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Quelles compétences pour vivre, travailler et s’épanouir au 21ème siècle ?

Tribune
Par Pascal Balancier (AdN) · 13/06/2018
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Quelles compétences pour vivre, travailler et s’épanouir au 21ème siècle ? Pourquoi développer les compétences numériques des élèves ?

Deux réponses à cette double interrogation. D’une part, parce que, d’après Europass, 40% des européens ont des compétences numériques lacunaires et 42% d’entre eux sont au chômage. D’autre part, parce que, d’après Agoria, 16.000 postes dans le secteur informatique ne trouvent pas acquéreur en Belgique et qu’en outre, les Universités et Hautes écoles sont confrontées à un problème d’orientation vers ces filières de formation.

Mais également et surtout, pour des raisons culturelles ! Parce qu’il devient impossible de vivre, travailler et s’épanouir dans nos sociétés, où la technologie numérique est omniprésente, si on ne maîtrise pas le langage et les “codes” de cette culture. “Apprendre à coder pour ne pas être programmé”, le slogan de l’opération #WallCode, est donc un appel pour aider les jeunes à devenir de futurs citoyens actifs, consommateurs éclairés, travailleurs polyvalents, capables de s’adapter et de développer leur employabilité. Que personne ne reste sur le bord de la route est un enjeu sociétal majeur!

Les sciences informatiques font partie intégrante de la culture scientifique que tous les citoyens devraient recevoir. Au même titre que nous avons toutes et tous appris les oxydo-réductions à l’école, sans pour autant nécessairement devenir chimiste, il serait utile et nécessaire que tous les élèves, à un moment ou l’autre dans leur parcours d’apprentissage, aient un accès, une ouverture vers cette discipline à part entière.

Quelles compétences développer prioritairement ?

Un consensus émerge sur le fait que le minimum minimorum pour faire entrer les citoyens dans la culture numérique serait :

• la littératie numérique, c’est-à-dire :

◦ la maîtrise des applications logicielles les plus courantes (ex : outils bureautique) ;

◦ l’éducation aux médias, la capacité de développer des usages socialement acceptables/responsables, notamment sur les réseaux sociaux (ex : gérer son identité numérique, son e-réputation, ainsi que la sécurité de ses données…);

la logique algorithmique : en comprendre les bases pour mieux tirer parti des outils qui nous entourent. Conduire une voiture n’implique pas d’être mécanicien, mais en comprendre le mode de fonctionnement aide à ne pas martyriser la mécanique. De la même manière, les assistants virtuels et autres interfaces intelligentes qui commencent à coloniser notre quotidien apprennent de nous et augmentent la pertinence de leurs réponses au gré des échanges. Pour en tirer profit, il faut les “nourrir” correctement et avoir compris leur mode de fonctionnement, qui repose sur la logique algorithmique. Enfin, se préoccuper des algorithmes qui structurent notre quotidien devient par ailleurs un enjeu sociétal majeur !

Pascal Balancier (AdN): “Pour en tirer profit, il faut “nourrir” correctement les assistants virtuels et autres interfaces intelligentes qui commencent à coloniser notre quotidien et avoir compris leur mode de fonctionnement, qui repose sur la logique algorithmique.” 

L’éducation aux médias étant largement prise en compte par la Fédération Wallonie-Bruxelles, contrairement aux sciences informatiques, la Wallonie a décidé de mettre en place l’opération WallCode, afin d’initier les jeunes dès le plus jeune âge à la logique algorithmique et aux langages de programmation. L’objectif est, en attendant que les sciences informatiques soient introduites dans les nouveaux programmes de cours, de tenter de répondre à la pénurie de vocations à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés.

En effet, faute de véritable cours d’informatique, dans le secondaire, voire d’initiation dès la fin du primaire, de moins en moins d’étudiants et surtout d’étudiantes s’orientent vers ces filières. Les élèves sortent du secondaire avec une idée erronée des sciences informatiques et de leurs débouchés, voire avec pas d’idée du tout, laissant la place à la perpétuation des stéréotypes. Agoria, la fédération du secteur technologique, confirme cette nécessité de faire entrer un maximum de citoyens dans la culture numérique, afin d’élargir la base de la pyramide et d’augmenter le nombre de vocations pour ces filières de formation.

Notons enfin que, bien que transversales, les compétences numériques nécessitent de s’ancrer dans un cours dédié (sans quoi elles ne seraient pas prise en charge de manière suffisamment systématique et rigoureuse), à l’image de l’apprentissage de la langue maternelle, compétence la plus transversale de toutes, qui nécessite néanmoins partout dans le monde, un cours dédié !

Pascal Balancier (AdN): “Les compétences numériques nécessitent de s’ancrer dans un cours dédié, à l’image de l’apprentissage de la langue maternelle, compétence la plus transversale de toutes, qui nécessite néanmoins partout dans le monde, un cours dédié !”

Bientôt le bout du tunnel ? 

