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La bêtise humaine me fait plus peur que l’intelligence artificielle

Tribune
Par Stephan Salberter · 18/06/2018
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Chaque année, un mot fait le buzz et cette année, sans aucun doute, c’est l’intelligence artificielle (IA) avec son lot de raccourcis, de peurs ou d’espoirs. Or, plus on s’y intéresse moins on en a peur. Quelles peuvent être les conséquences sur l’enseignement et l’apprentissage de l’arrivée de l’intelligence artificielle ?

Il devient encore plus nécessaire d’investir dans le cerveau humain et dans la démocratie.

“Investir dans le cerveau humain” car la capacité à co-créer, à interroger, à avoir de l’empathie, restera la plus-value de l’homme. Or, avec Waze par exemple, il a été prouvé que cela atrophie l’hippocampe des chauffeurs de taxi, c’est visible au scanner.

Il faut investir dans le cerveau humain, stimuler les innovations pédagogiques et managériales. Le nouveau fonds Invest EU prévoit 2,5 millions d’euros pour l’IA, soit sept fois moins que les Etats-Unis. Et prévoit 700 millions pour les compétences numériques. En investissements IA, les USA sont loin devant nous et la Chine devrait être au même niveau dans cinq ans.

Cela peut paraître beaucoup mais , à lui seul, un incabuteur comme Station F à Paris a mobilisé plus de 250 millions d’euros. 19 [l’Ecole 19] a levé plus de 2,5 millions d’euros auprès d’entreprises et fondations privées. Il existe donc de vraies alternatives à l’enseignement traditionnel. Il faut se mobiliser pour former des gens qui auront du travail à long terme.

Il manque 6.000 camionneurs en Belgique – mais 350.000 spécialistes en IT en Europe. 

Notre but est d’aider à fabriquer des gens capables d’innover, de créer les nouveaux usages et produits de demain

A 19, on les met dans une situation où ils apprennent à enclencher un processus co-créatif pour trouver une solution à une problématique. On crée un conflit socio-cognitif dans une micro-communauté et on les met en situation de résoudre ce conflit. Cela les oblige à développer la créativité, la confiance en eux et l’interaction humaine.

Contribuer à “fabriquer” des gens capables d’innover, de créer les nouveaux usages et produits de demain.

L’apprentissage à vie devient la norme – c’est crucial dans un environnement de travail en évolution – et les outils deviennent meilleurs et plus accessibles. On dénombre 33 millions de learners chez Coursera, dont 68% de Nord-Américains et d’asiatiques pour seulement 20% venant d’Europe, un milliard de vues par jour de vidéos de learning – je pense à Crash Course, Ted X, Smarter Every Day ou la Khan Academy. [Ndlr: à noter que Crash Course et Smarter Every Day prennent tous deux la forme d’une chaîne YouTube. Crash Course a été imaginé par les frères Han et John Green, deux vloggers, et a débuté par des cours de sciences et de sciences humaines; Smarter Every Day est une initiative de Destin Sandlin, ingénieur de formation].

Modifier le système

Modifier le système, c’est d’abord apporter une formation différente.

L’IA prend en charge la partie mécanique, sans valeur ajoutée, ce qui permettra à l’être humain de développer la créativité. L’ordinateur ne fait que du comparatif, l’ordinateur n’a pas “envie” de gagner. Former des gens créatifs et collaboratifs est notre façon de répondre à ces défis.

La démocratie est le plus efficace rempart contre les tentations hégémoniques. Regardez ce qui se passe en Chine quand il n’y a pas de contre-poids démocratique. L’Europe, berceau des droits de l’homme, a un rôle important à jouer et le fait déjà avec le RGPD. Il faut continuer dans cette voie. La primauté de l’homme sur la technologie doit rester notre ligne de conduite.

“Nous constatons la tendance à surestimer l’importance de la technologie et à sous-estimer l’impact des changements culturels.”

La prise de contrôle de la société par l’IA est un fantasme culturel. Mais c’est là une bonne chose car on se pose des questions éthiques.

On ne connaît pas encore le cerveau humain, on ne sait toujours pas pourquoi on tombe amoureux. Alors, de là à créer de la véritable intelligence artificielle, il y a de la marge. Une fois de plus, nous constatons la tendance à surestimer l’importance de la technologie et à sous-estimer l’impact des changements culturels.

L’histoire m’a appris à davantage me méfier de la bêtise humaine que de l’intelligence artificielle.

Stephan Salberter
directeur de l’Ecole 19

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