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Vers un refinancement structurel des EPN

Article
Par Jean-Luc Manise · 07/07/2021
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La pandémie et les phases de confinement ont fait apparaître l’importance et les faiblesses d’un dispositif vieux de 17 ans, celui des Espaces Publics Numériques (EPN) de Wallonie. Des 166 structures labellisées (parc matériel global de 1.252 postes fixes, 519 portables et 452 tablettes), 53% sont parvenues à rester ouvertes durant le premier confinement, en tenant compte des contraintes légales. 

L’autre moitié a fait avec les moyens du bord pour sortir du mode stand by, tantôt en déployant des outils de lien, d’animation et de formation à distance, tantôt en mettant son infrastructure à la disposition des étudiants et des personnes en recherche d’emploi et/ou en pratiquant des accompagnements individuels. 

Prise de conscience du politique

Les publics des EPN? Des personnes non équipées, mal à l’aise avec l’ordinateur, les seniors, les demandeurs d’emplois, les personnes isolées, les bénéficiaires des CPAS, les familles précarisées, les jeunes en difficulté, les étudiants non équipés (voir répartition en encadré ci-dessous).

53% des EPN ont les seniors comme premier public ; viennent ensuite, dans leur cas, les demandeurs d’emploi et les adolescents
25% s’adressent en priorité aux demandeurs d’emploi ; suivis par les personnes émanant du CPAS et les femmes isolées
17% ont les jeunes (8-25 ans) comme premier public

Pas facile dans ce contexte de déployer des animations, formations et accompagnements à distance, d’autant que de nombreux EPN disposent d’un équipement vétuste et de peu de moyens. A cette lacune-là, le politique a décidé d’apporter une réponse, libérant un budget de près de 2,5 millions d’euros, pour une injection de 15.000 euros pour chaque structure labellisée afin qu’elle puisse financer le renouvellement de son matériel.

Eric Blanchart, chargé de mission EPN auprès du centre de compétences Technofutur TIC qui a été chargé d’animer et de piloter le Centre régional de ressources des EPN: “La pandémie a provoqué une prise de conscience du politique de l’ampleur des inégalités sociales qui se créent à partir des inégalités numériques. Lors du confinement, personne n’était prêt. Tout le monde, les écoles comme les services sociaux ou les EPN, a dû bricoler et faire avec les moyens du bord. Énormément d’informations sont remontées au politique sur l’ampleur du problème.

 

Eric Blanchart (Technofutur TIC): “Il est temps aujourd’hui d’avoir une politique à plus long terme et un accompagnement considérablement renforcé.”

 

On peut regretter que cela ait dû se faire dans l’urgence. Il est temps aujourd’hui d’avoir une politique à plus long terme et un accompagnement considérablement renforcé. Voilà 15 ans que le dispositif est alimenté à coup d’appels à projets ponctuels et d’aides à l’équipement. Cela ne suffit pas. Il faut une vraie culture numérique, un financement structurel, un dispositif de formation. Les mesurettes, cela n’a pas marché et cela ne marchera jamais. Il faut penser l’inclusion numérique dans une vision holistique, bien au-delà de la lutte contre la fracture numérique.”

Socle commun et financement structurel

Comment cela pourrait-il se traduire? En septembre 2020, des propositions pour “un plan d’action pour la médiation numérique de tous les Wallons” ont été déposées par le SPW Économie, Emploi et Recherche et par l’Agence du Numérique, en collaboration avec l’ensemble des acteurs de l’inclusion, notamment le Centre de Ressources des EPN confié à Technofutur TIC.

Parmi les actions proposées, il y a le renforcement du dispositif et la mise en place d’un socle commun de compétences minimales destiné aux publics fragilisés. “Qu’il aille à Saint Nicolas, à Comines-Warneton ou à Virton, dans une bibliothèque, dans le cadre d’un Plan de Cohésion Sociale (PCS) ou dans un EPN communal, le citoyen aura ainsi la garantie de trouver le même contenu lié aux compétences numériques de base décrites dans le référentiel européen DigComp.” 

