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Co-working spaces wallons: redonner l’envie de créer

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Par · 19/12/2012 à 08:00
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Depuis quelque temps déjà, des sites de “co-working” (espaces communautaires de travail) voient le jour. Bruxelles (avec le Hub ou l’espace du BetaGroup) fut la première ville à s’ouvrir à ce concept. Suivie de Liège et Anvers, notamment.

En Wallonie, l’idée a pu bénéficier de l’attention des pouvoirs publics qui ont décidé de lui donner un coup de pouce en finançant quelques projets pouvant servir de vitrine et d’exemple.

Esprit communautaire et participatif

Un espace de co-working n’a pas pour seule ambition de servir de pied-à-terre éphémère pour travailleur en manque de bureau. L’esprit dans lequel ces espaces se créent et se gèrent vise à permettre la rencontre et les échanges, voire la co-création, entre entrepreneurs, porteurs de projets, personnes de reconversion professionnelle, indépendants, voire employés de sociétés désireux de confronter leurs idées à d’autres personnes dans le cadre (par exemple) d’initiatives d’intrapreneurship.

De ces échanges et éventuels réseaux et communautés naîtront, espère-t-on, de nouvelles initiatives professionnelles (ou sociales), une animation ou renaissance économique pour des zones, quartiers ou territoires.

Lisa Lombardi (AWT): “En Wallonie, le concept de co-working space a notamment été imaginé pour recréer des réseaux de personnes innovantes.”

Chaque site de co-working aura une identité spécifique, en fonction du public visé, de l’environnement dans lequel il s’inscrit.

Les finalités visées, en effet, peuvent être multiples: depuis l’offre d’un écrin à forte connotation technologique et communicante, destiné à des usagers intensifs des outils IT, jusqu’à une orientation nettement plus sociale (comme à Mons). C’est d’ailleurs là l’une des caractéristiques de la mouvance des co-working spaces. L’imagination, voire l’expérimentation, est au pouvoir.

Lors de son exposé à la soirée de clôture Nest’Up, Francis Pisani, journaliste, conférencier et blogueur français, auteur d’un tour du monde de l’“innovation distribuée” (qu’il relate dans son blog Winch5), expliquait par exemple avoir rencontré en Russie un jeune entrepreneur qui avait ouvert un premier centre de co-working à Saint-Petersbourg en vue d’en faire le premier d’une chaîne qui serait l’“Ikea de l’éducation”.

L’idée derrière Zonaspace? Ouvrir des sites en dehors des villes, en faire des micro-campus où les jeunes peuvent venir prendre des cours (par exemple, se former à l’open source) en bénéficiant de facilités telles que du haut débit. L’accès à l’espace et aux cours serait (relativement) démocratique et modulaire (d’où l’allusion à Ikea). La rentabilité de ces sites viendrait notamment du prix… des consommations.

Des fonds publics pour 8 centres 

A l’issue d’un appel à projets initié par la Wallonie en juin 2011, 8 sites de co-working ont été retenus et ont donc bénéficié d’un apport de fonds publics. A savoir:

  • Liège: “La Forge”
  • Seraing: “Cristal Hub”
  • Namur: “The Bubble”
  • Charleroi: “SwitchZone”
  • Mons: “Co-nnexion”
  • Tournai: “Esco”
  • La Louvière: “The Cowork Factory”
  • et Louvain-la-Neuve: “Louvain Co-Working Space”.

Pour être sélectionnés, les projets ont du satisfaite à divers critères. Notamment:

  • “s’inscrire dans une perspective viable et rentable et s’appuyer sur une dynamique d’animation ‘décloisonnée et agile’, intégrant des dimensions de co-création et de collaboration”
  • impliquer partenaires privés et publics
  • “avoir au préalable identifié une communauté, idéalement en centre urbain”
  • et “développer une influence et une identité fortes, aptes à favoriser les échanges et la fertilisation d’idées et d’initiatives.”

Quatre centres ont aujourd’hui ouvert leurs portes (Liège, Louvain-la-Neuve, Tournai et Charleroi); les 4 autres devraient les imiter au cours des prochaines semaines. Le Cristal Hub de Seraing et le Bubble de Namur ouvriront en principe leurs portes en janvier.

Pour trouver un lieu de co-working proche de vous, rendez-vous sur le site NWOW (New World of Work) qui propose un “smart work locator”. 

A chacun sa spécificité

S’il est une chose que les huit co-working spaces wallons, aidés par la Région, ont en commun, du moins dans un premier temps, c’est la volonté ou l’espoir d’attirer des profils fort divers.

Petit exemple, le public que vise a priori l’espace tournaisien Esco est très diversifié: “travailleurs indépendants (architectes, développeurs, consultants…), travailleurs nomades (commerciaux…), freelance, journalistes, porteurs de projets ou d’idées, entrepreneurs en quête d’innovation.”

