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La Wallonie ne doit pas nourrir un complexe d’infériorité

Tribune
Par Michaël Penninckx · 01/02/2018
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Il y a deux ans, en tant que consultant informatique historiquement ancré en Flandre, nous décidions de mettre les bouchées doubles sur la Belgique francophone en investissant dans un plan de recrutement et de marketing ambitieux.

Delaware mobilise aujourd’hui plus de 200 consultants pour accompagner des entreprises wallonnes et bruxelloises de premier plan dans leurs défis numériques. Et ce n’est qu’un début.

Ce développement rapide nous permet de partager un certain nombre de constats, singulièrement sur la “Wallonie digitale”.

Un marché qui demande du temps…

La première leçon tient à l’approche et à la définition-même du “marché belge francophone” pour une entreprise qui implémente des solutions SAP et Microsoft nécessitant une certaine taille critique.

Combien de (grandes) entreprises et de (grosses) PME parmi les clients potentiels? Bonne chance pour obtenir une liste ‘clé sur porte’. Il n’existe aucune base de données fiable sur le degré de maturité informatique des entreprises wallonnes. Une vue chiffrée très industrielle – le chiffre d’affaires, le nombre d’employés… – en dit peu sur les besoins et les moyens du département informatique.

croissance courbeBref, il faut prendre son bâton de pèlerin, multiplier les contacts, recouper des informations, avec la confirmation qu’une approche ‘one size fits all’ à l’américaine ne fonctionne pas sur un marché aussi insaisissable que le marché wallon. Cela demande de donner du temps au temps – notre plan Go2Wallonia s’étend sur 3 ans -, ce qui est souvent incompatible avec les échéances trimestrielles de groupes de services informatiques cotés en bourse.

En tenant compte des spécificités culturelles (n’essayez pas d’imposer l’anglais partout) et d’une sensibilité PME (chaque euro compte), on se rend alors compte du poids et du potentiel de ‘transformation numérique’ du marché belge francophone.

Pour donner un ordre de grandeur, l’ambition de Delaware est que ses clients francophones génèrent bien plus qu’un tiers du chiffre d’affaires belge, comme c’est (déjà) le cas actuellement. Pour atteindre ce but, nous avons assez vite compris que le ‘copier-coller’ ne fonctionne pas. Que notre savoir-faire éprouvé au nord du pays et notre approche pragmatique (le ‘gezond boerenverstand’) devaient être conjugués à des talents locaux à tous les niveaux de l’entreprise, du management (3 des 14 associés de Delaware sont francophones) à l’opérationnel.

… mais la dynamique est enclenchée

Le deuxième constat que nous avons pu faire au départ de nos bureaux de Wavre est que la Wallonie, en dépit de – ou grâce à – son hétérogénéité économique, réserve de belles surprises pour autant qu’elle soit abordée avec un regard neuf et sans préjugés.

La croissance est bien au rendez-vous dans des entreprises de secteurs divers comme la construction, le commerce, le transport ou l’aéronautique. Les pôles de compétitivité jouent leur rôle de moteurs de croissance.

Une nouvelle dynamique se traduit sur le terrain de l’innovation, que ce soit dans la construction d’avions intégrant l’Internet des Objets et les principes de l’Industrie 4.0 ou dans des prédictions agricoles qui font appel au ‘machine learning.’ La réalité virtuelle, que ce soit pour de la formation ou du contrôle à distance, devient réelle, notamment dans le secteur pharmaceutique.

Dans le secteur de la construction, la norme BIM (Building Information Modeling) incite de nombreux acteurs à se digitaliser. De manière générale, les fleurons wallons n’ont rien à envier à leurs concurrents pour ce qui est de proposer aux jeunes talents (les ‘digital natives’) un environnement de travail performant qui tire le meilleur des outils numériques.

De Tournai à Verviers, de Bruxelles à Arlon, il y a enfin une prise de conscience progressive que la performance d’une entreprise ne dépend plus uniquement de sa capacité de production mais aussi de sa capacité à stimuler l’innovation et la créativité de ses équipes.

Le secteur (para)public aussi

Si on les aborde avec une certaine naïveté apolitique, les entreprises publiques et semi-publiques wallonnes et bruxelloises démontrent également qu’elles peuvent évoluer et se remettre en question.

Rêvons même un peu… La ‘crise de gouvernance’ et les différents scandales dans des intercommunales semblent servir d’électrochoc pour plus de transparence, grâce à des systèmes d’information modernes. L’IT veut et peut y devenir un partenaire incontournable du business. Nombre d’entreprises publiques au sud du pays sont également occupées à revoir leur gouvernance RH, souvent d’ailleurs après l’arrivée de personnes clés venant du secteur privé.

“La Wallonie, un eldorado? N’exagérons rien. Il règne toujours dans pas mal d’entreprises un conservatisme, voire une frilosité technologique, qui est d’ailleurs dû au passé industriel plus qu’à un facteur culturel.”

Alors, est-ce que la Wallonie est un eldorado? N’exagérons rien, il règne toujours dans pas mal d’entreprises un conservatisme, voire une frilosité technologique (ou à tout changement en général), qui est d’ailleurs dû au passé industriel plus qu’à un facteur culturel. Il est clair qu’une entreprise dans le manufacturing est moins encline à migrer ses systèmes stratégiques dans le cloud qu’une société de services par exemple. Les tailles et les budgets des entreprises nécessitent par ailleurs de la flexibilité, avec une offre plus abordable et plus orientée ‘midmarket’.

Néanmoins, nous constatons que la dynamique est là et nous nous félicitons de nous y joindre. Pour l’entretenir et l’amplifier, le meilleur conseil aux Wallons et aux Bruxellois est peut-être de se débarrasser du complexe d’infériorité qui les hante parfois, de sortir d’un certain défaitisme ou négativisme. Car la Région ne manque pas d’atouts, en premier lieu sa matière grise.

Michaël Penninckx

associé chez Delaware

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