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Plaidoyer – en mode pétition à signer – pour des outils numériques en licence libre dans l’enseignement dès la rentrée

Hors-cadre
Par Collectif · 08/07/2020
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Un collectif constitué d’enseignants, de partisans de l’open source et de simples citoyens signe une carte blanche militant pour le recours, dès la rentrée, à des solutions sous licence livre dans l’enseignement. Une carte blanche que tout un chacun peut co-signer pour en faire un support à une future interpellation des Ministres de l’enseignement obligatoire et de l’enseignement supérieur.

Parmi les auteurs de l’initiative: Erick Mascart, coordinateur des projets numériques à Forsud ; Nicolas Pettiaux, enseignant au collège Saint-Hubert (Watermael-Boistfort) et à la Haute-Ecole Bruxelles-Brabant, président d’Educode ; Sébastien Jodogne, promoteur de l’open source, CTO d’Osimis et auteur du logiciel libre Orthanc ; Marc Van Craesbeeck, administrateur à l’asbl abelli, association belge de promotion du logiciel libre ; ou encore, Jacques Theys, enseignant à l’Athénée Royal de Gembloux.

Des outils numériques sous licence libre dans l’enseignement
pour une formation citoyenne, critique et responsable
dès la rentrée de septembre 2020

La période que nous venons de vivre a mis la société et les services publics à rude épreuve. Il a été une nouvelle fois évident, et c’est sans doute une des conclusions heureuses, que le rôle de l’État est essentiel au bon fonctionnement d’une société qui souhaite protéger ses membres. Pour assurer la continuité pédagogique en confinement, les enseignants ont majoritairement eu recours au numérique à marche forcée.

L’ordinateur, la tablette et le smartphone, formidables outils de communication, ont permis de recréer du lien entre les professeurs, les élèves et leurs parents, en mettant fortement en évidence les besoins de chacun en formation et accompagnement.

Les propositions de solutions ont surgi de toutes parts, en particulier d’un secteur privé pour lequel l’école est un formidable marché. Ces acteurs ont proposé gratuitement des outils, logiciels et contenus numériques, profitant de l’aubaine pour introduire à l’école des contenus et outils d’habitude jalousement protégés par des barrières d’accès telles que le prix de licence d’utilisation. Une « première dose » dont un effet pervers est la mise en place insidieuse d’une dépendance. Il ne s’agit pas de critiquer la qualité des solutions, souvent très bonnes, ni leur prix. Le sujet de préoccupation est l’enfermement quasi systématique des utilisateurs dans des écosystèmes fermés, contrôlés par les éditeurs.

Face à la montée en puissance de la surveillance numérique généralisée, garder le contrôle de nos données et de nos outils est un enjeu majeur. Le logiciel libre et open source constitue la seule réponse et se positionne comme une condition nécessaire mais pas suffisante pour retrouver cette maîtrise. Un logiciel libre n’a pas de restriction d’usage. Il est permis d’en comprendre tout le fonctionnement, de l’adapter sans limite et de le partager à nouveau.

Les GAFAM ne s’y sont pas trompés: leur infrastructure mondiale s’appuie entièrement sur les logiciels libres. 

Ces derniers font tourner toute l’infrastructure d’Internet, ainsi que nos smartphones.

Ceci prouve que les logiciels libres sont un socle sur lequel peut s’appuyer la création d’un emploi local et à haute valeur ajoutée difficilement délocalisable. En France, les services autour du logiciel libre constituent 10% du marché de l’IT, avec une croissance annuelle de 9%, et représentent 60.000 emplois.

Par ailleurs, les logiciels libres, tout comme les contenus sous licence libre tels que Wikipédia, sont les plus grands projets de création collective de connaissance. En cela, ils mettent en avant la notion de bien commun et permettent l’émancipation de chacun, dans la droite lignée de la mission de l’enseignement qui est de former des citoyens responsables et conscients.

L’enseignement va faire un usage croissant des contenus pédagogiques numériques: le logiciel libre permet de mieux partager et réutiliser ceux-ci.

 

Où en sont les réalisations une année après les promesses contenues dans les Déclarations de Politique Régionale et de Politique Communautaire?

 

Les gouvernements wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles l’ont bien compris et le disent dans leurs déclarations de politique 2019-2024 (Déclaration de Politique Régionale et Déclaration de Politique Communautaire). Ils s’engagent à:

  1. Promouvoir et utiliser au maximum les standards ouverts et les logiciels libres au sein des écoles, dans les administrations publiques, pour les citoyens et les entreprises, notamment par des actions de sensibilisation et de formation. Et renforcer la formation des enseignants en la matière.
  2. Favoriser l’émergence d’un domaine public riche en contenus, notamment par la numérisation et la mise en ligne des archives appartenant aux institutions culturelles ou scientifiques, d’études, de documents à vocation publique, de cours, etc.
  3. Susciter la participation citoyenne, particulièrement en encourageant les communautés d’utilisateurs, pour une mise en commun et un partage des savoirs.
  4. Développer une plate-forme d’échange, de coopération et d’information en matière de logiciels libres et de standards ouverts entre tous les acteurs publics actifs dans le domaine des technologies de l’information ;
  5. Plaider et œuvrer en faveur de la plus grande interopérabilité des systèmes, clé technique qui permet la mise en œuvre de l’open-access et de l’open-data.

En conclusion, nous, enseignants, parents et citoyens, restons attentifs à la nécessaire réflexion éthique et globale qui doit aujourd’hui précéder les choix concernant les outils numériques pour l’école et nous en appelons à “se poser les questions hors du cadre”. Nous souhaitons la mise en œuvre la plus large et la plus rapide possible des engagements du gouvernement et souhaitons savoir où en sont les réalisations une année après les promesses contenues dans les DPR et DPC. Nous pensons que le numérique doit rester un outil au service de l’humain, qui prolonge la pensée de celui qui l’utilise, qui complète les ressources existantes et ne doit pas s’y substituer. Un autre Internet et d’autres outils respectueux de nos libertés existent déjà: libre à nous de les découvrir et les utiliser. “Le numérique c’est comme l’argent, un bon serviteur mais un mauvais maître”.

 

A l’heure où nous la publions, la carte blanche collective, signable, a déjà reçu plus de 150 signatures – enseignants, simples citoyens, entrepreneurs mais aussi quelques députés. Les auteurs invitent “quiconque ” à la co-signer. Objectif: récolter 5.000 signatures d’ici le 1er septembre 2020.

Le formulaire en-ligne permettant d’ajouter sa signature se trouve à cette adresse.

Pour la liste complète des personnes ayant déjà co-signé, consulter la fin du document de carte blanche, que vous trouverez ici.

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