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La littératie numérique au coeur des “New Ways Of Working”

Hors-cadre
Par Delphine Jenart · 09/01/2019
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Un soir de décembre, dans le cadre de ses conférences Innov&Vous, le hub créatif namurois Trakk, avait invité deux spécialistes de la littératie numérique et médiatique pour aborder le thème des nouvelles compétences induites par le numérique et les NWOW “New ways of working” (les “Nouvelles formes d’organisation du travail” ou NFOT, en français).

“La littératie numérique et médiatique recouvre le champ du socle de compétences, de savoir-faire à développer pour pouvoir se comprendre, développer et communiquer du sens entre personnes, faire société”, résume Jerry Jacques, chercheur à l’UNamur et coordinateur du projet de recherche LitMe@Work (littératie média @ work).

Lancé il y a trois ans pour étudier les mutations du monde du travail dans un contexte de digitalisation, ce projet de recherche Brain (Belgian Research Action through Interdisciplinary Networks) de Belspo rassemble, en plus de l’UNamur, trois universités belges: l’UCLouvain, la KULeuven et l’Université de Saint-Louis-Bruxelles. Il aboutira, en mai prochain, à une publication destinée à accompagner les acteurs du monde du travail et de la formation vers les nouvelles formes d’organisation du travail (télétravail, digital office, coworking, activity based desk…).

Au-delà des outils: les compétences et le management

Dans son dernier baromètre de maturité numérique des entreprises wallonnes, Digital Wallonia parle d’“empowerment” numérique des travailleurs. La singularité du projet LitMe est justement d’observer ces nouvelles formes de travail sous l’angle des compétences nouvelles actionnées. 

“Pour étudier les NWOW, nous n’avons pas voulu partir des outils numériques utilisés, ce qui aurait rapidement rendu la recherche obsolète: nous proposons une matrice des compétences afin de produire une instrumentation en différents outils propres aux organisations”, déclare Anne-Sophie Collard, directrice de l’unité Communication et Internet du CRIDS (Centre de Recherche Informatique, Droit et Société de l’UNamur), par ailleurs promotrice et coordinatrice du projet LitMe@Work.

Dans un contexte de digitalisation continue, l’axe “compétences du numérique” est bel et bien au coeur de l’enjeu démocratique, sociétal, car au-delà d’une révolution technique, c’est d’une révolution culturelle qu’il s’agit. Qui, par essence, demande du temps pour s’imprimer. A l’heure où BNP Paribas Fortis, pour ne citer qu’un exemple, prévoit deux jours de télétravail obligatoire d’ici à 2020 pour ses employés, de vrais défis se posent en matière de management des ressources humaines.

Sous les technologies, l’impact humain, organisationnel…

Les avantages que l’on évoque, au sujet des NWOW, semblent nombreux: travail par projet et non plus par horaire, regain de flexibilité, moins de perte de temps et d’énergie dans les trajets, meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle… “Bien souvent, on retrouve les mêmes facteurs à l’origine d’un mouvement des entreprises vers les NWOW: déménagement, réduction des coûts, réorganisation du travail, respect de l’environnement…”, précise Anne-Sophie Collard. Dans un pays comme la Belgique à la mobilité difficile, la politique du télétravail est plus volontariste.

Mais dans ce mouvement vers les NWOW règne toujours le spectre de la motivation purement économique de l’employeur, ainsi que le transfert, sur les épaules de l’employé, de la coordination d’un travail voulu plus autonome, plus “agile”. “On assiste à une énorme rupture, à une idéologie du travail très forte, comme si le travail était le sens de la vie, qui demande un engagement puissant de l’employé, avec un effet individualisant”, explique Claire Lobet-Maris, vice-rectrice de l’UNamur et organisatrice des soirées Innov&Vous.

Entre l’“être” et le “faire”, il existe une certaine tension de discours: “On exhorte le travailleur à être agile, ce qui renvoie à ses valeurs, à ses motivations, alors que ces nouvelles formes d’organisation du travail s’appuient sur des compétences qui elles, ont trait au faire.”

Qui dit plus d’horizontalité dans les organisations dit évolution nécessaire des pratiques en matière de management: attention au mirage des outils numériques comme “baguette magique” du changement. “Tout le travail de coordination et d’articulation nécessaire à la collaboration est une tâche en soi, qui demande du temps et de l’expertise. Or, cela n’est à l’heure actuelle pas considéré comme tel”, constate Anne-Sophie Collard.

De l’université à l’entreprise, un rôle de transmission

L’originalité du point de vue débattu au Trakk, fin décembre, résidait dans l’angle choisi pour aborder les NWOW. Car les technologies de l’information et de la communication amènent de nouvelles répartitions. La question fondamentale est en effet: qu’attend-on de l’humain?

“Ces technologies viennent bousculer les ordonnancements traditionnels en termes de répartition des responsabilités, des comportements, des compétences… Nous amenons des réponses à ces nouvelles cosmogonies”, commente Claire Lobet-Maris, vice-rectrice de l’UNamur, organisatrice des soirées Innov&Vous et, par ailleurs, directrice de recherche au CRIDS. 

Dans un souci d’efficacité et de transversalité, les promoteurs du projet LitMe@Work entendent revenir vers nos dirigeants au printemps 2019 avec une note de synthèse visant à les outiller. La littératie au coeur de l’enjeu démocratique: les mêmes spécialistes avaient déjà conseillé la ministre de l’enseignement dans le cadre du Pacte d’excellence. “Dès le plus jeune âge, il s’agit d’éduquer au monde contemporain en lien avec le monde du travail, de réfléchir à des dispositifs cohérents”, estime Anne-Sophie Collard. Mais une fois encore, le complexe de la lasagne institutionnelle (distribution des compétences régionales et communautaires) n’aide pas.

Où se former, où se documenter sur les NWOW? Par qui se faire accompagner dans le développement d’une vraie politique NWOW en entreprise? Une telle “cartographie” devrait utilement faire l’objet d’un second volet de la recherche LitMe@Work après la publication open source des résultats, qui est donc programmée pour mai 2019 dans le cadre de la conférence finale qui se tiendra à l’UNamur sur le thème “La collaboration à distance dans un monde du travail digitalisé: les compétences médiatiques et numériques, design organisationnel et discours”.

Plus d’informations sur le projet LitMe@Work via le site du projet.

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