sera donc le rôle du Sirris.

Démarrage, sans doute, début 2016. Avec l’aide de fonds Feder. A terme, selon son habitude, le Sirris passera le relais à d’autres instances à même d’assurer ces formations.

Thierry Dormal: “il est conseillé de maîtriser au moins 3 technologies de production additive afin de ne pas se retrouver bloqué ou limité dans son champ d’action. Côté secteurs visés, il n’est par contre pas recommandé d’être trop généraliste. Les spécificités de la production additive pour le secteur biomédical sont par exemple très différentes de celles de l’aéronautique ou de l’architecture. Mieux vaut donc se spécialiser.”

L’apport de conseils et le transfert de connaissances et de technologies ne s’arrête pas lorsqu’une société se lance réellement dans la fabrication additive. Il arrive que le Sirris continue de procurer des conseils au-delà de ce tournant. “Nous l’avons par exemple fait pour Kasios (lire notre article consacré à la spin-off Cerhum) ou encore pour Techspace Aero.

Pendant deux ans, nous avons travaillé avec ce dernier à la production de pièces (au Sirris), nous avons procédé à des études de qualité, nous les avons aidé dans les choix de technologies et d’équipements.”

Un transfert de compétences est également intervenu avec Flying Cam. “Nous les avons aidé à comprendre comment concevoir des pièces et quels étaient leurs degrés de liberté pour la conception de pièces complexes.” La société ayant décidé de ne pas les produire en interne, le transfert de connaissances n’a concerné que les compétences, pas les technologies proprement dites.

Pour 3D-Side (lire notre article), le Sirris est intervenu en transfert de compétences pour la conception mais aussi pour la production, par le Sirris, de pièces fabriquées en mode additif. En attendant que la spin-off néolouvaniste décroche sa certification ISO. L’assistance a également concerné la phase conseil pour le choix des technologies correspondant à leurs contraintes dans lesquelles investir.

“Nous sommes certifiés pour la conception et la production dans le secteur biomédical”, précise Thierry Dormal. “L’expertise que nous avons acquise pour décrocher cette certification est désormais mise à profit pour expliquer aux sociétés comment décrire elles-mêmes leurs procédures en matière de certification.”

Multiples opportunités

De très nombreuses opportunités d’innovation et de différenciation s’offrent aux acteurs locaux. Thierry Dormal en voit dans divers registres, en ce compris dans celui de la conception de matériels haut de gamme. Des bureaux d’études “pourraient créer de nouvelles machines, avec de nouvelles technologies additives qui n’existent pas encore. Jusqu’ici, tout ce qui a vu le jour correspond à des variantes qui s’appuient sur des technologies déjà existantes.” Et de poursuivre: “il y a une place énorme pour l’innovation. Tout le monde recherche actuellement des technologies plus productives, pour une production plus rapide, pour des processus de production plus précis, de meilleure qualité, plus robustes. Il y a également de belles possibilités pour des acteurs locaux dans le domaine du post-traitement…”