Jean-Marc Poncelet (BetterStreet): “faire plus de place aux initiatives innovantes”

Hors-cadre
Par · 03/04/2014

Récemment, dans notre série “Paroles de terrain”, nous avons donné la parole à deux acteurs publics proposant des solutions à leurs clients évoluant eux aussi dans le secteur public.

Le rôle que jouent des acteurs tels que l’intercommunale IMIO en Wallonie ou le CIRB à Bruxelles, le terrain d’actions qu’ils revendiquent face à des opérateurs privés, ont incité la jeune start-up BetterStreet à réagir.

Quelle place en effet pour des initiatives qui se veulent une réponse plus immédiate aux besoins du terrain?

Nous vous livrons ici la perception qu’a Jean-Marc Poncelet, fondateur de BetterStreet, de la manière dont acteurs publics et privés devraient se partager les rôles. En “bonne intelligence”…

Concurrence déloyale?

Jean-Marc Poncelet : “J’ai lu avec intérêt votre article sur les communes et la mutualisation informatique. Je suis tout à fait d’accord avec le constat que les communes ont besoin de guidance et d’aide pour se moderniser. Je ne peux cependant que m’interroger sur le rôle de certaines intercommunales dans le paysage IT en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Jean-Marc Poncelet (BetterStreet): “Les acteurs publics devraient, selon moi, se cantonner à un rôle d’expert, de conseil et de définition de cadres mais ne devraient en aucun cas se positionner en opérateurs concurrents du secteur privé.”

Est-ce par exemple normal qu’un acteur tel qu’IMIO, dont l’activité est fortement subsidiée, propose et développe des produits qui sont en concurrence avec des acteurs privés?

De plus, ils bénéficient d’un avantage compétitif énorme puisque les communes clientes n’ont pas à faire de marché public pour contracter un service auprès de IMIO. N’est-on pas en train de créer un monopole public qui, à terme, sera néfaste à l’innovation et à l’entrepreneuriat en Région wallonne?

Je suis tout à fait en faveur d’une politique de mutualisation et d’interopérabilité mais il est important de clarifier les rôles et les responsabilités de chacun afin que les initiatives privées et innovantes ne soient pas tuées dans l’oeuf par des projets publics subsidiés.

Les acteurs publics devraient, selon moi, se cantonner à un rôle d’expert, de conseil et de définition de cadres mais ne devraient en aucun cas se positionner en opérateurs concurrents du secteur privé.

BetterStreet est l’exemple typique d’une bonne approche puisque nous offrons une solution mutualisée et nous avançons avec les communes les plus entreprenantes. Les communes pourront au fur et à mesure adopter la solution et bénéficieront des évolutions qui auront été développées sur base du feed-back des premiers clients. Une solution comme la nôtre aurait mis des années à voir le jour si elle avait dû être conçue par les pouvoirs locaux. En tant qu’acteur privé, nous avons la possibilité d’innover et de tracer un chemin plus visionnaire que ne l’aurait été une solution publique pure et dure. Notre initiative reçoit peu d’échos positifs de la part d’IMIO. Par contre, nous sentons plus de soutien d’acteurs telle que l’AWT. Le fait qu’IMIO commercialise et développe elle-même ses propres projets n’est sans doute pas étranger à cet état de fait.”

Un discours qui manque de clarté

Le projet de Jean-Marc Poncelet – BetterStreet – s’est retrouvé en “concurrence” directe avec un développement qu’avait décidé d’effectuer la Région bruxelloise, via le CIRB. BetterStreet contre Fix My Street? Les armes étaient-elles égales? La coexistence – viable – possible? Le pré-carré qu’estime devoir défendre la Région logique et efficace?

Dans notre article “Ce qui manque à Bruxelles, c’est une stratégie globale”, Hervé Feuillien, directeur du CIRB, déclarait notamment: “Il est certaines fonctions régaliennes qui requièrent une implication des pouvoirs publics afin de garantir la pérennité, le respect des aspects légaux, etc. Si l’innovation technologique est du ressort du marché, sa mise en oeuvre, en matière de gestion d’une ville au sens large, est du ressort des pouvoirs publics.” Relire la totalité de l’article.

Voici, sur ce point précis, la réaction de Jean-Marc Poncelet.

“Je pense tout d’abord qu’il faut faire une différence entre des applis citoyennes et de vrais projets entrepreneuriaux tels que le mien [pour rappel, BetterStreet]. Il me semble évident qu’à un moment donné, la gestion publique et ses processus doivent en effet être gérés de manière sérieuse. Dans le cas de BetterStreet et de FixMyStreet, le timing a joué en notre défaveur car la Région [bruxelloise] travaillait sur ce projet depuis des années. J’ose espérer que si nous avions existé préalablement, nous aurions pu travailler de concert avec la Région.

Jean-Marc Poncelet (BetterStreet): “La vraie question est la suivante: que veut-on comme paysage ICT pour le secteur public?”

Je n’ai aucun souci à ce que des acteurs publics jouent le rôle de conseiller, établissent une stratégie IT, conseillent. Là où cela devient problématique, c’est lorsque ces sociétés publiques créent elles-même leurs propres outils en concurrence avec les acteurs privés. On a mis en place des règles strictes en termes de marché public mais ces organismes publics ne sont pas soumis aux mêmes règles.

La vraie question est la suivante: que veut-on comme paysage ICT pour le secteur public? Soit on laisse des projets innovants se développer et être soutenus par les pouvoirs publics, soit on estime que c’est la prérogative exclusive des pouvoirs publics. Mais, dans ce cas, que les choses soient claires et les entrepreneurs éviteront ce marché.

Le problème actuel est le flou qui entoure les CIRB et IMIO. Leurs missions devraient être plus clairement définies et, pour moi, ils devraient jouer le rôle de conseiller, de créateur de roadmap, d’aide à la réalisation de cahiers des charges. Aujourd’hui, ils jouent ce rôle mais, en même temps, ont en magasin des solutions concurrentes!

J’espère que le prochain gouvernement va clarifier tout cela car le public à tout à gagner d’entrepreneurs qui secouent un peu le cocotier et proposent des solutions plus innovantes, plus rapidement. Entre IMIO, CIRB et les gros mastodontes du privé comme NRB, il y a finalement relativement peu de place pour d’autres acteurs plus petits.”