Pourquoi Liège, candidate à l’Expo 2017, devrait devenir plus ‘intelligente’

Tribune
Par Philippe Dubernard · 24/09/2012

Dans le cadre de sa candidature à l’Exposition Internationale 2017, Liège a organisé du 19 au 21 septembre le forum scientifique international “Liège for ICT”. L’objectif était de de convaincre les délégués des pays votants du BIE (Bureau International des Expositions) qu’elle est bien la ville la mieux placée pour héberger un événement d’une telle ampleur en 2017 et de démontrer la pertinence du thème choisi pour l’Exposition Internationale 2017. A savoir: la connectivité.

L’idée était de sélectionner un sujet porteur qui soit par ailleurs cohérent avec les atouts de la Belgique, de la Région, de la Province et de la Ville de Liège. Le thème “Connecter le monde. Relier les gens. Mieux Vivre ensemble” se veut porteur d’un débat sur l’influence des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans nos vies quotidiennes. La question posée par Liège Expo 2017 étant de savoir comment les moyens existants pour connecter la planète peuvent servir la solidarité, particulièrement dans cinq domaines : la santé, les transports, la culture, l’éducation et l’environnement

Liège a le devoir de donner l’exemple

En dépit de l’enthousiasme que suscite l’organisation de cette Expo Internationale, Liège doit mesurer ce que signifie l’organisation d’un tel événement. Depuis plus de dix ans, la ville met en place une audacieuse stratégie de reconversion et le thème choisi caractérise parfaitement l’effort engagé par Liège de se tourner vers des modes de vie durables, basés sur l’innovation technologique. Pourtant de nombreux défis sont à relever.

Prenons le cas de Yeosu, en Corée du Sud, qui a ouvert ses portes cette année à l’Exposition Internationale “Pour des Côtes et des Océans Vivants”. La ville a fait face à un nombre ahurissant de défis : des contraintes gigantesques imposées au trafic, des exigences sévères en matière de sécurité publique et une demande croissante d’eau et d’énergie. En tant que ville candidate à l’organisation de l’Expo Internationale 2017, Liège doit trouver de nouvelles voies pour se rendre “plus intelligente”.

Bien plus que des briques 

Les grands événements donnent une impulsion positive à la ville qui les accueille. Non seulement le tourisme mais aussi toute la vie économique s’enthousiasment face à l’intérêt que les pays étrangers manifestent à l’égard de la ville qui organise l’événement. Dans le même temps, un événement tel qu’une Exposition Internationale confirme qu’une ville, c’est infiniment plus que simplement des briques et du ciment. La ville développera un pouvoir d’attraction sur les nouvelles générations et lancera des ponts entre les divers groupes sociaux qui composent sa population. Les interactions entre les personnes, les services et l’infrastructure illustrent à quel point le réseau infrastructurel d’une ville est complexe. Tout l’art consiste à appréhender ses divers composantes non pas individuellement, mais au travers d’une approche intégrée.

La réflexion systémique 

Les villes qui veulent développer leur notoriété internationale doivent dès lors avoir recours à ce qui se fait de mieux en termes de technologies de l’information, d’outils d’analyse et de réflexion systémique. C’est d’autant plus le cas pour Liège, candidate à l’Expo 2017, dont le thème est la cybertechnologie: “Connecter le monde. Relier les gens. Mieux vivre ensemble”. Les autorités pourront ainsi, au niveau de l’infrastructure, développer une approche centrée sur l’habitant et interconnecter les divers systèmes de manière intelligente. Plus que jamais, la nécessité pour les villes de fonctionner de manière plus ‘astucieuse’ et de relier intelligemment entre eux les divers moyens et services est devenue une évidence.

Les moyens qui permettent de rendre une ville ‘plus intelligente’ se situent dans la rue, au sens littéral du terme.

Des capteurs, des caméras, des signaux Bluetooth, des infrastructures Wi-fi, des téléphones mobiles, des capteurs de stationnement, la coordination d’événements, les prévisions météo, les heures d’arrivée des transports publics et même le trafic d’informations subjectives via Twitter et autres. Le temps réel des événements et des changements: voilà autant de données qu’il est facile de convertir en informations utilisables. Dès l’instant où elle est corrélée et utilisée de manière intelligente, cette information facilite la coordination entre les services publics ou parastataux, l’activité des entreprises et les organisations d’événements. Il devient alors plus aisé de gérer les comportements de groupes et les flux de trafic. De même, la prévision de problèmes futurs s’en trouve facilitée. Il devient alors possible de les résoudre avant qu’ils ne se présentent et de garantir une meilleure maîtrise de la situation.

➭  Rio de Janeiro est un bel exemple mondial d’une ville qui utilise les données à son avantage. Eduardo Paes, le maire de la ville, a décidé de faire appel à un système qui intègre les données d’une trentaine de services relatifs à la climatologie, aux transports et aux services d’urgence. Au confluent de ces données se trouve « l’Intelligent Operations Center », qui constitue un tableau de bord remarquable de l’infrastructure de Rio. Cette plate-forme permet aux autorités de la ville de réagir à d’éventuelles calamités et de se préparer aux situations d’urgence qui pourraient survenir lors des grands événements que la ville organise dans les années à venir (Championnats du Monde de football 2014, Jeux Olympiques de 2016).

➭  Grâce à son excellente infrastructure numérique (et notamment le plus grand point nodal Internet au monde), la ville d’Amsterdam détient tous les atouts pour devenir une ville ‘intelligente’. La municipalité met l’ensemble des données publiques à la disposition des étudiants et des développeurs pour qu’ils puissent créer des applications smartphone intelligentes pour le compte des habitants.

➭  Mons. Louvain. Un peu plus hésitante, la Belgique fait à son tour les premiers pas dans la bonne direction. La Ville de Mons coordonne plusieurs projets énergétiques qui, par le truchement des technologies de l’information, sensibilisent les citoyens et les autorités à leur consommation énergétique. Mons prépare d’autre part Mons 2015: Capitale Européenne de la Culture, avec pour thème “Quand la technologie rencontre la culture”.

Quant à la Ville de Louvain, elle a travaillé à un système de gestion intelligente du trafic, pour fluidifier celui-ci. Quoi qu’il en soit, l’objectif est d’aboutir à une approche intégrée et de se lancer résolument dans le développement et l’intégration intelligente de projets et systèmes nouveaux ou existants.

Il est temps d’investir 

Aujourd’hui, le besoin d’investir dans des systèmes intelligents est urgent, et je me réjouis que Liège en ait pris toute la mesure, non seulement parce que la préparation d’un événement comme une Exposition Internationale prend du temps, mais aussi parce que la population des villes augmente rapidement. Chaque semaine, un million de personnes déménagent vers les villes. Les experts estiment que les populations urbaines auront doublé d’ici 2050. Les villes sont dès lors contraintes de mettre en place une gestion intelligente de leurs services et infrastructures.

Le moment est venu pour les autorités d’investir dans des innovations qui rendront la ville plus ‘intelligente’ et plus attractive. Cela leur permettra premièrement d’attirer de grands événements, qui sont de grands catalyseurs de notoriété internationale. Ensuite, ces technologies permettront de garantir à long terme aux habitants un environnement qui soit à la fois sûr, sain et durable.

La ville de Liège devra donc être attractive, au risque d’être désertée au profit des autres villes.

Philippe Dubernard

IBM Belgium/Luxembourg. Public Sector Business Development Project Executive, Smarter Cities Leader