J’ai coutume de dire que le temps politique est à la société ce que le temps géologique est à la terre, c’est-à-dire souvent long ! Ainsi, si notre sens des responsabilités nous amène souvent à faire œuvre utile en contribuant chaque fois que cela est nécessaire ou possible, la complexité du découpage institutionnel et les effets systémiques qu’il engendre laisse parfois poindre une pointe de découragement.

Ainsi, après avoir constaté la place réduite donnée aux compétences numériques dans l’avis numéro 2 du Pacte d’Excellence, malgré les recommandations du groupe de travail dédié à cette thématique, un courrier officiel de l’ARES (Académie de recherche et d’enseignement supérieur) a permis la réintroduction dans l’avis numéro 3 d’une définition élargie des compétences numériques, non plus limitées à la littératie, mais incluant les sciences informatiques au sens large, la logique algorithmique et les langages de programmation…

Depuis lors, le processus suit son cours dans une certaine opacité, alors qu’un peu de transparence ferait du bien et tempérerait ceux qui dénoncent le manque de légitimité et de représentativité du processus. Aux dernières nouvelles, les groupes de travail, qui dans le cadre de la réforme du tronc commun planchent sur les nouveaux référentiels, sont à l’œuvre. Deux groupes de travail au moins doivent intégrer des éléments relatifs aux compétences numériques dans leur référentiel: le groupe polytechnique, dédié aux apprentissages techniques, technologiques et manuels, ainsi que le groupe dédié aux sciences et aux technologies.

Ces groupes de travail Référentiel travaillent en toute autonomie, y compris celle de réinventer la roue ! Grand est le risque de passer à côté du référentiel européen DigComp (pour Digital Competencies) qui balise la gradation des compétences numériques à acquérir, des niveaux les plus basiques aux niveaux les plus élevées. Pourtant l’éducation nationale française s’appuie sur ce référentiel pour évaluer les compétences numériques de ses élèves

Une fois les référentiels en place, il faudra les implémenter dans les programmes de cours et adapter la formation initiale et continue des enseignants en conséquence, la première étant quasi muette sur le sujet et la seconde ayant vu reculer, malgré des efforts indéniables, la place du numérique dans ses grilles de formation. Long est le chemin… Dans la même veine, le référentiel du groupe polytechnique devrait trouver à s’implémenter prioritairement dans le cours d’éducation par la technologie en 2ème secondaire et ainsi sonner l’arrêt de l’opération WallCode… en 2023 ou 2024 !

Lenteur et (dé)cadence?

Cette lenteur et ce décalage avec les besoins et enjeux de la société concourt à une forme d’ubérisation du système éducatif. Cette ubérisation ne vient pas des start-up edtech, mais des initiatives publiques ou privées prises au niveau fédéral ou régional qui tentent de palier certaines lacunes et permettent à de plus en plus de jeunes d’accéder à l’emploi en faisant fi du système éducatif…

La plupart des systèmes éducatifs à travers le monde ont en commun cette forme de réflexe protectionniste par rapport aux besoins de la société et en particulier du monde du travail (comprenant l’entreprise, mais également le secteur public et non marchand). De manière un peu caricaturale : non, nous ne formerons pas la chair à canon de l’industrie ! Mais ce réflexe est amplifié chez nous par le découpage institutionnel entre régions et communautés. Là où dans les autres états-nations, le ministre de l’économie et celui de l’éducation se côtoient chaque semaine autour de la table du gouvernement, peu de matières gérées par la Fédération Wallonie-Bruxelles la mettent en contact avec les enjeux de l’économie et de l’emploi.

Long est le chemin, d’autant qu’il y a mille et une manières de rater l’objectif quand bien même tous les ingrédients seraient enfin correctement mis en place. L’approche par compétences par exemple au cœur des socles de la dernière grande réforme de 1999, n’a par exemple jamais été véritablement mise en œuvre par les enseignants. Conclusion, la mise en place d’un cadre prescriptif ne suffit pas, voire même est contre-productif !

C’est peut-être le système qui est le problème… mais le Pacte est là pour l’adapter suffisamment pour lui permettre de survivre là où d’autres, la Finlande et la Nouvelle Zélande par exemple, ont eu le courage de repartir “from scratch” et d’organiser de véritables assises de l’enseignement, avec toutes les parties prenantes et dans un cadre méthodologiques clair et rigoureux. Ainsi, même amélioré par petites touches, notre bon vieux système éducatif continuera à produire les effets systémiques qu’il produit et a toujours produits, à décourager l’initiative et à favoriser une pédagogie transmissive orientée contenu puisqu’il voit avant tout les enseignants comme des experts contenus, plus que comme des pédagogues, et les recrutent et les évaluent comme tels…

Mais à bien y réfléchir les Pouvoirs Organisateurs et les réseaux d’enseignement disposent déjà de l’autonomie et de la liberté nécessaires pour innover ! Alors pourquoi ce conservatisme ? That is the question…

Pascal Balancier

Expert edtech à l’Agence du Numérique

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