Benoît Macq: mobiliser les meilleurs sans oublier l’inclusion

Interview
Par · 24/08/2015

On le connaît plus comme professeur de l’UCL (responsable de recherches “Image processing & Information theory”) et comme ancien vice-recteur de cette dernière. Depuis près d’un an, Benoît Macq a toutefois ajouté un nouveau rôle à ses fonctions habituelles. En l’occurrence, celui d’expert auprès du Cabinet Marcourt, en tant que membre du duo qui constitue l’équipe “pro-numérique”. Un rôle qu’il affectionne et espère prolonger au-delà de la première année et qui l’a vu devenir l’une des chevilles ouvrières des Assises du Numérique, l’un des “éditeurs”, comme il les appelle, du futur Plan du Numérique que proposeront Jean-Claude Marcourt et le gouvernement à l’automne (en octobre?).

A l’occasion d’un entretien, il nous apporte sa vision des choses – sans dévoiler ou augurer de la teneur finale du Plan – depuis la genèse de l’initiative jusqu’à certaines initiatives qui devront nécessairement être prises ou impulsées dans les divers volets de la réalité économique et de la société wallonne (au sens large): enseignement, industrie, citoyens…

Ancrer le plan dans la réalité

Pourquoi un nouveau Plan alors que le Master Plan TIC, préparé en 2012, n’a jamais vu le jour (en tant que tel, du moins – certains de ses éléments ont, peu ou prou, été concrétisés)? Pour Benoît Macq, l’un des objectifs qui a été fixés pour la genèse du futur Plan du Numérique fut de l’axer et de davantage prendre en compte les impacts du numérique sur la société (lisez: la collectivité des utilisateurs et des professionnels), “la réalité des gens”.

  • l’économie du numérique: développement du secteur ICT, communautés numériques, start-ups, cyber-sécurité, financement (outils publics, fonds privés, crowdfunding…)…
  • l’économie par le numérique: activités économiques et services numériques, industrie 4.0, e-commerce, culture, médias…
  • le territoire numérique: infrastructure (très) haut débit, e-santé, villes intelligentes, mobilité, nouveaux mode de travail, administration numérique, pouvoirs locaux, open data…
  • les talents: enseignement, formation continuée, inclusion numérique…

“Le Master Plan TIC [rédigé sous la houlette de l’AWT] était trop exclusivement basé sur les technologies: le big data, l’Internet des Objets… Voilà pourquoi nous avons décidé de structurer le nouveau plan selon 4 axes: économie du numérique, économie par le numérique, territoire/action publique, talents (voir rappel de ces 4 axes en encadré ci-contre).

Il fallait repenser le Master Plan TIC selon deux lignes de force nouvelles: l’économie et la société wallonnes; et le rôle spécifique que peut jouer la Wallonie, sa place dans le numérique.”

La législature en cours, déjà entamée d’un cinquième, devra donc être placée sous le signe du numérique. “Avec des objectifs, peu nombreux mais forts, réalistes et qui mobilisent.”

Pas question non plus de promettre ou de viser la lune. Ce “rôle spécifique” de la Wallonie dans le contexte, l’innovation, l’exploitation du numérique doit tenir compte du contexte local – tant en termes de besoins et lacunes à combler que de moyens et ressources, “sans prétention déplacée”. En termes d’entité politique, la Région n’a pas pour vocation de se substituer aux initiatives privées mais doit par contre opérer en parallèle, en soutien, en complément, en stimulatrice.

Un juste équilibre

Le slogan fait un peu sourire: transformer la Wallonie en “terre d’excellence numérique”. Quand on connaît la situation et les lacunes, les tentatives ou mantra passés… Est-ce réaliste, réalisable? Ou, plutôt, comment?