Idem à Namur: “outre les clients “classiques” de ce genre de lieu (essentiellement des freelances, universitaires, actifs dans le domaine de la création et des nouveaux médias), l’espace co-working Namur veut accueillir des demandeurs d’emploi, des étudiants, des designers, architectes, artistes, employés d’entreprise sensibilisées au NWOW [new world of work]… afin de diversifier les profils et d’enrichir les contacts possibles au sein de l’espace”, déclare Laura Latour, chargée de projets au BEP.

Cette longue énumération est logique dans le chef de sites qui en sont encore à leurs débuts, doivent encore valider l’attractivité de telles initiatives, se construire un public et tenter de concrétiser l’objectif général qui est de susciter échanges d’idées, synergies et fertilisation croisée de projets.

“Ne surtout pas cloisonner les métiers ou les discussions”, explique par exemple Adeline Lerusse, animatrice du Cristal Hub de Seraing.

Echo similaire à La Forge, toujours à Liège: “Nous ne pratiquons aucune restriction sectorielle”, souligne Nathalie Lenaerts, community manager. “A ce jour, nous comptons parmi nos membres des profils aussi divers que des développeurs, comptable, photographe, commercial, architecte, formateurs, designers, graphiste, journaliste, tabacologue qui s’intéressent à nos services juristes, secrétaires free-lance, agents de développement économique, stylistes, professionnels de la communication et étudiants.”

Des thèmes, dictés par le contexte

De premières orientations thématiques se dégagent dès à présent: “changement et économie durable” à Seraing, innovation et créativité à Namur, économie sociale et Web design à Mons, développement durable et éco-design à Tournai. “Le choix de ces thèmes est guidé par la volonté de travailler sur des sujets fédérateurs et transversaux aux secteurs économiques de la région, de s’inscrire dans la dynamique de développement de la Wallonie picarde”, explique  Khadija Omari, animatrice de l’espace Esco.

Le Louvain Co-Working Space, lui aussi, se veut ouvert à tous mais jouera évidemment de quelques arguments spécifiques tels que la proximité du campus universitaire ou de clubs d’entreprise (et d’investissement) voisins pour jeter, si possible, des passerelles vers l’extérieur.

A Liège, le site La Forge veut se donner une identité liant passé et avenir. “La Forge fait référence aux métiers d’autrefois liés à l’acier, un volet historique important en région liégeoise et en Wallonie. La Forge se veut donc culturelle. Ce nom rappelle également le processus de création d’un objet”, explique Nathalie Lenaerts. “C’est le lieu où on trouve tout ce qui est nécessaire pour transformer la matière première en une réalisation finie. Par similitude, La Forge vise à assembler, collecter des idées et jalonner le chemin de leur concrétisation.”

“De plus, dans le monde anglo-saxon, La Forge rappelle les projets open source dédiés au développement informatique, visant à une collaboration entre les développeurs. Cette dénomination rend ainsi hommage à cet univers collaboratif et s’ouvre vers l’international.

Le choix du nom a donc déterminé le fondement des valeurs de notre espace de co-working, et c’est à travers la pluralité des profils des membres qui viendront renforcer notre communauté, qu’évoluera l’âme de La Forge.”

Animer l’espace

A tout le moins, les espaces de co-working offriront des connexions Internet et sans-fil à leurs hôtes. Pour le reste, le nombre de places utiles, de salles de réunion et les équipements mis à disposition varieront sensiblement d’un site à l’autre.

Hors salles et espaces de réunion, voici une petite idée de la capacité d’accueil de certains sites. Le Cristal Hub pourra accueillir 36 co-workers en simultané. Le site tournaisien Esco a de la place pour une quinzaine de personnes. L’espace de co-working de Louvain-la-Neuve pourra permettre à un maximum de 20 personnes de “co-travailler” simultanément. Celui de Namur, 30 personnes.

Au-delà de l’espace et des éventuels équipements mis à disposition, l’un des points-clé qui fera ou non le succès et l’attractivité d’un co-working space est l’animation communautaire qui y sera assuré. C’est bien évidemment le réseautage et les échanges entre “co-workers” qui leur permettra de remplir leur rôle de vivier de co-création mais,pour ce faire, 4 murs et le simple hasard ne sauraient suffire.

Chacun des sites a donc imaginé un certain nombre d’activités ou d’animations aptes à attirer les co-workers, à les fidéliser et à susciter ainsi de réelles communautés de personnes qui créent un environnement propice aux échanges et à l’enrichissement réciproque d’idées et de projets.

Le Cristal Hub sérésien a par exemple mis à son programme un ensemble d’outils: ateliers, conférences, tables de discussions, expositions, présentations des nouveaux membres… “Evénements proposés et pris en charge par l’équipe, par les partenaires du Hub [notamment le Cercle de Wallonie tout proche, WSL, le Cluster Tweed, ou SPI] ou par les co-workers eux-mêmes”. L’esprit de groupe et la création d’une communauté seront également encouragés au travers d’un blog, d’une newsletter, et d’interactions via les réseaux sociaux.

L’espace tournaisien Esco prévoit des rencontres, des conférences, des expositions et ateliers, ainsi que des formations (gestion de projets, conseils professionnels…) et un accimpagnement pour mettre les co-workers en relation entre eux.