La fracture numérique touche toutes les catégories socio-démographiques et pas forcément là et dans les proportions que l’on imaginerait “logiques”… Une courbe de Gauss décalée en atteste. Source: Digital Wallonia.

 

Les auteurs du plan d’action basent la restructuration et le renforcement du dispositif sur un modèle à plusieurs niveaux. Les structures les plus proches des citoyens, communes et CPAS, seraient ainsi invitées à désigner un “agent-relais numérique” comme premier contact pour les éloignés du numérique. A eux de faire le relais vers un EPN de proximité, dont le nombre devrait augmenter via un nouvel appel à création.

Les EPN existants se verraient allouer un subventionnement structurel annuel, comprenant une obligation de co-financement pour le porteur (classiquement à hauteur de 50%). Montant indicatif de cette subvention? 25.000 euros.

Rendre les EPN “activables”

Eric Blanchart: “Au-delà des spécificités de chaque type de structure (voir encadré ci-dessous), le gouvernement wallon aimerait que chaque EPN puisse être activé pour pouvoir communiquer, accompagner et sensibiliser autour des politiques citoyennes, autour du numérique. Par exemple sur des projets comme la banque digitale.

Aujourd’hui, ce sont les EPN qui décident en disant j’ai le temps, j’ai pas le temps, j’ai envie, j’ai pas envie. On pourrait imaginer un financement qui, en contrepartie, permettrait d’“activer” le dispositif.”

Chiffres-clé des EPN en Wallonie

48% des communes accueillent un EPN
Répartition par province:
– Hainaut: 57
– Liège: 39
– Namur: 28
– Luxembourg: 26
– Brabant wallon: 16

Par type d’EPN, la répartition se présente comme suit:
– 27% sont des services communaux
– 26% sont implantés dans des bibliothèques publiques
– 26% sont hébergés par un CPAS ou relèvent d’un PCS (Plan de Cohésion Sociale)
– 21% des EPN sont des asbl

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Projet Start Digital à la rescousse?

En parallèle de ce (re)financement, il reste l’épineuse question du métier et du statut de l’animateur multimédia. Eric Blanchart: “Le chemin que nous avions tracé pour sensibiliser le Conseil Régional de la Formation et les autres organismes de formation a échoué. La volonté politique n’a pas été assez forte, nous avons pas eu assez d’influence pour pouvoir mener cela à terme même si nous sommes parvenus avec le Forem à produire un référentiel sur le métier d’animateur. 

Mais aujourd’hui, il y a le projet européen Start Digital porté en Wallonie par le Forem, le SPW, l’AdN, l’interfédé CISP [centres d’insertion socio-professionnelle], l’Ifapme et l’interMire [association de soutien et d’appui aux onze Missions Régionales pour l’Emploi (Mire)] dont une des missions est de valoriser et de former les médiateurs et animateurs numériques et de reconnaître un ensemble de compétences.

Le dossier est donc relancé: il pourrait déboucher sur une reconnaissance et une valorisation du métier si pas d’animateur en tout cas de médiateur numérique dans lequel les animateurs d’EPN pourraient se retrouver.”

Décloisonnement EPN-PMTIC

Dans les recommandations insérées en conclusion de son rapport d’activités 2019-2020 (voir encadré en fin d’article), Technofutur TIC préconise une mise en place de différents dispositifs de coordination entre les acteurs de la médiation numérique, notamment les EPN et les opérateurs PMTIC [Ndlr: PMTIC – Plan Mobilisateur des Technologies de l’information et de la Communication – est un programme déjà ancien qui vise à “sensibiliser et à former les personnes sans emploi aux technologies de l’information et de la communication”]. 

Eric Blanchart: “Où qu’il aille, le citoyen aura la garantie de trouver le même contenu lié aux compétences numériques de base.”

“En ce qui concerne les opérateurs PMTIC, le rapprochement est déjà opéré et c’est historique”, estime Eric Blanchart (lui-même formateur PMTIC).

Le LabSET (Laboratoire de soutien aux Synergies Education-Technologie) de l’université de Liège s’est vu reconfirmer sa mission de coordination pédagogique après avoir subi une interruption de sa subvention, tandis que le Centre de Compétences Technofutur TIC en assurera l’animation.

