Molengeek veut s’inscrire dans la durée

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Par Olivier Fabes · 01/02/2016

Au centre de l’intérêt médiatique et politique ce week-end, le “start-up weekend” made in Molenbeek espère bien déboucher sur un suivi plus récurrent pour les entrepreneurs qui se sont découvert une vocation.

Vu les circonstances que tout le monde connaît, la deuxième édition de Molengeek (après avoir essuyé les plâtres en mai dernier) a suscité beaucoup de curiosité: la présence (ou parfois le bref passage) de trois ministres, de l’ambassadrice des Etats-Unis, des séquences aux JT des deux grandes chaînes francophones et un sponsoring de diverses marques (KBC, Google, Microsoft…).

Du côté des principaux intéressés, à savoir les porteurs de projets, l’intérêt aussi était fort heureusement au rendez-vous: une quarantaine de participants (contre 20 à la première édition), répartis dans les 7 projets sélectionnés le vendredi soir. Avec déjà deux constats forts: une majorité de femmes (25 sur 40, une prouesse vu le côté tout de même très “geek” de l’événement) et environ un tiers de participants non-Molenbeekois.

Certain(e)s étaient venu(e)s de Wallonie pour confronter leurs idées. Le Molenbeekois Ibrahim Ouassari, fondateur de l’entreprise informatique UrbanTech (25 personnes) et co-initiateur de Molengeek, dit avoir été agréablement surpris par la motivation et l’aplomb des participants autant que par leur capacité à présenter un projet de façon convaincante. “C’était un baptême du feu pour l’énorme majorité d’entre eux.”

Pour sa part, la Franco-Belge Julie Foulon, co-organisatrice et par ailleurs active dans l’incubateur KBC@StartIt Bruxelles, ne s’attendait pas à de si bonnes bases en marketing et en gestion.  A épingler également, la présence de tous bons développeurs.

Diversité

La diversité des projets est à l’image de la diversité d’origines des participants. Nous n’allons pas nous attarder ici sur la foule de prix différents qui ont été remis – tout le monde est reparti avec quelque chose, fût-ce quelques semaines gratuites dans un coworking – mais épinglons toutefois quatre projets (noms encore provisoires) qui ont retenu toute l’attention du jury:

  • ASAS (prix du projet le plus technologique): porté par des ingénieurs (dont une fille), il vise à développer des capteurs de sécurité domestique qui détecteraient notamment les incendies. L’idée est de concevoir des objets connectés plus performants que la seule observation humaine pour détecter une fuite de gaz, une source d’humidité, etc.
  • Green Box: idée de stimuler les circuits courts à travers une application qui crée du lien non pas entre le consommateur et le produit, mais entre le consommateur et le producteur/agriculteur. Pour donner réellement l’envie de consommer local, même en ville.
  • les deux derniers projets épinglés sont sensiblement moins “tech oriented”: “Oasis Urbaine”: idée de développer l’agriculture urbaine en investissant des espaces verts, jardins, friches sous-exploités.
  • My Shoesing: idée d’une plate-forme permettant l’achat de chaussures dépareillées (pointure différente selon le pied). Le ‘business model’ ne saute pas aux yeux, mais les porteurs de ce projet ont en tous cas pu vérifier lors de divers micro-trottoirs et discussions avec le jury que le “problème” d’un pied plus grand que l’autre était bien réel pour de nombreuses personnes.

Quid du passage à l’acte?

Comme c’est généralement le cas pour tout événement de type “Startup Weekend”, il est trop tôt pour déjà envisager le passage de l’un ou l’autre projet en entreprise. Les lauréats vont en tous cas pouvoir profiter de plusieurs semaines d’accompagnement gratuit ou mise à disposition de bureaux pour poursuivre leur travail de défrichage. L’un des sponsors a même fait savoir que son prix incluait une enveloppe de 1.000 euros en cash, uniquement encaissable lors du passage en société.

Parmi les 3 projets qui étaient sortis du Molengeek précédent, un seul, porté par une indépendante dans le domaine du prêt-à-porter, a poursuivi son chemin. “Les autres ont été mis sous l’éteignoir essentiellement parce que portés par des gens qui ont déjà un travail par ailleurs et n’osent pas quitter leur petite cage dorée,” observe Ibrahim Ouassari.

Assurer un suivi local

Molengeek: compétences et entrepreneuriat, teintés de diversité…

Les organisateurs espèrent bien qu’au-délà du coup médiatique et des nombreux coups de pouce par des partenaires privés, Molengeek puisse s’inscrire dans la durée. Il leur semblerait logique que les néo-entrepreneurs qui en sortent puissent s’appuyer sur une structure d’accompagnement de start-up permanente.

“On pourrait se dire que le porteur de projet molenbeekois n’a qu’à passer le canal et venir frapper à la porte d’un incubateur du centre-ville. La lauréate du premier Molengeek est venue à KBC@Startit, mais elle ne s’y est jamais sentie à l’aise. Ce n’est pas si facile. Il faut créer une sorte d’environnement intermédiaire entre les deux mondes,” observe Julie Foulon.

Une question de culture mais aussi de langue. “Ce dernier Molengeek a par exemple permis à des Belges d’origine étrangère de se familiariser avec le “frenglish” très à la mode dans le milieu des start-ups. Cela n’a l’air de rien, mais c’est fondamental,” fait remarquer Ibrahim Ouassari.

Faire en sorte que les néo-entrepreneurs qui sortent d’un Molengeek puissent s’appuyer sur une structure d’accompagnement de start-up permanente.

Ils rêvent d’un centre d’innovation à Molenbeek, qui assurerait le suivi indispensable. “Le Ministre Alexandre De Croo s’est engagé à nous revoir. Le directeur du centre d’entreprises de Molenbeek a promis de mettre 100m2 d’espaces de coworking à disposition des porteurs de projet. C’est déjà du positif,” clament les organisateurs, bien conscients du risque aussi de récupération politique “sans lendemain”…

En tout cas, ce week-end entrepreneurial en bordure du canal était baptisé Molengeek S2E1, saison deux épisode un, signe donc que d’autres épisodes devraient suivre, sans doute encore en 2016.