Industrie 4.0: plaidoyer général pro-numérique

Hors-cadre
Par · 01/06/2015

Au travers de son Plan Marshall 4.0, la Wallonie veut miser sur la réindustrialisation, “amplifier le redéploiement” d’une industrie qui a subi un hyper-coup de Jarnac dans les années 60 et 70, sans avoir les outils en mains pour réinvestir. Résultat: la Bérézina. Industrie déclassée, des dizaines de milliers d’emplois industriels perdus… Mais maintenant que la Région a en mains les leviers d’action pour réagir…

Tel était en tout cas le message, sans fioritures, livré par Paul Magnette, MInistre-Président wallon, lors de la présentation officielle du Plan Marshall 4.0, vendredi dernier.

Une Wallonie et un Paul Magnette qui continuent de prendre l’exemple – ou tout au moins de se comparer à l’Allemagne et à son “outil industriel de qualité” et, comme contre-exemple, l’Irlande qui, voici une dizaine d’années, misait quasi exclusivement sur une économie de services.

“L’Allemagne a su préserver un outil industriel de qualité. Aujourd’hui, l’économie allemande, c’est 20% d’emplois industriels. Contre 13% chez nous, où on a réussi à freiné la chute. La France fait moins bien avec 10% et le Royaume-Uni encore moins, avec 8,5%.”

Le redressement économique de la Wallonie, raisonne le gouvernement, passera par un redéploiement industriel à l’aide de nouvelles politiques. A savoir, notamment, la promotion de l’économie circulaire et du numérique. Avec “le souci d’une maintenance et d’une modernisation constantes de l’outil”, l’aptitude à “anticiper les prochaines ruptures technologiques” et la réussite d’une “révolution” quasi-culturelle par le numérique devant moderniser tout à la fois l’industrie, l’enseignement, le développement urbain, l’administration publique…

Du concret, s’il vous plaît!

La critique n’a jamais été exprimée de manière très nette ou agressive mais il est clair que tous les observateurs et parties prenantes – politiques ou autres – attendent du Plan Marshall (tous matricules confondus) qu’il porte ses fruits – de manière chiffrée et démontrable. Et quel meilleur indice que la création d’emplois ou la contribution au PIB?

“Beaucoup de projets, jusqu’ici, ont été portés par des centres de recherche. Ils se sont multipliés sans qu’il y ait un impact sensible dans la vie réelle”, estime Thierry Castagne, directeur général d’Agoria Wallonie.

“Désormais, dans le cadre du Plan Marshall 4.0, l’accent est mis sur l’accélération de la mise sur le marché [de ce qui fait l’objet d’aides et d’actions publiques] et la création de valeur. Le but clairement défini est d’avoir un impact sur le PIB, sur le chiffre d’affaires, sur la création et le maintien d’emploi, ainsi que sur une implication plus étroite des sources de financement – qu’il s’agisse des invests ou de capital-risqueurs privés, au sein des Pôles de compétitivité. Ce sont là deux axes qu’Agoria soutient pleinement…”

Thierry Castagne (Agoria Wallonie): réussir à pouvoir afficher des success stories telles que Materialise en Flandre (issue, pour la petite histoire, d’un projet de recherche au Sirris à Liège, du temps où le centre s’appelait encore CRIF- Centre de Recherche des Industries de Fabrication). “Est-on capable, en Wallonie, dans le cadre des Pôles de compétitivité de citer 5 projets emblématiques qui ont abouti, en termes de rupture et d’envergure internationale?”

L’intention, que ce soit au niveau du Plan Marshall 4.0 ou du Master Plan numérique, semble donc bel et bien de pousser des mesures et initiatives devant mettre l’accent sur quelques leviers tangibles:

  • création d’emploi
  • croissance des (petites) entreprises
  • développement à l’international
  • coopération industrie-PME-recherche-académique
  • implication plus étroite des bras armés financiers (invests & co) dans les actions et projets des Pôles de compétitivité (sans oublier les clusters?)
  • action transversale de l’ICT et de ses acteurs pour favoriser “l’excellence opérationnelle” (modernisation et optimisation des processus) à travers les divers secteurs d’activités.

Repère pour “curseur” technologique

Le “Master Plan Innovation”, concocté par Agoria et le Sirris sur base de contributions et avis de quelque 120 acteurs industriels et d’une série d’études sectorielles, se veut un cadre de référence, un réservoir d’idées et de pistes dans lequel les entreprises et les industriels pourront aller puiser des inspirations et des conseils pour décider de leurs choix — stratégiques et technologiques.

Le Master Plan Innovation se structure en trois axes: “business of the future”, “product of the future”, “factory of the future”. Une série de “flux de tendances” ont été identifiés. Chacun d’eux est associé à divers “modèles” qui décrivent les niveaux d’impact qu’ont ces tendances sur les entreprises, selon son contexte et ses ambitions.