La convention porte sur deux ans. “Nous avons 24 mois pour animer ces deux beaux réseaux et montrer que des synergies sont possibles, qu’on peut faire bien des choses ensemble. Nous voulons proposer aux opérateurs PMTIC des services de valorisation et de communication. Il y a notre veille technologique, les formations, les webinaires, le prêt de matériel. Il y a aussi une présence et un relais dans les groupes de travail et de décision qui touchent à la médiation et l’inclusion numérique, à la montée en compétences numériques. 

Il y a encore toute le dimension des appels à projet et des partenariats comme ceux initiés par le gouvernement wallon, l’Europe ou encore par la Fondation Roi Baudouin. On veut jouer le rôle de communicateur, de médiateur et de facilitateur. La première étape sera une journée de rencontres communes entre les deux communautés.”

Fédérer les acteurs de l’inclusion autour d’une coupole

Plus largement, le Centre de Compétences prêche pour une mise en réseau des acteurs de l’inclusion numérique à travers une coupole où la représentation des EPN serait garantie.

“On estime à 500 le nombre d’acteurs effectifs impliqués directement ou indirectement dans la médiation numérique. Le spectre est large: de la lecture publique aux centres culturels et musées en passant par les CPAS et PCS, les centres technologiques communautaires, les associations de première ligne qui s’adressent à un public fragilisé, les associations d’éducation permanente, les tiers-lieux, les CoderDojos et bien sûr… les EPN et les opérateurs PMTIC.

Les parties prenantes, acteurs de terrain, décideurs et bénéficiaires finaux ont tout à gagner d’un dispositif coordonné, rassembleur, large, visible et cohérent de l’ensemble des initiatives œuvrant autour de la médiation numérique.”

Repenser et coordonner

Dans son rapport d’activités 2019-2020, déposé en mai 2021, le Centre de Compétences Technofutur TIC, chargé d’animer le Centre régional de ressources des EPN de Wallonie, formulait un certain nombre de recommandations pour asseoir l’avenir des EPN sur des bases plus solides et pérennes. 

Les voici…

1 – Penser l’inclusion numérique dans une vision holistique avec des concepts définis, partagés, opérants, bien au-delà de la “lutte contre la fracture numérique”

2 – Veiller à ce que les projets d’inclusion numérique soient ouverts et s’adaptent aux besoins de l’ensemble des citoyens, y compris les seniors, les personnes en situation de handicap ou en environnement fermé

3 – Adapter le dispositif, le label et le réseau des EPN dans une perspective de tiers-lieux territoriaux de médiation numérique

4 – Ancrer et utiliser le réseau des EPN comme relais de politiques publiques prioritaires

5 – Proposer aux professionnels de la médiation numérique un référentiel métier, des moyens, valoriser leur savoir-faire et leur ouvrir des perspectives professionnelles

6 – Coordonner les acteurs de première ligne en matière de médiation numérique: EPN, PMTIC, aidants numériques (projet Cross&Le@rn), facilitateurs

7 – Favoriser le rapprochement opérationnel des dispositifs EPN et PMTIC par une meilleure complémentarité via une mutualisation des ressources pédagogiques et une diversification des lieux de formation tout en respectant les finalités des deux dispositifs qui restent distinctes

8 – (Re)financer ces dispositifs de première ligne, principalement les EPN et PMTIC, à des niveaux adaptés aux conditions actuelles

9 – Proposer à tous les citoyens des outils d’auto-diagnostic de leurs compétences numériques basés sur le DigComp avec une suivi et une orientation ultérieure

10 – Dresser une cartographie actualisée et ouverte des acteurs de l’accès, de la médiation et de la formation numérique

11 – Veiller à ce que les outils, référentiels et méthodes développés dans les projets régionaux numériques soient effectivement rendus accessibles et soient partagés par tous les acteurs de l’inclusion numérique

12 – Mettre en réseau les acteurs de l’inclusion numérique à travers une coupole où la représentation des EPN serait garantie

13 – Adresser une communication claire au citoyen sur la nécessité de développer ses usages et compétences numériques, afin que de le renseigner sur les initiatives à sa disposition

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