Pas de culture d’entreprise sans culture d’investir – Les autres effets vertueux de la culture “investissoriale”

Hors-cadre
Par Carl-Alexandre Robyn · 31/05/2018

Dans la première partie de son réquisitoire en faveur d’une culture de l’investissement entrepreneurial, Carl-Alexandre Robyn avait pointé de premiers avantages en termes d’accueil favorable et de prédisposition plus affirmée d’un plus large public à la perspective de soutenir financièrement de jeunes projets.

Dans cette deuxième partie, il poursuit son énumération d’“effets vertueux”. A commencer par un effet sur le petit peloton de business angels…

1 – Un bien plus grand soutien des business angels

L’argent, c’est bien connu, est le nerf de la guerre. C’est d’autant plus vrai dans le monde des start-ups. À cette aune, nos jeunes pousses seront bien placées pour gagner la bataille entrepreneuriale, notamment du fait de l’immense force qu’elles puiseront auprès de business angels plus nombreux.

2 – Une vraie industrie du capital-risque

À l’échelon suivant de la chaîne de financement des start-ups, celui du capital-risque : de plus en plus de candidats investisseurs, de plus en plus d’apporteurs de fonds et mécaniquement de plus en plus de capitaux-risqueurs sophistiqués (plus professionnels et moins timorés).

Le nombre de structures en capital-risque augmente ainsi que celui des transactions, tout comme les montants investis par dossier. Actuellement, en Belgique, le montant moyen investi en capitaux de croissance est de 511.000 euros ! Dans d’autres pays, des transactions de cette taille relèveraient sans doute davantage de la sphère des business angels. 

Sur le marché belge, les business angels interviennent pour des montants de l’ordre de 100.000 euros, les fonds publics jouent plutôt entre 300.000 euros et un million d’euros, et les gros fonds d’investissement au-delà de deux millions d’euros. Il n’est donc pas facile de lever de un à deux millions d’euros pour financer sa croissance, à moins de combiner plusieurs petits fonds d’investissement, au risque de complexifier excessivement son actionnariat. 

Une bonne culture “investissoriale“, bien irriguée dans nos régions, fera probablement bouger le curseur vers le haut.

3 – Des banques en plus grande symbiose avec les entrepreneurs

Dans une nation vénérant l’esprit d’investir, les business angels et les venture capitalists (sociétés ou fonds de capital-risque) ne sont plus les seuls acteurs financiers à développer un vrai goût du risque. On y trouve des banques qui comprennent parfaitement le mode de fonctionnement et les besoins des start-ups et qui sont capables de les financer de manière adéquate.

4 – Un marché boursier revigoré parce que plus adapté aux entreprises émergentes d’élite

Baignés dans une véritable culture d’investir, le nombre de capitaux-risqueurs et d’opérateurs en Bourse s’accroît significativement (par rapport à la chétive situation actuelle) et, en même temps, éclosent des marchés primaires et secondaires spécifiques aux TPE, ayant chacun leurs places d’échanges dédiées.

5 – Une amélioration de la performance des structures d’intermédiation

Le progrès est à la fois quantitatif et qualitatif parce que les structures d’appui aux entreprises émergentes sont obligées de mieux connaître les subtilités des apporteurs de capitaux, présentent des projets plus en phase avec les perspectives de chaque catégorie de capitaux-risqueurs. 

Et ainsi ou pourra enfin juger de l’efficacité d’une structure d’incubation/accélération en fonction du nombre d’appariements réussis (c’est-à-dire des levées de fonds menées à bien) entre demandeurs et apporteurs de capitaux.

Dans une communauté nationale où la culture d’investir prime, on crée de fait un environnement start-uppeurial favorable où les investisseurs sont en compétition les uns avec les autres pour avoir une chance de financer la prochaine “pépite”, au lieu d’un contexte où ce sont les porteurs de projet qui doivent se battre (parcours du combattant) pour avoir une chance de pouvoir accéder à des investisseurs. 

Carl-Alexandre Robyn

Start-upologue, évaluateur de jeunes pousses

Cabinet Valoro

A suivre:

Pénurie de fonds ou de projets ? ou de vision ?