“N’ayez pas peur du numérique”. Un e-book belge collectif sur les enjeux des entreprises

Hors-cadre
Par Olivier Fabes · 20/05/2015

Le “Nouvel Ordre Digital” s’inspire du livre rédigé par Charles-Edouard Bouée (CEO du cabinet de consultance international Roland Berger) intitulé “Light Footprint Management”, évoquant la nouvelle façon de comprendre le monde en mêlant le monde militaire (la doctrine d’Obama) et l’approche philosophique selon la perception chinoise.

Il aborde l’importance de la stratégie, de la logistique ou de la gestion de l’information pour les organisations, sur fond de menace cyber-criminelle.

L’e-book “Le Nouvel Ordre Numérique” est paru chez l’éditeur liégeois 100% numérique BeBooks (9,99 euros). A découvrir ici.

L’ouvrage regroupe une dizaine de contributions d’experts belges et étrangers, des mondes économique, universitaire et même militaire. Ce regard multidisciplinaire sur les mutations numériques de nos économies fait toute l’originalité de cet ouvrage, qu’on aurait aimé parfois un peu plus ancré dans la réalité de nos entreprises. N’y cherchez donc pas de conseils “prêts à l’usage” mais plutôt une abondante matière pour nourrir vos réflexions.

Nous avons rencontré Claude Lepère, l’architecte de cet ouvrage collectif et initiateur par ailleurs il y a quelques années des Assises de l’Intelligence Stratégique au sein de l’AEI (ex-ASE) wallonne, pour en extraire quelques messages-clés à l’intention des responsables d’entreprises wallons et bruxellois.

1. Ni le partage béat ni la guerre totale

L’heure est à l’économie “du partage”, au participatif à tout crin, à l’innovation ouverte, etc. Et, d’un autre côté, les menaces de cyber-espionnage n’ont jamais été aussi élevées. Jusqu’où partager dès lors ? “Il faut bien prendre conscience que le monde du partage a ses limites. Mais il ne faut pas non plus verser dans la paranoïa. Pour trouver le juste milieu, les chefs d’entreprise doivent s’appuyer sur leur culture et leur histoire personnelle pour relativiser et créer un climat de confiance. Priorité au pragmatisme,” avance Claude Lepère.

Plutôt que l’empressement à “partager”, il insiste sur l’importance de s’affirmer comme expert: “Si vous estimez être un expert dans un domaine, n’hésitez pas à prendre la parole sur ce sujet, à créer un dialogue avec des clients ou partenaires. Cela aide à créer la confiance évoquée à l’instant.” Le numérique, à travers les réseaux sociaux, facilite cette prise de parole. Une invitation à sortir du confort douillet de l’entreprise donc.

2. La plus grande menace digitale: sous-estimer la valeur de l’information

Claude Lepère: “Beaucoup de PME rechignent à communiquer sur leurs objectifs et leur vision, considérées comme des informations confidentielles, alors qu’elles auraient tout intérêt à communiquer à ce sujet pour créer de l’adhésion en interne et en externe.”

La plus grande menace “digitale” ne vient pas de Chine, pas plus que de France, des Etats-Unis ou d’Allemagne, mais bien de l’incapacité en interne à jauger l’importance de certaines informations et, ensuite, à les sécuriser.

“Ce qui fait la solidité du modèle économique d’une entreprise n’est pas toujours ce que l’on croit. A l’inverse, beaucoup de PME rechignent à communiquer sur leurs objectifs et leur vision, considérées comme des informations confidentielles, alors qu’elles auraient tout intérêt à communiquer à ce sujet pour créer de l’adhésion en interne et en externe.”

Et d’épingler l’extrême prudence de nombreuses entreprises à faire la transparence sur leurs résultats financiers, alors que ceux-ci sont largement disponibles en ligne à la Banque Nationale… Le “digital” peut aussi créer un décalage à ce niveau. “A l’inverse, la transparence, ce n’est pas toujours tout dire.”

La plus grande menace “digitale”? L’incapacité des entreprises à jauger l’importance de certaines informations et, ensuite, à les sécuriser.

3. La guerre oui… celle de l’information

Le livre multiplie les comparaisons avec le monde militaire et en particulier la doctrine dite de “l’empreinte légère” (Light Footprint management) qui en est issue. Cette doctrine repose sur 3 piliers: l’utilisation maximale de la technologie (drone, cyberespace), un modèle d’organisation neuf (appel à une intervention humaine hautement qualifiée et à haute valeur ajoutée) et une attitude différente lors de l’engagement (intervention efficace de forces spéciales).

Le parallèle avec le monde économique, bien qu’il ait ses limites, tient dans le fait que nous vivons dans un monde VUCA, frappé d’événements inattendus (Volatile), imprévisibles (Uncertain), interconnectés (Complexity) et immergés dans l’Ambiguïté. “L’avènement des réseaux sociaux a amplifié ce phénomène VUCA. La doctrine militaire constitue un apport intéressant car elle pousse les entreprises à davantage prendre conscience de l’impact de chaque action. A être beaucoup plus précautionneuses, comme si chaque acte était une question de vie ou de mort. La guerre se gagne dans la gestion de l’information.”

4. Une chance plutôt qu’une menace

Si les entreprises font preuve de davantage de pragmatisme par rapport à ce qui crée réellement de la valeur en ce qui les concerne – au-delà des effets de “pitching” et de “storytelling” qui entraînent une forme de mimétisme –, elles ne doivent pas avoir peur du virage numérique.  “Le digital, à travers la robotisation, est au contraire une opportunité de réindustralisation de la Wallonie. Pour éviter d’être déstabilisées, les entreprises doivent toutefois veiller à ce que leur “digitalisation” grandissante reste en phase avec leurs valeurs,” conclut Claude Lepère. Et de citer Odoo (logiciels open source), Flying Cam (caméras volantes), TweetWallPro (murs de projection de messages sur réseaux sociaux) ou encore Easi (avec sa nouvelle solution webmail InboxZero) en guise d’exemples d’entreprises wallonnes bien positionnées sur l’échiquier du Nouvel Ordre Digital.