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The day after: au-delà de la vie privée, notre spontanéité est en jeu

Tribune
Par Koen Maris (Atos) · 05/09/2018
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Alors que la date-butoir du 25 mai est derrière nous, la plupart des entreprises se félicitent des efforts fournis et des résultats engrangés. Tous les clients ont été informés. Le nombre de recours en justice demeure limité. Et les consommateurs sont satisfaits. Toutefois il est une chose qui devrait nous inquiéter bien davantage et que nous avons jusqu’ici totalement ignorée: ce n’est pas notre vie privée qui est menacée mais plutôt notre spontanéité. 

Je ne cesse de m’étonner de la manière dont nous nous sommes laissés gagner par le battage fait autour du RGPD (GDPR en anglais). Notre vie privée n’est pas réellement en jeu… nous l’avions déjà perdue lorsque nous nous sommes procuré un GSM. Et elle s’est envolée encore un peu plus dès l’instant où nous activons notre compte Facebook. Ou lorsque nous recherchons une destination de vacances sur Google. Voire même lorsque nous supprimons un billet posté sur Facebook. La quasi totalité de notre vie numérique est jetée en pâture et tout le monde se désespère de trouver une solution pour sauvegarder notre vie privée? Ben voyons…

Nous serions mieux inspirés de nous soucier de la manière dont la technologie va dicter notre vie. Ou dont elle la dicte déjà. Chaque fois que nous commandons un produit sur Amazon ou bol.com, nous avons droit au message suivant : “Les personnes qui ont acheté ce livre achètent souvent également …” Le client est satisfait dans la mesure où des produits similaires lui sont proposés sur base de ses goûts. Le vendeur est satisfait, puisque ces clients satisfaits achètent davantage lorsqu’on leur propose des achats. Un véritable plan gagnant-gagnant. Vraiment? 

Auto-apprentissage ou auto-confirmation?

Permettez-moi de vous ramener au 23 mars 2016. Ce jour-là, Microsoft lançait son chatbot Tay sur Twitter, qui devait imiter le plus possible l’humain en termes de langage et de conversation. Le bot devait également, sur base des interactions avec les individus, apprendre à devenir encore “plus humain”.

Petite avance rapide de 16 heures dans le temps: Tay est “débranché” pour cause de langage inacceptable et de messages séditieux. Tay a essentiellement suscité des réactions de “trolls” qui ont utilisé un langage raciste, sexiste ou autrement répréhensible et a commencé à adapter son “propre” langage en conséquence. Le niveau était tombé si bas que Microsoft s’est vu contraint de mettre un terme au projet.

Un exemple classique de la capacité d’apprentissage limitée d’une machine. Mais ne sommes-nous pas engagés dans la même dérive? Ne nous inscrivons-nous pas, sur Facebook, dans des groupes qui confirment notre manière de penser et ne nous enlisons-nous pas ainsi rapidement dans une surenchère de pensée pour nous conforter encore davantage?

Vivre ou laisser vivre?

Réfléchissez un instant au succès de Netflix, un moteur intelligent qui, sur base de vos comportements de téléspectateur, peut vous dire: “Vous devez absolument voire ceci”. La plupart du temps, il a raison! Mais ainsi nous devenons ainsi en fait esclaves de ces machines intelligentes. Le même phénomène se produit également dans les prospectus toujours plus personnalisés de Colruyt ou d’autres enseignes. Jusqu’à ce que nous nous laissions dicter la totalité de notre vie par ce que les machines auront appris de nous.

C’est là quelque chose dont je ne veux absolument pas. Je veux pouvoir lire de temps à autre un roman historique au lieu de me contenter systématiquement de ces récits de science-fiction bien ficelés. Je veux jeter un oeil à toutes les promotions au supermarché et pas uniquement à celles qu’on me recommande.

C’est de cela que je m’inquiète nettement plus: que notre spontanéité s’amenuise année après année. Cela me semble plus dangereux que la perte de notre vie privée.

Payer et faire payer

Comment éviter ce scénario? En nous enrichissant. Nous devons cesser d’abdiquer nos données. Les entreprises désirent en savoir toujours davantage sur nous et elles nous récompensent avec des produits encore meilleurs, des suggestions plus affûtées… pour lesquels elles nous font débourser davantage. Il est temps que nous leur fassions cracher de l’argent pour mettre la main sur ces données. Cela permettra peut-être de faire se briser le cercle vicieux de communications de plus en plus ciblées, basées sur nos propres préférences.

Mais nous devons prendre conscience que tous les services en-ligne gratuits ne sont en réalité pas si gratuits que cela, que nous le payons depuis des années avec des informations sur nous-mêmes. Si nous voulons nous libérer de ce schéma, nous devrons aussi apprendre à payer pour certains services en monnaie sonnante et trébuchante plutôt qu’avec des données. C’est là ma conclusion, simple mais un rien douloureuse: quiconque désire vivre une vie plus riche devra payer pour l’obtenir.

Koen Maris
CTO & responsable Cyber-sécurité
Atos

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