Objectif: “donner aux entreprises [commerciales ou industrielles] un aperçu des tendances et évolutions actuelles et futures”, “les aider à déterminer quels produits, techniques de fabrication et stratégies peuvent être exploitées pour faire face aux évolutions actuelles et futures, et réussir l’équilibre entre production et modèle commercial.”

De quoi leur donner un outil face au défi de la maîtrise d’une innovation qui a pris le mords aux dents. Impossible en effet ou très difficile pour les entreprises, surtout pour les plus modestes, de se tenir seules au courant face à la déferlante des informations et des innovations technologiques, en retenir ou sélectionner l’essentiel ou le pertinent, et passer sans tarder et sans erreur à l’implémentation.

“Jusqu’à présent, en Belgique, on s’est surtout focalisé, en termes d’innovation, sur le produit ou l’innovation purement technologique. Il s’agit désormais d’y ajouter deux nouveaux axes pour qu’il y ait un réel impact”, souligne Thierry Castagne. A savoir: l’innovation business et l’innovation organisationnelle, “autrement dit, l’optimisation des processus et de l’excellence opérationnelle. Et dans ces deux axes, l’IT a clairement un rôle à jouer.”

Thierry Castagne: “Le Master Plan Innovation est avant tout un outil de dialogue, qui permet à l’entreprise de savoir où mettre le curseur en matière d’innovation.”

Ces deux axes ne se retrouveront pas encore, cette année, dans le Master Plan numérique du ministre Marcourt mais, selon certaines sources, le gouvernement s’y attèlera l’année prochaine. Ce sera d’ailleurs aussi l’une des tâches de l’Infopole Cluster TIC à l’avenir: faire bénéficier les Pôles de compétitivité de l’expérience et de l’apport de ses propres membres dans ces deux domaines.

Innovation produit, business et organisationnel. Comment mettre en oeuvre de tels projets, dans ces 3 axes, au sein des Pôles de compétitivité? Quel sera le choix de méthode de la part du gouvernement wallon? Thierry Castagne évoque deux pistes, avec une préférence pour l’une d’elles.

Soit des appels à projets spécifiques, dédiés à l’innovation business et à l’innovation organisationnelle.

Soit — et c’est la voie qu’il préférerait voir privilégier — “une case supplémentaire dans les appels à projet classiques, qui introduirait cette notion d’innovation business”. Avec, donc, une partie du budget de l’appel à projets réservé à cet axe, ou à cette “case”.

“Encore faudrait-il inciter les entreprises à “consommer” réellement cette frange de budget…” Il y a là, à ses yeux, un rôle de conscientisation et d’animation à jouer du côté de l’Infopole Cluster TIC.

Quelques points orientés IT/high-tech sur lesquels le Master Plan Innovation veut attirer l’attention?

  • l’IT comme levier d’efficacité et de préservation du caractère compétitif d’une entreprise
  • l’évolution des modèles commerciaux, en mode “2.0” et “disruptif (constant)”
  • la contextualisation des fonctions d’un produit, par exploitation, notamment, de l’analytique big data
  • la progression concurrentielle par enrichissement incrémental des fonctions d’un produit
  • l’analyse des besoins spécifiques de chaque client pour une personnalisation du produit ou du service, tout en conservant un potentiel de production de masse
  • la “numérisation” des unités de production, qui passe par “l’intégration horizontale à travers les chaînes logistiques, l’intégration verticale depuis le site de production jusqu’au centre de décision

Industrie 4.0 et production additive

La fabrication “additive” (domaine de l’impression 3D qui touche potentiellement tous les secteurs, via des techniques et des matières multiples) est pointée comme une piste potentiellement porteuse d’activités par le gouvernement. Le ministre Jean-Claude Marcourt y faisait allusion, lors de la présentation du Plan Marshall 4.0, vendredi dernier, lorsqu’il citait en exemple Techspace Aero. Relire notre article. 

Pour Thierry Castagne également, il y a là matière à création de filière(s) en s’appuyant sur quelques start-ups, qu’elles soient positionnées comme prestataires de services ou comme producteurs (comme AddiParts à Mons).

Il est une autre piste à laquelle la Wallonie pourrait réfléchir, estime-t-il: celle de la production de machines (imprimantes 3D). “A-t-on loupé le coche, est-il trop tard? Nous avons un savoir-faire historique qui justifierait qu’il soit exploité dans ce domaine de la fabrication additive. Mais les concurrents sont déjà nombreux et de taille. Peut-être y a-t-il toutefois des créneaux, des niches en fabrication de machines à explorer, à la frontière de la numérisation et de l’électromécanique.