A Louvain-la-Neuve, “notre point fort est le fait que nous apportons aux personnes qui veulent créer leur société un vrai soutien et un suivi grâce à la proximité du LTTO (Louvain Technology Transfer Office) et des équipes du CEI (centre d’entreprise) qui nous héberge”, explique Céline Lerate. Le Louvain Co-Working Space espère donc une fertilisation et rencontre d’idées au-delà du cercle de ces co-travailleurs aléatoires.

Le site organisera par ailleurs des cycles de formations. Le premier a par exemple porté sur les aspects comptables et administratifs de la création d’entreprise. “De nombreux sujets seront ensuite couverts par le programme, de façon récurrente ou ponctuelle. Nous attacherons beaucoup d’importance aux centres d’intérêts et aux initiatives de nos co-workers pour la composition du programme. De même, tous les premiers mardis du mois, l’AXE 4.25 [l’association d’entreprises locales] organise son apéro Afterwork dans nos locaux, l’occasion de venir boire un verre et de rencontrer de nouvelles personnes.”

Outre des événements tels que conférences, séminaires et vernissages, l’espace liégeois La Forge veut, quant à lui, exploiter le concept de rendez-vous. “Tous les co-workers ne venant pas tous travailler à la même fréquence dans nos locaux ni aux mêmes horaires, nous avons imaginé, voici un an, avant même que l’espace définitif n’ouvre ses portes, les “Mardis de La Forge”, à savoir une rencontre, une fois par semaine, dans un local dédié. Cela permet à tous nos co-workers de créer et de conserver du lien entre eux, notion importante dans le concept de co-working. Ainsi, en plus des formations et animations répondant à des demandes spécifiques à caractère professionnel émanant de nos membres, nous continuons à entretenir cette notion de rendez-vous en mettant en place nos P.P.T. (Pizza Pitch Tuesday) à date prédéfinie pour se retrouver dans une atmosphère décontractée autour d’un repas et travailler directement tous ensemble sur les projets qui en émanent.”

Autre point sur lequel Nathalie Lenaerts tient à insister: “Nous insistons sur le fait que nous n’encadrons pas les membres mais que nous mettons en place et entretenons les conditions propices pour créer du lien, activer les rencontres.”

Le Bubble namurois, pour sa part, organisera des ateliers, des conférences, du coaching, des formations… Au programme: petits-déjeuners et “co-lunch” hebdomadaires, cafés numériques, formations au management de l’innovation, assistance dans la recherche d’aides publiques, actions spécifiques pour designers et entreprises, participation à Namur en Mai… Et un “commando créatif” qui “a pour objectif de créer une complémentarité de groupe en rassemblant les profils pertinents et appropriés selon le type de problématiques à résoudre. Il s’agit de favoriser l’interaction entre les divers profils pour dynamiser la recherche de solutions, que ce soit en matière de créativité en entreprise, d’innovation en équipe, de management des compétences ou de management de la créativité.”

De la structure dans l’aléatoire

Beaucoup en sont convaincus, le hasard, à lui seul, ne permettra pas de créer des communautés riches en échanges et en valeur ajoutée pour chacun des participants. Certes, des habitudes et affinités naîtront d’elles-mêmes mais il faudra aussi fournir un terreau propice et de l’engrais pour que les interactions soient fertiles. Raison pour laquelle certaines idées telles les “Pizza Tech Tuesdays” ou “commando créatif” peuvent servir d’exemples à reproduire. Ces moments structurés de rencontres pourront prendre de multiples formes: discussion autour d’un bon petit plat, séance de formation, discussion libre autour d’un thème- prédéterminé ou non.

Nathalie Lenaerts (La Forge, Liège): “Des rencontres organisées hebdomadairement  permettent à tous nos co-workers de créer et de conserver du lien entre eux, notion importante dans le concept de co-working.”

Le Bubble namurois et le Cristal Hub sérésien permettront à chaque co-worker d’afficher sa présence. A Namur, le “mur de présentation”, disposé dans le hall d’accueil, permettra aux co-workers “de s’identifier dès leur arrivée dans les lieux, de prévenir de leur présence. Eventuellement, à l’aide d’une photo ou d’un élément quelconque. Cela permettra d’un simple coup d’œil de savoir quelles sont les compétences présentes dans l’espace.” Idem à Seraing où un “signalétique permettra à chaque membre de savoir qui est présent, avec informations sur ce que les personnes présentes proposent ou recherchent. Cela permettra d’échanger et dialoguer plus facilement et directement.”

Laura Latour (The Bubble, Namur): “Un “commando créatif” aura pour objectif de créer une complémentarité de groupe en rassemblant les profils pertinents et appropriés selon le type de problématiques à résoudre.”

Autre moyen pour favoriser les échanges: des espaces de partage qui ne se résument pas à de simples lieux où dialoguer mais qui peuvent proposer des “supports” de partage (messages, connaissances…). Cela peut aller d’une bibliothèque dont les ouvrages sont apportés par tous jusqu’à un forum virtuel ou intranet en passant par un mur où chacun s’exprime, laisse un message, une trace de son passage.

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