Mons 2015: WIN et Belgacom à couteaux tirés

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Par · 22/01/2014

Dans la perspective de son statut de “capitale européenne de la culture” qui sera le sien en 2015, la ville de Mons poursuit ses préparatifs. Le temps presse en effet pour déployer divers projets aptes à réaliser la promesse du “Where Technology meets Culture”, thème général de cette année culturelle. Il s’agit de concevoir et mettre en oeuvre un ensemble de nouveaux équipements et d’infrastructures de communications, de solutions et d’applications devant supporter les différents événements et animations qui se dérouleront tout au long de 2015.

Et le chantier est encore loin d’être terminé. Ces deux dernières années, la préparation a subi quelques retards et certains dossiers continuent de patiner.

La Ville de Mons et la Fondation Mons 2015 se partagent en fait la tâche. Cette dernière se charge des projets purement culturels, dont beaucoup seront inspirés et teintés de numérique.

Deux dossiers relèvent par contre directement de la ville: le déploiement d’une infrastructure de communications (Wi-Fi, notamment, reposant sur de la fibre) et le développement d’applications touristico-culturelles.

Les deux contrats ont été attribués fin 2013 mais un seul peut – enfin – débuter les travaux de réalisation.

Recours en justice

Le volet Infrastructure avait en effet été décroché par WIN, allié pour la circonstance à Gowex. Las! Un candidat malheureux – Belgacom – a immédiatement introduit en recours, bloquant le processus. Le Conseil d’Etat se prononcera en principe d’ici trois semaines.

Que reproche Belgacom? L’opérateur, arrivé deuxième, reproche au comité de sélection d’avoir mal appliqué divers critères définis dans le cahier de charges, confondant parfois critères de qualité technique et considérations de coûts. Il doute aussi que les engagements de réalisation pris par WIN soient tenables, en termes de délais de déploiement, suspectant dès lors le vainqueur désigné de ne pas être en mesure de déployer, dans les temps, la solution sur l’ensemble des sites concernés. Un tiers des points attribués seraient entachés d’irrégularité, estime Belgacom.

Chez IMIO, qui a émis le cahier de charge et assisté la Ville lors du processus de sélection du fournisseur, on estime que les arguments soulevés ne touchent en rien le fond et, par conséquent, la validité du choix. “Nous nous attachons donc simplement à documenter pleinement nos éléments de décision afin de les présenter et de les défendre lors de la parution devant le Conseil d’Etat.”

En espérant que ce dernier valide le choix effectué. Sans quoi, la Ville se verrait contrainte de recommencer le processus d’appel à proposition, de sélection, d’attribution et de mise en oeuvre. Autant dire qu’on arriverait hors délais…

Guides virtuels

Le volet qui concerne la gestion centralisée et les applicatifs, lui, a été attribué à Anais Consulting & Software Services qui se chargera de la maîtrise d’oeuvre et de l’intégration.

Anais avait remis une offre de concert avec un partenaire français Raccourci Interactive. Ce dernier, basé à La Rochelle, est un groupe de trois sociétés opérant dans trois domaines d’activités complémentaires: création de sites Web et d’applications multimédias, agence Web et marketing (campagnes de référencement, médias sociaux…), et développement d’applis mobiles.

On lui doit ainsi la solution intégrée open source de gestion d’informations touristiques Tourism System et l’appli Mobitour (développée par Tactyl, l’une des sociétés du groupe). Le groupe inclut également une société Sinabs qui se charge de développements e-commerce et d’intégration avec des solutions telles que Magento ou Drupal.

Outre-Quiévrain, la société revendique une centaine de clients parmi les offices de tourisme hexagonaux. Plus près de chez nous, Dinant a opté, en 2012, pour la solution Mobitour pour lancer sa solution Visit Dinant. Relire l’article que nous avons publié à ce sujet.

Anais, pour sa part, est une société basée à Bruxelles qui se chargera de la maîtrise d’oeuvre, de la mise en oeuvre des solutions de gestion (billetterie, accès aux informations et applis, authentification…) et de l’intégration.

La société est notamment active sur le terrain des plates-formes et applications Web et des solutions d’exploitation de “big data”. Son répertoire de références locales inclut des noms tels que IRIS Group, Infobel (système automatisant l’intégration de multiples sources de données), bepolitics, Tom&Co (campagne de marketing vidéo personnalisé) ou encore RTL Info.be (site Web) ou la Rtbf.

Même s’il n’y a pas eu de recours contre la décision de lui attribuer le projet Applicatif, certains, dans les rangs des candidats non retenus, font remarquer que des critères de coûts ont eu une importance non négligeable dans la décision. Et que le gagnant a, pour ce faire, eu recours à des arguments qui ne privilégient pas forcément de l’activité locale. Quelques esprits chagrins relèvent par exemple que la solution applicative est française – “comme s’il n’y avait pas de talents chez nous” – et qu’Anais fait souvent appel à des développeurs et techniciens roumains. Autrement dit, à de la “main d’oeuvre” aux salaires hyperconcurrentiels…

Critique à laquelle IMIO rétorque que l’appel d’offres était – obligatoirement – de nature européenne et qu’il est dès lors impossible de poser, comme critère de sélection, une réalisation 100% belgo-belgo, voire régionalo-régionale.