Benoît Macq: “il faut combiner, d’une part, l’idée d’excellence, qui consiste à mobiliser les meilleurs pour les amener à un niveau international, au top européen voire mondial, et, de l’autre, être très local, prendre en compte les nombreuses initiatives wallonnes, agir au niveau de écoles, des parcs scientifiques, des clubs d’entreprise. Il faut travailler en fractal, à de multiples échelles…”

Davantage d’agilité

Si le Plan, nécessaire sous cet angle d’impulsion mais aussi de support (financement, orchestration…), est destiné à couvrir la législature en cours, pas question, souligne Benoît Macq, de le concevoir comme un plan quinquennal rigide, à la soviétique. “Le rythme d’évolution des technologies est tel qu’il faut être flexible. On ne peut dicter un plan quinquennal comme c’est par contre possible, par exemple, dans le monde des biotechnologies…”

Benoît Macq: “des objectifs peu nombreux mais forts, réalistes et qui mobilisent.”

Les balises que Benoît Macq définit pour l’avenir et le déploiement de ce Plan?

  • “susciter une implication suffisamment forte en termes de rupture par le numérique”; implication qui doit se concrétiser notamment du côté des universités, de la recherche, des start-ups…
  • “un relais fort avec ce qui se passe au niveau européen. La Flandre, par exemple, est très présente dans tous les forums. La Wallonie nettement moins.” Il faut redresser la barre
  • “cultiver l’excellence, saisir des opportunités de rupture, s’inspirer des bons exemples” qu’ils soient venus d’ailleurs ou qu’ils aient été créés de toutes pièces chez nous. “Nous travaillons d’ores et déjà sur des projets concrets, qui puissent servir de projets-pilote et d’exemples.” Et ils devront concerner tous les secteurs de l’économie: industrie, sciences, production de contenus numériques, enseignement, entreprises commerciales… L’une des recettes sera d’ailleurs l’“hybridation” entre secteurs. Un exemple: l’optimisation des processus et technologies par le numérique (big data, maintenance prédictive…) au service de la protonthérapie.

Impulsion

Le rôle de la Région [des instances publiques et politiques] est aussi de mettre en oeuvre ou de permettre que des structures, des leviers efficaces se mettent en oeuvre.

L’un des reproches que de nombreux observateurs font, c’est que la Wallonie dispose en effet de nombreux (trop nombreux?) instruments, structures, acteurs mais qu’ils ne sont pas suffisamment coordonnés, complémentaires, harmonisés. L’efficacité – l’efficience – sont parfois loin d’être au rendez-vous. En comparaison, la Flandre apparaît souvent comme une mécanique bien huilée.

L’un des défis lancés: “imaginer un iMinds wallon.”

L’un des exemples-type est iMinds (l’ex-IBBT) qui se définit comme le “centre pour la recherche et l’entrepreneuriat numériques en Flandre.” Il a par exemple mis en oeuvre un “club réunissant tous les laboratoires universitaires ayant donné naissance ou préparant des spin-offs et start-ups”, relève Benoît Macq.

iMinds, c’est notamment:

  • un incubateur de start-ups (iStart) qui affiche déjà plus de 75 jeunes pousses, souvent très en pointe technologiquement, au compteur;
  • 5 thèmes: ICT, média, santé, villes intelligentes, industrie
  • un total à ce jour de 300 projets de recherche (flamands et/ou européens)
  • plus de 900 chercheurs universitaires qui se mettent à la disposition de l’industrie, des PME et du monde associatif dans le cadre de projets de recherche et de mécanismes de transfert de connaissances, de transformation de l’industrie
  • un concept de “recherche agile” (projets ICON menés de concert par des chercheurs et des entreprises, living labs…)

L’un des défis qu’a mis Jean-Claude Marcourt sur la table? “Qui sera l’iMinds wallon?” Sous une autre forme éventuellement…


A découvrir dans le reste de notre dossier, les vues de Benoît Macq sur les différents chapitres du futur Plan et des indications sur ce qui s’est discuté et a été proposé au sein du Conseil du Numérique. Exemples? De nouvelles manières d’aider financièrement la croissance des sociétés à fort potentiel; la promotion du réflexe numérique et l’encouragement à la croissance; la nécessité du très haut débit; l’évolution nécessaire du secteur IT wallon; la prolongation du Conseil du Numérique.